Objectif protéïne : Focus sur un élevage allaitant dans le Cher

Objectif protéïne : Focus sur un élevage allaitant dans le Cher

Polyculteur et éleveur de charolais dans le Cher, Thomas Rondier a développé la production de protéines végétales pour être quasi-autonome quant à l'alimentation de son troupeau.

Si le mouvement locavore, qui encourage à acheter des produits locaux, frais et de saison, gagne du terrain chez les consommateurs de plus en plus soucieux de l'environnement, l'approvisionnement local pour l'alimentation du bétail reste marginal tant il n'est pas aisé de s'affranchir des protéines végétales importées, et plus particulièrement du soja américain. Certains éleveurs parviennent cependant à s'en passer, moyennant quelques adaptations quant au système de production.

Thomas Rondier, polyculteur et éleveur à Saint-Hilaire-en-Lignières, dans le sud du Cher, est de ceux-là. L'alimentation de ses 85 vaches charolaises inscrites au herd book provient exclusivement de son exploitation. «Pour mes vaches et mes génisses d'un an, je n'achète rien. Je produits et stocke toute leur alimentation.»

Des protéines dans la rotation

Installé depuis 1998 en Gaec avec ses parents, Thomas exploite 220 ha, élève un troupeau de vaches allaitantes et gère un atelier d'engraissement de 200 places. Depuis son installation, c'est la qualité de l'alimentation de son cheptel qui prime. Pour lui offrir une alimentation équilibrée et s'affranchir au maximum d'achats de protéines, le jeune agriculteur a diversifié l'assolement de son exploitation, en introduisant des légumineuses et des protéagineux. Outre du blé, de l'orge d'hiver, du colza et du maïs, il produit aussi des petits pois d'hiver, un mélange de triticale et de vesce commune ainsi que de la luzerne. «L'assolement est partagé entre 150ha de cultures et 70 ha d'herbe, précise Thomas. Ces 70 ha comprennent 30ha de prairies naturelles et 40 ha de prairies temporaires, dont 8 ha de luzerne, que j'intègre dans la rotation.»

Les pois, la luzerne et la vesce commune apportent à l'agriculteur les protéines nécessaires à l'alimentation de son troupeau. «Je développe la culture de petits pois d'hiver car c'est une culture bien adaptée aux zones intermédiaires, ajoute-t-il. Quant au mélange triticale-vesce, je le récolte en vert au mois de juin.» Pour développer ainsi la production de protéines végétales, Thomas a souscrit une mesure agroenvironnementale rotationnelle, l'obligeant à allonger la rotation de l'assolement, et donc à diversifier les cultures. « J'ai contractualisé près de 70 % de ma surface, soit 150 ha, avec à la clé une aide annuelle de 32 €/ha. » Outre l'intérêt économique de cette contractualisation, Thomas souligne les avantages agronomiques de sa démarche. « Les protéagineux et la luzerne permettent de fixer l'azote dans le sol. Ils permettent de limiter les apports pour la culture qui suit. »

Des rations performantes…

Avec ses différentes productions végétales qu'il stocke à proximité de ses bâtiments d'élevage, Thomas dispose de tous les ingrédients pour préparer des rations optimales pour l'ensemble de son troupeau. «Je fais trois rations différentes : une ration de base pour les vaches, une ration sèche et une ration humide pour les bovins engraissés.»

La ration de base, 100 % maison, comprend de la paille, du mélange triticale-pois-vesce, de l'enrubannage d'herbe et des petits pois. Dès que les vaches ont vêlé, Thomas complémente la ration avec un mélange de blé et d'orge aplati. Pour les taurillons d'engraissement, il distribue deux rations différentes : l'une humide, l'autre sèche.

La première est composée de mélange triticale-pois-vesce, de paille, de céréales aplaties, de tourteaux de colza, de petits pois, de soluble de blé et quelques minéraux.

«Dans la seconde, je mets de la paille, du foin de luzerne, des céréales, des petits pois, du soluble de blé et de la pulpe de betteraves» Toutes rations confondues, Thomas estime à plus de 85 % son autonomie fourragère. «Je n'achète que du soluble de blé, quelques sacs de minéraux et un peu de pulpe de betteraves.» L'agriculteur tient à indiquer aussi que tous les produits achetés sont nationaux. «Le soluble de blé et le tourteau de colza sont des sous-produits de la production française de biocarburants. »,

 

Pour une meilleure croissance des bovins

Pour préparer les rations les plus équilibrées possibles, Thomas se fait conseiller par un technicien de la chambre d'agriculture et suit de très près la croissance de ses bêtes. «Je me réfère au gain moyen quotidien (GMQ) pour, le cas échéant, modifier la ration.» Equipé d'une bascule pour peser les animaux, Thomas consigne minutieusement l'évolution de leur poids. «Pour un taurillon de 550 kg de poids vif, j'ai un objectif de GMQ de 1,8 kg.» Mais grâce à l'optimisation des rations, les GMQ qu'il enregistre sur toute la période d'engraissement des animaux sont souvent supérieures à 2 kg. Sur des jours bien ciblés, certains animaux prennent jusqu'à 3 kg par jour ! «Je sais que certaines personnes ne me croient pas quand je leur annonce ces chiffres. » Autant dire que l'optimisation des rations porte ses fruits et contribue à la rentabilité de l'exploitation.

«Une ration humide me coûte 1,25€ par tête et par jour. Une ration sèche, c'est 1,50 €. Les calculs sont faciles à faire, constate-t-il. Une bête qui ne gagne pas suffisamment de poids me fait perdre de l'argent. Je la garde alors le moins longtemps possible.»

Pour valoriser un peu mieux ses bêtes, le Gaec Rondier fait de la vente directe à la ferme. Avec une dizaine de producteurs locaux réunis au sein de l'association Le panier Berry Saint-Amandois, il assure, depuis plus de 17 ans, une présence mensuelle sur un marché fermier à Saint-Doulchard, à proximité de Bourges. «Mes parents ont été les premiers du département à faire de la vente à la ferme», souligne-t-il. Thomas valorise ainsi des génisses de trois ans et des vaches de quatre ans qu'il considère inapte à la reproduction. Il débite deux à trois bêtes par mois.

«Après abattage, j'emploie un boucher qui vient découper la carcasse dans notre laboratoire. Marlène, ma mère, se charge de la fabrication de produits transformés frais – des saucisses, merguez, steacks hachés, pâtés, du boeuf cuit – et des conserves – des tripes, du boeuf bourguignon, des rillettes.» De l'alimentation de son troupeau à la vente de sa production, Thomas et ses parents jouent clairement la carte locale.

Dans la ration distribuée aux vaches allaitantes, tout est produit sur l'exploitation, y compris les protéines : des petits pois d'hiver, de la vesce commune et de la luzerne.

Dans la ration distribuée aux vaches allaitantes, tout est produit sur l'exploitation, y compris les protéines : des petits pois d'hiver, de la vesce commune et de la luzerne.

 

Source Ja Mag

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