Orges : le festin des oies bernaches dans les polders

Rédaction Vendée agricole

Dégâts aux cultures : Cet hiver et ce printemps, les oies bernaches ont investi les polders du marais Breton. Le froid et la moindre quantité de nourriture dans l’estran de la Baie de Bourgneuf les poussent à pâturer les cultures. Reportage à Bouin.

Tout près des digues qui protègent les polders et les zones ostréicoles de Bouin, des champs d’orges alternent avec des champs de luzerne. Tout est calme. Peu de tracteurs et de voitures viennent troubler cette quiétude. A l’abri du vent, les oies bernaches peuvent se poser sans que personne vienne les déranger. Le voisinage des éoliennes ne semble même pas les effrayer. Et, elles ont tout loisir pour pâturer les cultures. Après leur passage,  le palmipède au plumage gris, au cou et tête noire et ventre blanc, laisse une culture piétinée.  Et au mieux, il ne reste qu’une plante rase qui a peu de chance de repartir. Dans le canton, environ 150 ha auraient subi des dégâts. «Ce sont surtout des orges. Les bernaches la préfèrent  à la luzerne et aux prairies.  Elle la trouve appétante et tendre. J’ai des parcelles où ma perte de récolte va atteindre 80 %  » témoigne Jean-Yves Devineau.

Cet agriculteur de  Bouin, dont les parcelles sont à quelques mètres à vol d’oiseau du port des champs, est aux aguets. Ce mardi, dans ses parcelles d’orge d’hiver, il a encore compté 10 oies ce matin, et 45 samedi. C’est peu comparé aux colonies qu’il a repérées cet hiver. «Un groupe de 10 à 50 se pose et appelle d’autres bandes. On peut voir jusqu’à 100 oies sur une parcelle » affirme Jean-Yves. «Depuis trois ans, on les voyait moins dans nos parcelles.» Cet hiver, 6 000 oies ont été recensées dans la baie de Bourgneuf dont  2000 pâturant dans les polders. Pour les agriculteurs du marais Breton, il n’y a pas de doutes. Le froid et la moindre quantité de zostères (1) - des plantes qui poussent dans l’eau et à portée de bec quand l’estran se découvre à marée basse - a incité ces oiseaux migrateurs à venir se nourrir dans les polders (3).  Autre particularité : cette année les oies prolongent leur séjour. Habituellement, dès le mois de mars, les bernaches cravant remontent se reproduire dans la toundra au nord de la Sibérie, après avoir séjourné sur les côtes françaises et hollandaises. «Elles devraient être parties depuis mi-mars » estime Jean-Yves Devineau.

Effarouchent avec des canons et des fusées

Pour éviter qu’elles ne se posent et stationnent dans les polders, la ligue de protection des oiseaux (LPO) mène depuis 20 ans des campagnes d’effarouchement en partenariat avec les agriculteurs (2). «On place des canons pour les effrayer ou on lance des fusées détonantes. On installe aussi dès épouvantails. Mais, elles finissent pas s’habituer. D’autant que les fusées et canons ne peuvent être utilisés la nuit, alors qu’elles peuvent séjourner dans les polders si la marée est haute. » La LPO de Beauvoir a embauché un salarié du 15 décembre au 29 février chargé, entre autres, du comptage et également de l’effarouchement. Depuis le 1er mars, Jean-Yves Devineau effectue ses « tours de garde » avec sa fourgonnette et ne peut que constater amer, les nuisances de cet oiseau classé comme espèce protégée depuis 1976.  Les agriculteurs ne perçoivent aucune indemnité.

Vers des contrats MAE

La LPO se dit consciente d’une recrudescence cette année des bernaches dans les polders et des dégâts provoqués aux cultures. Invitée  par la Fdsea et la chambre d’agriculture à une réunion de concertation mercredi avec le conseil général, la DDTM, la Fédération des chasseurs et l’association de la Baie de  Bourneuf, elle propose d’étudier un contrat spécifique «Mesure agri-environnement » sur les polders. «On pourrait s’inspirer d’un contrat mis en place dans la région Champagne-Ardenne face aux dégâts causés par des grues cendrées » propose Théophane You, son directeur. Mais, les agriculteurs ne sont pas convaincus par cette mesure. «Cela ne règle pas le problème de l’indemnisation cette année. Et, cela veut dire que l’on accepte des oies qui pâturent sur nos cultures » conteste Christian Francheteau, secrétaire général adjoint de la Fdsea.« Si l’Etat veut protéger une espèce, il doit prendre les moyens d’indemniser les agriculteurs, c’est le sens du courrier que nous allons adresser au ministère de l’écologie et du développement et de l’aménagement durable ».   

(1) Depuis quelques années, la LPO constate une diminution des zostères. Une étude est en cours de réalisation par l’université de Nantes pour en déterminer les causes.

(2) Ces opérations sont subventionnées (2)  par le conseil général et la direction régionale de l’aménagement, l’environnement et de logement des Pays de la Loire 

(3) Elles peuvent également pâturer dans les mizottes de la Baie de l’Aiguillon-sur-Mer.

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