Marchés des produits laitiers : redressement contrasté des cours

INSTITUT DE L'ELEVAGE IDELE

Le fort ralentissement de la collecte européenne provoque une vive tension sur le marché du beurre confronté à une chute des disponibilités. Le redressement du marché des protéines laitières est plus lent, malgré le fléchissement des fabrications. L’UE regorge encore de stocks abondants, dont 350 000 t à l’intervention fin septembre

Marchés des produits laitiers : redressement contrasté des cours

Fabrications européennes de produits laitiers

Amorcé en mai, le ralentissement de la collecte européenne se répercute partiellement surtout sur les fabrications de beurre et de poudres de lait. Car la faible demande européenne affecte les fabrications de laits conditionnés et d'ultra-frais. Celles de fromages baissent aussi, malgré la fermeté de la demande sur pays tiers.

Marchés des produits laitiers : redressement contrasté des cours

Flambée des cours de la matière grasse

Le fort ralentissement de la collecte européenne provoque un assèchement rapide des disponibilités en matière grasse laitière. Le prix du beurre sur le marché spot s’envole faute de disponibilités. A 4 300 €/t début octobre, la cotation ATLA a bondi de 1 850 €/t en l’espace de 5 mois (+75%). Elle a ainsi presque rejoint le niveau record atteint au 1er semestre 2013. Le prix du beurre vendu sous contrat, révélateur de l’activité commerciale, progresse plus modérément, de +500 €/t sur la même période, à 3 200 €/t début octobre.

 

Les fabrications européennes de beurre reculent nettement au 2nd semestre, de -3% /2015 en juillet, en rapport avec le fort reflux de la collecte européenne. Au 1er semestre, les fabrications européennes de beurre ont été historiquement très élevées (+11% /2015). Le supplément a été surtout stocké chez les fabricants et secondairement exporté sur le marché mondial, la demande sur le marché européen progressant faiblement, de +1% l’an selon l’agence ZMB (+10 000 t sur six mois).

 

Les exportations européennes de beurre ont bondi de 33% sur 7 mois à 107 000 t. Avec la Nouvelle-Zélande, l’UE a couvert l’essentiel de la demande internationale supplémentaire. Les autres fournisseurs secondaires, Australie Argentine et Uruguay, ont cédé du terrain faute de disponibilités. En somme, les échanges internationaux de beurre ont progressé de 10% au 1er semestre 2016.

Les États-Unis ont accru de 39% leurs achats sur la même période, le Mexique de 19%, la Russie de 7% et la Chine de 35% à 52 000 t. Elle devient ainsi le 1er importateur mondial devant la Russie (42 800 t).

 

Au 2nd semestre 2016, l’UE-28 demeure très présente sur le marché mondial. Les transformateurs puisent dans leurs stocks, encore conséquents en juillet, qui fonderont rapidement d’ici le printemps. Les disponibilités sont aussi limitées chez les autres grands fournisseurs, ce qui pourrait créer une ambiance de mini-pénurie et tendre davantage les cours.

Rétablissement progressif du marché des protéines laitières

Le marché des protéines laitières se rétablit très doucement, malgré le fort ralentissement de la production laitière européenne. En France, la cotation ATLA de la poudre maigre s’est appréciée de 480 €/t en 5 mois, à 2 130 €/t début octobre. Supérieure de 30% son bas niveau d’octobre 2015, elle bénéficie de la remontée plus rapide des cours de la poudre maigre océanienne. A 2 450 $/t fin septembre, elle reste moins compétitive que la poudre lait européenne.

 

Les retraits à l’intervention ont été stoppés net en septembre. En juillet et août, ils avaient fortement chuté, après avoir été très conséquents. Au 1er semestre2016, les ventes à l’intervention ont absorbé 300 000 t, soit près du 1/3 des fabrications européennes sur la même période, et ont résorbé l’essentiel des stocks entreprise accumulé chez les fabricants en 18 mois.

 

Les exportations européennes de poudre maigre sont restées ralenties durant l’été, inférieures de 33% en juillet au niveau de 2015. La Nouvelle-Zélande a partiellement tiré parti de la moindre présence de l’UE sur le marché mondial. Faute de compétitivité, les États-Unis ont aussi cédé du terrain (-7% /2015 sur 7 mois). Globalement les échanges internationaux se sont légèrement contractés, de 5% sur les 7 premiers mois de 2016, malgré des cours mondiaux au plus bas, signe d’une demande peu vigoureuse. De plus, ils ne semblent pas reprendre fortement au 2ème semestre 2016. Côté importateurs, la Chine maintient ses achats, le Mexique et les Philippines les accroissent tandis que plusieurs pays asiatiques et l’Egypte les ont réduits.

 

Le cours mondial des poudres grasses connaît un redressement progressif signe d’une bonne adéquation entre offre et demande mondiales. Les échanges internationaux sont globalement stationnaires. Les positions des principaux fournisseurs ont peu varié. L’UE a maintenu ses expéditions sur 7 mois. La Nouvelle-Zélande a cédé du terrain (-4% et -35 000 t) et accru dans le même temps ses exportations de beurre et de poudre maigre. Les États-Unis ont fortement accru leurs ventes (+65% /2015) qui demeurent modestes (40 000 t).

Marchés des produits laitiers : redressement contrasté des cours

Des exportations dynamiques de fromages et de poudre de lactosérum

Très dynamiques au 1er semestre, les fabrications européennes de fromages sont repassées sous le niveau de 2015 au cours de l’été. Elles marquent aussi le pas, malgré une demande internationale bien orientée. Les échanges internationaux de fromages ont progressé de 5% au 1er semestre, grâce à L’UE et à la Nouvelle-Zélande qui ont accru de respectivement 13% et 11% leurs exportations cumulées sur les 7 premiers mois de 2016. Les exportations étatsuniennes ont à l’inverse chuté (-18% /2015) pour cause de cherté du dollar et de faibles disponibilités.

 

L’UE a aussi tiré parti de la fermeté de la demande internationale en poudre de lactosérum, principalement de la demande chinoise (+12% /2015 sur 7 mois à 277 000 t). Avec la Biélorussie, elle a abondé l’essentiel de la demande supplémentaire, les États-Unis maintenant leurs expéditions sur la même période.

 

Le fort ralentissement de la collecte européenne attendue cet automne et début 2017 pourrait entraîner un fort ralentissement des exportations européennes, de beurre mais aussi de poudre maigre, si les opérateurs privilégiaient les fabrications de fromages et de poudres grasses, d’autant plus si la collecte néo-zélandaise demeure convalescente. La Commission européenne pourrait rapidement envisager la remise sur le marché de stocks d’intervention de poudre maigre. Outre de résorber les volumes à l'intervention, cette option contiendrait le redressement des cours de la poudre maigre et freinerait en conséquence la remontée, sans quoi plus rapide du prix lait, tiré par la flambée du prix du beurre.

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Commentaires 2

louis 29

bravo les experts .pendant que les grands transformateurs et distributeurs augmentent leur fortune l'agriculture familiale creve .l

Gilette

Bonjour,

Avalanche de chiffres pour nous expliquer que les seuls qui ne profiterons pas de l'embellie, ce sont les producteurs, les éleveurs !

L'Institut de l'Elevage se perd dans une logorrhée pour masquer son inanité.

Le terme " élevage" ne lui est pas adapté...

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