Pascal Férey : «un deuxième tour en forme de référendum sur l'Europe»

Joël Rébillard

Pascal Férey : «un deuxième tour en forme de référendum sur l'Europe»
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À quelques jours du deuxième tour de l'élection présidentielle, Pascal Frey, président de la FRSEA Basse-Normandie, nous livre ses clés de lecture des deux programmes en compétition.

Que vous inspirent les résultats du premier tour des élections présidentielles ?

Pascal Frey : J'ai observé une participation des électeurs conforme aux scrutins précédents, contrairement à ce que certains commentateurs avaient annoncé. Toutefois, ces résultats sont inédits puisque les partis qui ont gouverné notre pays depuis les débuts de la cinquième République sont éliminés dès le premier tour.

On vous a senti énervé dans l'éditorial que vous avez signé la semaine dernière. Pourquoi?

P.F : Parce que j'ai trouvé que ces partis avaient en partie démissionné en laissant le choix de leurs candidats à des personnes qui n'adhèrent pas. C'est contraire à ma culture syndicale où la cotisation a un sens et où l'adhérent participe aux décisions et aux orientations de la structure.

Pour le deuxième tour, donnerez-vous une consigne de vote ?

P.F : D'abord, nous sommes un syndicat qui n'a pas vocation à intervenir dans les élections politiques. Notre rôle se limite à éclairer les choix de nos adhérents en leur faisant connaître les programmes des candidats. Ensuite, je ne crois pas aux consignes de vote : les électeurs sont majeurs et la voix qu'ils ont donnée au premier tour leur appartient. Ces calculs de voix en évaluant les reports en fonction de consignes de vote ressemblent à de la petite arithmétique électorale qui vaut de moins en moins avec un électorat de plus en plus volatil.

Quels sont pour vous les enjeux de ce deuxième tour ?

P.F : Pour l'agriculture, je pense que nous sommes en présence de deux projets très différents avec pour ligne de fracture le projet européen. Pour un candidat, l'Union Européenne et la monnaie unique sont les causes de nos problèmes et en sortir constitue la solution. C'est oublier un peu vite les dégâts commis par le passé par les dévaluations du franc, l'expansion de notre agriculture permise par l'ouverture des frontières à l'intérieur de l'Union, la modernisation de nos modes de production et de nos conditions de travail sur les exploitations. Je rappelle au passage que ceux qui ont quitté la campagne dans les années soixante ont quitté des conditions de vie indignes du vingtième siècle. Quant à l'autre candidat, il plaide pour une politique agricole qui protège plus les producteurs et une déclinaison française des politiques européennes limitée à la seule traduction, sans sur-transposition. Il porte aussi des ambitions quant aux relations dans les filières agro-alimentaires. Comme d'autres avant lui avec plus ou moins de bonheur.

Vous ne parlez pas des aides directes ?

P.F : Ce n'est pas le plus fondamental. Réduire l'adhésion à l'Europe à une question comptable, c'est aborder le sujet par le petit bout de la lorgnette. Il faut élargir le point de vue. Pour répondre à la question, si on pouvait se passer des aides, les agriculteurs en seraient les premiers satisfaits. Mais ce n'est pas le cas. Et sur ce point, je ne crois pas que l'Etat se substitue à l'Europe pour mettre en oeuvre le système que nous connaissons.

P.F : Finalement, dimanche, c'est un référendum sur l'Europe ?

L'enjeu européen est beaucoup trop important pour le caricaturer. Pour éviter cette fuite en avant, il faudrait que les candidats aient une vision prospective et la développent, ce qui, à mes yeux, est insuffisamment fait. Nos élus invoquent trop souvent la « Commission de Bruxelles » pour justifier les avatars réglementaires qui nous assaillent. D'une certaine manière, cette élection, c'est un choix entre le repli sur soi et la volonté de prendre les problèmes à bras-le-corps pour aller de l'avant. Cela correspond bien à l'ambiance de notre époque avec un avenir incertain, une peur du changement et le côté rassurant d'un « retour » : aux frontières nationales, au franc, aux méthodes traditionnelles...en refusant la nouveauté. Face à cette vision, il y a une vision plus optimiste qui aborde l'avenir dans son contexte et croit en les capacités de notre pays à maintenir son mode de vie, son niveau de vie, son rayonnement. Ce sont deux visions très différentes.

Quel est votre choix ?

P.F : Je m'inscris dans celui que la FNSEA a confirmé lors de son congrès de Brest il y a un mois. L'avenir de l'agriculture passe par son ouverture européenne. Même si, cela va sans dire, le cadre européen a besoin de beaucoup d'améliorations.

Source l'Agriculteur Normand

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