Pac : une boîte à outils à exploiter

Propos recueillis par S. Giraud avec T. Boulleau

La réforme de la Pac a été à l’ordre du jour de l’assemblée générale de la FRSEA Massif central fin janvier. L’occasion pour son président de revenir sur les enjeux de ce rendez-vous

Jacques Chazalet : “Les récents évènements ont ébranlé les certitudes des chantres de l’ultra-libéralisme.”

Alors qu’une nouvelle réforme est en cours, quel état des lieux peut-on dresser ? Jacques Chazalet : “D’une Pac basée sur la régulation des marchés, l’intervention publique et la préférence communautaire, qui courait des origines aux années 1980, nous sommes progressivement passés à une logique de marché et de libre-échange. Nous avons connu la baisse des prix d’intervention, l’apparition des aides directes transformées en aides au revenu au moment de l’Agenda 2000 et, signe de l’abandon du soutien aux productions, le découplage des aides avec les DPU (droit à paiement unique), l’abandon des protections aux frontières et la fin des restitutions. Pour Mariann Fischer Boël­ (ex-commissaire à l’Agriculture), les agriculteurs devaient s’adapter au marché et le DPU devait servir à résoudre tous leurs problèmes. L’objectif de la commissaire était de réduire drasti­quement les dépenses de la Pac et d’aboutir à un montant de DPU unique sur le territoire ­européen.”

Les évènements ont-ils selon vous fait vaciller ce raisonnement ultralibéral ?

J. C. : “Les émeutes de la faim à partir de 2007, la crise économique mondiale, les crises successives subies par les agriculteurs, le Printemps arabe, sont autant d’évènements qui sont venus ébranler les certitudes de ces chantres de l’ultra-libéralisme symbolisé par l’OMC. Le nouveau traité européen a donné davantage de pouvoir au Parlement européen. Il contrôle désormais la Commission et de fait dispose d’un pouvoir de décision y compris sur les évolutions de la future Pac. Cette nouvelle organisation ainsi que l’arrivée du nouveau commissaire semblent avoir quelque peu infléchi les orientations de la Pac. La prise de conscience tardive mais réelle des dirigeants de la planète de l’importance des problématiques alimentaires mondiales a elle aussi eu un impact positif pour redonner du sens à la Pac.”

Une quasi-stabilisation du budget ?

 

Preuve que les positions ont bougé, le budget proposé pour la Pac 2014-2020 est encore conséquent, alors que cela était loin d’être gagné…

J. C. : “La Commission propose en effet une quasi-stabilisation du budget de la Pac pour la période 2014-2020, ce qui se traduirait par une enveloppe quasiment équivalente pour la France. On est loin des - 30 % annoncés, par Manuel Barroso, il y a encore deux ou trois ans. Cela n’empêche qu’il faut rester très vigilant, particulièrement dans le contexte de crise financière que nous traversons.”

Et que dire globalement sur le contenu des propositions ?

J. C. : “Là aussi, il y a eu un infléchissement. Finie l’idée du DPU unique, même si visiblement dans la future Pac, on ne reviendra pas à une politique d’intervention massive sur les marchés. L’Union européenne entend proposer aux agriculteurs des outils pour faire face aux risques climatiques, sanitaires ou économiques. C’est une évolution significative au même titre que dans ce domaine, Bruxelles souhaite faire des entorses au sacro-saint droit de la concurrence pour permettre aux agriculteurs de mieux s’organiser pour peser davantage dans la répartition de la valeur ajoutée. Cela veut dire que les interprofessions sont reconnues. La commission nous donne le cadre, mais c’est à nous, producteurs, en concertation avec les pouvoirs publics, de faire fonctionner ces outils. La Commission propose également de faciliter la segmentation des marchés au travers d’une réforme de sa politique sur les signes de qualité avec une proposition de deux nouvelles mentions (produits de montagne et “produits de ma ferme”).”

Quid de la prise en compte des hommes et des spécificités territoriales dans la feuille de route de la Commission ?

J. C. : “Le cadre européen permet la reconnaissance des spécificités territoriales et notamment les ICHN. Il faudra veiller que ces spécificités soient bien prises en compte dans le cadre du règlement franco-français. Sur le deuxième pilier de la Pac, outre l’apparition d’outils de gestions de risques, il faudra veiller au devenir des ICHN, des soutiens aux systèmes herbagers, tout comme à la politique d’installation et d’investissement. Nous défendons par ailleurs la prise en compte des chefs d’exploitation dans la répartition des soutiens plutôt qu’une simple référence aux hectares. Ne l’oublions pas : l’aménagement du territoire, cela passe d’abord par l’agriculture et donc par ses hommes.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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