OMC : L'échec des négociations, côté gouvernements et profession

FB (d'après APF)

L'échec des négociations de Genève sur la libéralisation du commerce mondial soulage un certain nombre de pays et de secteurs, mais d'autres regrettent un accord qui aurait pu dynamiser l'économie de la planète. Cet accord a échoué mardi faute de consensus entre pays riches et certains pays en développement sur l'agriculture.

La France réaffirme sa volonté d'un « accord équilibré »

« L'Union européenne a fait de très grands efforts, nous étions prêts à diminuer les droits aux produits qui rentrent en Europe de 54%, à supprimer nos soutiens aux exportations à condition que les autres fassent la même chose. La clé, c'est la réciprocité non pas à l'égard des pays les plus pauvres (...) mais des pays émergents » a indiqué Michel Barnier, ministre de l'agriculture, estimant que « cet accord, au point où il était hier, n'était pas réellement global et réciproque » et que les pays pauvres avaient progressivement été oubliés.
Nouvelle donne pour le ministre français, partagé par bien d'autres pays : de grands pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil sont capables de tenir tête aux Etats-Unis et à l'Europe.

L'Allemagne regrette l'échec d'un « important signal au bon moment »

Pour Berlin, l'échec des négociations n'est pas dû à l'Union européenne ni au secteur agricole mais à l'opposition des pays riches et de certains pays en développement sur l'agriculture. « Nous ne pouvons plus nous permettre une longue attente. Les négociations devraient reprendre aussi vite que possible », a indiqué le secrétaire d'Etat à l'économie Bernd Pfaffenbac. Pour lui, le gouvernement allemand a fait preuve de beaucoup de flexibilité pour favoriser un accord car les exportations allemandes ont largement besoin du système commercial multilatéral de l'OMC.

L'Italie préfère un échec

Le ministre italien de l'Agriculture Luca Zaia s'est félicité de l'échec des négociations, estimant qu'un accord « à tout prix » aurait pénalisé l'agriculture italienne. Pour lui, « il s'agissait de négociations au cours desquelles on a essayé par tous les moyens de pénaliser le système agricole italien et plus généralement européen ».
L'Italie s'est plainte à deux reprises du déroulement des négociations, estimant que ses intérêts n'étaient pas pris en compte sur la question des mentions d'origine géographique des produits ainsi que sur l'accès aux marchés industriels des pays émergents.

Pour la Norvège, l'échec de Genève signe l'émergence d'un nouvel ordre mondial

« Les Etats-Unis et l'Union européenne ne peuvent plus, seuls, imposer leur loi » estime le chef de la diplomatie norvégienne en évoquant la montée en puissance de la Chine, de l'Inde et du Brésil notamment.
La Norvège, qui n'est pas membre de l'UE, impose traditionnellement des droits de douane très élevés sur les importations de produits agricoles pour protéger ses paysans, par ailleurs fortement subventionnés.

Conséquences fâcheuses de cet échec pour le Bénin

Le ministre béninois du Commerce, Grégoire Akofodji, a estimé que l'échec des négociations pourrait remettre en question la participation des pays africains aux prochaines négociations. « C'est un échec qui aura des conséquences fâcheuses. On traite la production des pays africains, à savoir le coton et la banane, comme des détails », considérant que le producteur de coton béninois, tchadien, burkinabé ou malien s'appauvrit de plus en plus à cause des subventions des Etats-Unis.
Les ministres du Commerce du « C-4 », groupe qui rassemble les quatre principaux pays producteurs d'Afrique de l'Ouest (Mali, Bénin, Burkina Faso et Tchad) réclament une baisse de 82,2 % des subventions américaines qui plombent, selon eux, les cours mondiaux et pénalisent les pays pauvres.

Au Japon, le fiasco à l'OMC « fait sauter de joie les fermiers »

Le Japon a officiellement déploré mercredi l'échec des négociations sur la libéralisation du commerce mondial, mais les agriculteurs du pays ont applaudi ce fiasco grâce auquel ils resteront protégés - pour le moment - face à la concurrence étrangère. « Nous sommes soulagés, et même enchantés, de l'échec des négociations » s'est félicité Yoshiyuki Kiri, un responsable agricole. La perspective d'un accord mondial sur la libéralisation des échanges se heurtait à de vives résistances dans les milieux agricoles et politiques du pays. Le gouvernement aurait alors été forcé de réduire les droits de douane exorbitants qu'il impose à l'importation de nombreux produits alimentaires, notamment le riz, pour protéger ses paysans contre la concurrence étrangère.
Le Japon importe actuellement 60 % des aliments qu'il consomme. Les adversaires du libre-échange estiment qu'un accord à l'OMC décimerait l'agriculture japonaise, qui sera incapable de lutter contre la concurrence étrangère sans les barrières douanières actuelles, et que le degré d'autonomie alimentaire du Japon chuterait, en conséquence, encore plus bas.

Pour la FNSEA, « c'est mieux ainsi »

Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, premier syndicat agricole français, s'est félicité de l'échec des négociations, estimant qu'il vaut mieux « pas d'accord qu'un mauvais accord ». Pour lui, « ce que les négociateurs doivent retenir, c'est qu'il faut partir, notamment sur le plan agricole, sur d'autres bases avec un souci de protéger les agricultures là où elles sont, avec leurs particularités », défendant ainsi le modèle agricole européen.

La Coordination rurale se félicite de l'échec…

La Coordination Rurale est satisfaite de l'arrêt des négociations. Pour cet syndicat, « les paysans bénéficient de fait d'un sursis pour la dérégulation des marchés agricoles et l'Union Européenne garde sa liberté pour réformer de manière positive sa Politique Agricole Commune ».

… la Confédération paysanne aussi

Pour ce syndicat, « il est important que l'échec ait eu lieu essentiellement sur les questions agricoles que nous avions toujours pointées comme essentielles dans ce dispositif de négociation et d'organisation du monde qui se met en place ».

Publié par FB (d'après APF)

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