Moissons : Retard d’une quinzaine de jours

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Moissons : Retard d’une quinzaine de jours
Sébastien Fricaud remarque que les céréales, malgré des conditions météo difficiles, se sont bien développées. © Loire-Atlantique Agricole

À Issé, Sébastien Fricaud, éleveur laitier, se prépare à la récolte de blé. À cause de la fraîcheur de ce printemps, les stades des céréales ont pris du retard. La récolte est décalée d’environ quinze jours par rapport à d’habitude.

«D’habitude, les orges sont récoltées la dernière semaine de juin. Et pour le blé, c’est souvent autour du 14 juillet ». Cette année, pour Sébastien Fricaud, comme pour la plupart des agriculteurs du département, quinze jours de décalage sont observés pour la maturité des céréales.
Pour l’orge, la récolte est lancée. Dans le secteur d’Issé, elle a commencé autour du 10 juillet dernier. « On atteint les 70 qx/ha. Ça paraît normal », note Sébastien Fricaud qui est venu prêter main-forte à un collègue qui moissonnait ses orges la semaine dernière. « À la sortie de l’hiver, on croyait ne rien avoir. Finalement, c’est moins catastrophique que ce que l’on imaginait. »

Chaleur salutaire

Pour le blé, il faut attendre encore un peu. Lundi dernier, Sébastien Fricaud jugeait le grain encore trop mou. « Mais le décalage dans la maturité aurait pu être encore plus important s’il n’y avait pas eu la chaleur de ces derniers jours. »
Mais l’éleveur s’inquiète des changements brutaux de températures : « Des blés tardifs, qui étaient encore verts, blanchissent très vite. Si le blé est saisi par la chaleur, ça pourrait jouer sur le rendement. »
Pour autant, l’exploitant se dit plus optimiste qu’il ne l’a été sur cette récolte à venir. Mais il estime que ce ne sera pas une année exceptionnelle non plus. Dans ce secteur, les agriculteurs arrivent généralement à obtenir 80 qx/ha. « Cette année, on aura 10 qx/ha de moins » (en sachant que le rendement moyen sur blé en Loire-Atlantique est 60 qx – moyenne sur dix ans).
Autre crainte, le retour éventuel de la pluie avant la moisson. Une météo pluvieuse sur un blé mûr et c’est le poids spécifique (PS) qui en pâtit, ce qui est synonyme de réduction du rendement et de la qualité.
« Avec les beaux jours que l’on vient de connaître et qui devraient continuer, une grande partie des céréales devrait être récoltée fin juillet », estime Adeline Chastrusse, conseillère Agro PV à la chambre d’agriculture. « En blé, on peut espérer des rendements intéressants », confirme-t-elle. « Il y a eu de bonnes conditions pour le remplissage des grains, avec de l’eau dans le sol pendant longtemps, et du soleil. Il n’y a pas eu de sécheresse en juin qui aurait pu pénaliser le rendement. »

Parcelles salies

Seule ombre au tableau, certaines parcelles de blé se sont énormément salies, avec la présence d’adventices comme les bromes et de la folle avoine. « Le fait qu’elles aient pu entrer en concurrence avec les cultures dans certaines parcelles, peut être dans certains cas préjudiciable aux rendements. Mais ça pourra aussi surtout poser problème au moment des récoltes, avec des lots salis par des graines qui ne sont pas du blé. »
Même punition pour le colza. La plupart des parcelles sont très sales remarque Sébastien Fricaud. « Au départ, le colza était clair. La levée n’a pas été bonne partout. Il n’a pas bien couvert le sol, et les mauvaises herbes ont pris la place. L’humidité leur a été profitable. » « Avec les conditions climatiques que l’on a connues en automne et au printemps, les colzas n’ont pas été poussant tout de suite, et les interventions de désherbage n’ont peut-être pas pu toujours être faites au bon moment », ajoute Adeline Chastrusse. Quoi qu’il en soit, Sébastien a entamé sa récolte de colza cette fin de semaine.
Le maïs, pour sa part, a eu du mal a démarré, se souvient Sébastien. En cause, un manque de chaleur évident. « Maintenant, c’est parti. Mais il faudrait qu’il pleuve pour favoriser la floraison ». Un retard de floraison peut effectivement peser sur la réalisation de l'épi.

Guillaume de Werbier

Gaec de la Touche : en chiffres

- 3 salariés
- 1 équivalent temps plein (organisation avec un groupement d’employeurs)
- Atelier lait : 640 000 l de quota ; 65 vaches laitières
- 165 ha : 70 ha de céréales, dont 55 ha de blé, 8 ha de colza (blé et colza en cultures de vente), autour de 7 ha de triticale ; 42 ha de maïs ; le reste en herbe.

Interview de Guy Papion, responsable de la commission Grandes cultures à la FNSEA 44

Le blé est presque prêt à être moissonné. Comment est-il ?
Il y tous les cas de figure. Mais on voit plus de moyen que de très beau. À certains endroits, dans les cuvettes, le blé est mort d’asphyxie. Il y a eu aussi des soucis pour intervenir au bon moment pour le désherbage notamment. Les conditions météo humides de cet hiver ont pénalisé les cultures. D’autres parcelles s’en sortent mieux. Tout a pu se faire en temps et en heure. Là, le potentiel sera correct. Globalement, on a évité la catastrophe. Le blé s’est refait, mais là il manque des plantes, on ne peut pas rattraper la situation. La qualité des terres va être déterminante. Dans les terres humides, les rendements devraient être cette année nettement moins bons.
Comment se comportent les marchés actuellement ?
Le prix du blé a perdu environ 60 € depuis la mi-novembre. On est au-dessous de 200 € sur le marché à terme. Je ne pense pas qu’on va retrouver des cours aussi haut que l’année dernière (entre 250 à 270 €) qui était exceptionnelle. Mais les prix ne devraient pas être trop bas non plus : la consommation est toujours supérieure à la production, et les annonces faites dans les rapports de l’USDA auraient dû faire descendre le cours du blé à 150 €, et ça n’a pas été le cas.
Actuellement tout le monde dit que la récolte, à l’échelle internationale, est relativement abondante, donc les cours sont baissiers. Mais quand tout le monde veut aller dans un sens, c’est là que souvent le marché prend le contre-pied. S’il y a embellie, avec reprise des cours, ce sera plus tard, après la floraison du maïs, et quand on connaîtra le potentiel de blé en septembre. Il y a deux hypothèses : si la production est moyenne, les cours se maintiendront autour de 210 €, 215 €. Si un événement climatique fait qu’il y a un déficit de production dans une région du globe, il y aura une tendance haussière, mais pas aussi considérable que l’année dernière. Si on est autour de 240 € à 245 €, ce sera déjà bien.

Propos recueillis par
Guillaume de Werbier

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