Marché du broutard : Le problème est franco-français !”

Propos recueillis par P. Olivieri

Pour le coordinateur des Éleveurs des races à viande du Grand Massif central, les difficultés actuelles sur les broutards femelles trouvent leurs origines dans l'attitude de l'aval de la filière française.

De récentes publications de France-AgriMer évoquent un marché du broutard déprimé, avec notamment un recul des ventes françaises sur le marché italien. Partagez-vous l'analyse ?
Patrick Bénézit : “Les Italiens n'ont pas pris moins d'animaux l'an dernier, au contraire, et il n'y a pas de raison qu'ils en achètent moins cette année. Ils couvrent leurs besoins en viande pour partie avec leurs propres animaux engraissés (à hauteur de 30 %), pour une autre partie avec les broutards importés qu'ils engraissent (40 %) et pour le reste avec de la viande importée. Ils auront toujours besoin de ces trois composantes. Le problème n'est aujourd'hui pas en Italie, il est France.”

« Quand les carcasses françaises entrent en Italie bradées, le prix du broutard trinque »

C'est-à-dire ?
P. B. : “Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le prix du broutard est indexé sur celui de la viande. Quand les carcasses françaises entrent en Italie bradées, comme c'est le cas actuellement, le prix du broutard trinque. Et il faut avoir à l'esprit que sur les 3,4 millions de veaux issus chaque année du troupeau allaitant français, seuls 35 % sont destinés à l'export et tous ne vont pas en Italie puisque ce pays n'absorbe au final que 850 000 à moins d'un million de broutards français, soit à peine plus de 25 %. Ce qui veut dire aussi que 35 % des broutards français sont finis en France. C'est la raison pour laquelle nous (la FNB : NDLR) avons proposé la contractualisation d'une partie de la production française de JB (jeune bovins) sous la forme de contrats basés sur un prix de revient fixé à un niveau de prix carcasse équivalent au prix italien.”

Une proposition qui ne semble pas avoir rallié l'adhésion de toute la filière...
P. B. : “Nous sommes effectivement confrontés à une forte opposition de certains grands groupes coopératifs qui abattent, Terrena et Sicarev pour ne pas les nommer, et dont la logique est de nous amener à la même situation que le porc. Ces opérateurs veulent conserver leur liberté pour acheter le moins cher possible. C'est pourquoi nous demandons aux pouvoirs publics d'intervenir, d'écouter un peu plus les producteurs et un peu moins les grands groupes d'abattage et les distributeurs.”

Avaliser la loi du plus fort

N'est-ce pas faire le constat d'une impuissance de la filière à s'entendre ?
P. B. : “Non. Laisser faire, ce serait avaliser la loi du plus fort, or l'État est là pour refaire les équilibres. Nous attendons aussi du gouvernement une implication sur le plan diplomatique pour nous aider à profiter de la prospérité d'autres marchés extérieurs qui s'ouvrent, comme le Maghreb, la Turquie, le Liban ou encore la Russie.”
Qu'est-ce qui empêche aujourd'hui la production française de conquérir ces marchés ?
P. B. : “Le manque de réalisme économique ! Avec la baisse de l'euro et l'augmentation des cours au Brésil, on est tout à fait apte par exemple à aller sur le marché libanais, sachant qu'on a toujours à notre disposition le dispositif des restitutions à l'exportation. Mais il y a un hic : sous la pression du lobby de la cause animale, qui considère que les conditions de déchargement à Beyrouth ne sont pas conformes aux normes européennes, la Commission européenne a arrêté ces restitutions. Résultat : les Libanais ont continué d'importer... des animaux vivants chargés à Rio. On a laissé le marché aux autres. C'est une anecdote révélatrice, un peu à l'image de l'attitude des Bleus au Mondial. On continue à se morfondre dans notre petit nid douillet, les Brésiliens eux ne se posent pas de questions. À terme, on risque non seulement de mettre en péril la rentabilité du cheptel allaitant français, qui constitue une vraie force économique, mais aussi d'affaiblir un peu plus l'excédent commercial issu de l'agriculture. Dans ces conditions et dans le contexte de crise que nous connaissons, on a vraiment du mal à comprendre l'absence d'initiative du gouvernement sur ce dossier”.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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