MARAIS POITEVIN : La coupe déborde pour les agriculteurs du marais mouillé

Vendée agricole Rédaction

Luc Lucas producteur de lait, délégué cantonal de la Fdsea pour le canton de Maillezais, et Fabien Baudin, jeune éleveur à Maillé devant des prairies inondées sont amers.
Luc Lucas producteur de lait, délégué cantonal de la Fdsea pour le canton de Maillezais, et Fabien Baudin, jeune éleveur à Maillé devant des prairies inondées sont amers.

Les prairies du marais mouillés sont inondées et ce n’est pas uniquement la faute au ciel et aux pluies mais plus à un maintien des niveaux d’eau élevés dans les canaux qui débordent. Reportage à Maillé.

Action de terrain

Mercredi à 5 heures du matin, une vingtaine d’agriculteurs ont obligé les responsables des niveaux d’eau à laisser ouverte les portes du Brault pour baisser les niveaux d’eau dans le marais.

Des  deux côtes de la route de Maillé à La Ronde, un paysage identique. Des étendues d’eau stagnent sur les prairies. Luc Lucas, son fils Simon, et Laurent et Fabien Baudin constatent amers l’inondation de leurs prairies. Dans l’élevage laitier des Lucas  50 ha sont sous l’eau, soit la moitié de la surface. Une paille ! Pour Fabien Baudin, jeune agriculteur,  la note est encore plus salée : 80 ha de prairies baignent dans l’eau. Dans ce secteur du marais mouillé bordés de canaux et proches de la Sèvre Niortaise, ce ne sont pas uniquement les pluies de décembre et de ce début d’année qui sont en cause. L’eau provenant des bassins versants et charriée dans la  Sèvre Niortaise et dans les canaux  ne s’évacue pas vers la mer. C’est  ce que pointent du doigt les éleveurs de ce secteur.

Demain des marécages à la place des prairies

La rivière considérée comme un canal de navigation débouche sur la mer à une dizaine de kilomètres en aval de Marans et la porte du Brault qui donne sur l’océan reste trop souvent fermée cet hiver. «C’est une écluse à bateaux  et toute la gestion de son ouverture repose sur le niveau d’eau du port de Marans où sont amarrés de plus en plus de voiliers » explique Luc Lucas. Si on ouvre les portes de l’écluse du Brault, le niveau descend et les bateaux pourraient se retrouver sur la quille argumentent ceux qui gèrent la Sèvre niortaise. »

Pour le délégué cantonal des syndicats d’exploitants  agricoles Fdsea ce discours est complétement incohérent. «On décide des niveaux d’eau dans la Sèvre niortaise et en conséquence dans les canaux pour  la voile de plaisance. Et ce sont nos prairies qui dégustent ! Si dans les jours qui viennent les pluies s’accentuent, ce sont les terres de cultures qui seront touchées. »

Ouvrir la porte du Brault

Face à cette menace et au vu de la fermeture de la porte du Brault, une vingtaine d’agriculteurs ont débarqué mercredi sur le site à 5 heures du matin et ont obligé les gestionnaires de l’ouvrage  à ouvrir la porte.

Les agriculteurs comptent bien faire monter la pression pour se faire entendre. Avec les responsables de syndicats de marais, ils  réclament non pas une écluse à bateaux, mais un ouvrage hydraulique. La demande est loin d’être nouvelle. Dans ce secteur les agriculteurs, ils la réclament depuis 1990.

Mais aujourd’hui, ils tirent la sonnette d’alarme un peu plus fort. Luc et ses jeunes collègues ne sont pas dupes et nés de la dernière pluie. «Des niveaux d’eaux élevés dans le marais mouillé, cela convient tout à fait aux associations d’environnement, aux pêcheurs, aux administrations... Les écologistes imposent leur diktat.  Pour eux, la prairie sous l’eau, ce n’est pas un problème : au contraire ! Leur discours, c’est surtout éviter que des cultures s’implantent et que l’agriculture mise tout  sur la prairie et l’élevage » peste Laurent Bodin. «Ce  qu’il ne veulent pas entendre, c’est qu’une prairie inondée trop longtemps déstructure le sol et modifie la flore. Et on se retrouve avec moins de légumineuses, mais avec des joncs et des roseaux. C’est donc pour assurer la viabilité des élevages que les agriculteurs se mobilisent aujourd’hui.  « Pour vivre de l’élevage et assurer la sécurité fourragère de nos animaux, nous avons besoin de bonnes prairies. Si nous donnons du mauvais foin à nos vaches, nous sommes obligés de rajouter du soja et du mais pour compenser. C’est un coût supplémentaire.» 

SDAGE et niveaux d’eau

Si les agriculteurs du secteur sont remontés comme des pendules aujourd’hui c’est aussi que se profile cette année une expérimentation sur l’augmentation des niveaux d’eau dans la Sèvre niortaise de 10 à 15 cm. «C’est une proposition du Sdage Sèvre Niortaise qui devait être testée cette année. » Et là les agriculteurs voient rouge. «En fait si de tels niveaux sont retenus, cela revient à vivre la situation d’aujourd’hui avec des praires inondées tout l’hiver. Ce n’est pas acceptable ! »

Les syndicats de marais et les agriculteurs ont affuté leurs arguments.  « En augmentant les niveaux d’eau dans les canaux du marais, on diminue leur capacité à faire tampon lors des fortes pluviométries sur le bassin versant. Les centimètres d’eau supplémentaires en période normale deviendront des cm d’eau supplémentaires au niveau maximum des crues. Rappelons-nous que les digues du marais desséchés qui ne sont plus entretenues depuis des dizaines d’années protègent des zones habitées et cultivées. »

Pour que ces positions soient bien intégrées,  ils  ont décidé de se mobiliser et d’associer leurs collègues des Deux-Sèvres et Charente-Maritime.   Ils invitent les administrations concernées, l’établissement public et les élus des chambres d’agricultures des trois départements  à une réunion de concertation mardi 29 janvier à La Ronde. «Notre objectif est d’échanger sur qui demain doit gérer les niveaux d’eau et l’évacuation vers la mer et entretenir les canaux ». Et puis une question se profile, celle de l’expérimentation sur le relèvement des niveaux d’eau. 

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