PAC : les agriculteurs souhaiteraient une autre réforme

recueilli par actuagri

La délégation de la FNSEA 44 présente au congrès à Troyes.
La délégation de la FNSEA 44 présente au congrès à Troyes.

Alors que les contours de la future PAC se précisent, les agriculteurs déplorent qu'elle soit un frein plutôt qu'un encouragement à produire, en raison des contraintes environnementales de plus en plus draconiennes qu'elle leur impose. Débat à Troyes, le 27 mars, lors du congrès FNSEA.

La réforme de la PAC ne répond pas aux attentes des agriculteurs. On demandait un encadrement de la volatilité, on demandait des marchés qui fonctionnent correctement, on demandait des aides différenciées selon les productions, on nous donne du verdissement », a résumé Henri Brichart, vice-président de la FNSEA à l'occasion du débat sur la réforme de la PAC, le 27 mars à Troyes. Il évoque même un bricolage dans sa conception et sa mise en œuvre. Un sentiment que ne sont pas loin de partager un certain nombre de participants à la table ronde. « La réforme a évolué sous la contrainte et chaque fois sous la contrainte financière », observe pour sa part Philippe Chalmin, président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges, en précisant que toutes les réformes successives ont été réalisées sans fil conducteur. « Il manque à la réforme de la PAC ce qui intéresse les agriculteurs, il manque du sens, des perspectives. Le sens du début, produire pour nourrir la population n'existe plus », résume pour sa part Nicolas-Jean Bréhon, professeur à la Sorbonne. Un sentiment bien entendu que ne partage pas Daniele Bianchi, de la Commission européenne qui considère que les différentes réformes successives ne relèvent pas seulement du bricolage, mais aussi de l'artisanat. Ainsi le verdissement qui a été introduit n'est pas seulement un caprice. Il a été mis en œuvre pour légitimer la PAC auprès des citoyens européens et pour justifier le budget qui lui est alloué. « Il est devenu une vraie finalité », résume-t-il. Nicolas-Jean Brehon n'est pas loin de penser la même chose. « On n'a pas fait que de l'habillage avec le verdissement », pour souligner que la conditionnalité et les bonnes pratiques agricoles introduites en 2003 puis maintenant le verdissement pour financer des actions qui ne sont pas rémunérées par le marché (ce qu'on appelle les biens publics) constituent un nouveau fondement de la PAC.

Enjeux plus complexes

À cela s'ajoute le fait que « les enjeux d'aujourd'hui sont beaucoup plus complexes qu'autrefois » ainsi que l'a souligné Francis Houiller, le président directeur général de l'Inra. Quand l'Union européenne com­portait six membres et que la PAC devait assurer la sécurité alimentaire alors qu'elle va en compter 28 prochainement qui n'ont pas nécessairement les mêmes attentes. Et qu'il faut intégrer l'épuisement des énergies fossiles et des pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement ; des notions qui n'existaient pas, il y a cinquante ans. Il n'en reste pas moins que les agriculteurs ne comprennent pas « qu'on leur demande de s'adapter au marché » et qu'en même temps « on cadenasse leur mode de production », observe Henri Brichart. Comme par exemple en exigeant des éleveurs qu'ils gardent ad vitam æternam les prairies. Sans se poser la question de l'autonomie fourragère des exploitations d'élevage. Bref « à un handicap naturel », dans les zones de montagne, on ajoute « un handicap administratif », observait un intervenant. « On aurait voulu une PAC qui stimule, pas un PAC qui inhibe », résume pour sa part le vice-président de la FNSEA.

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