Politique : Barnier-Ciolos : tandem de choc pour une Europe régulée ?

PATRICIA OLIVIERI (Sources : Agrapresse)

Leur tâche ne sera pas facile face au front des libéraux européens. Mais ces deux nouveaux commissaires européens et amis sont les meilleurs alliés d'une Pac forte.

Faut-il y voir une heureuse coïncidence ? Sans doute pas complètement : la nouvelle commission Barroso comporte désormais non seulement un Français - le Savoyard eurodéputé et ancien ministre de l'Agriculture Michel Barnier - à un poste clé, en l'occurrence au Marché intérieur et aux Services financiers, mais aussi un grand francophile, Dacian Ciolos, le futur commissaire européen à l'Agriculture. Cet ancien ministre de l'Agriculture roumain a en effet, en 1995, préparé un projet de coopération décentralisée autour du développement rural entre le comté d'Argis en Roumanie et la Savoie, dont le président de Conseil général n'était autre à l'époque que le même Michel Barnier. Autre point commun entre ces deux amis et figures de proue de la commission Barroso II : tous deux sont déjà les bêtes noires des libéraux de l'Union européenne et des anti-Pac. Ainsi, si la nomination du Français a valu de fortes frictions entre Paris et Londres, les Britanniques ont aussi tout fait pour empêcher Dacian Ciolos d'accéder à ce poste. À tel point que José Manuel Barroso a pris sa défense face à des “insultes particulièrement choquantes” selon lui.

L'influence de Raymond Lacombe

Cette double nomination, obtenue de haute lutte, ouvre la porte à l'espoir pour les agriculteurs français défenseurs d'une régulation des marchés agricoles, dont certains ne cachent pas leur nostalgie de l'ère Barnier. En effet, les deux hommes semblent partager une même ambition pour l'UE et une même vision d'un modèle économique qui pourrait conjuguer modernité, performance et humanisme. Ainsi, si l'on en croit Christian Mouchet, l'ancien professeur d'économie rurale à l'École nationale supérieure d'agronomie de Rennes (Ensar), de Dacian Ciolos - cet ingénieur agronome également titulaire d'un master décroché à l'Ensa de Montpellier - ne sera “ni tout libéral, ce n'est pas dans sa culture ; ni tout régulateur, car cela coûte trop cher”. “Il s'intéressera sans doute beaucoup au second pilier et sera un bon avocat pour l'agriculture”, promet M. Mouchet. Une position que partage Patrice Lemoux, directeur adjoint de la chambre d'agriculture de l'Aveyron, qui a côtoyé de près le commissaire européen en 1996-1997 lorsque ce dernier était chargé d'une analyse de l'expérience de développement agricole et rural du Nord-Aveyron. “Sa vision de l'agriculture française, c'est celle de Raymond Lacombe”, analyse Patrice Lemoux, précisant que Dacian Ciolos a bien connu et fréquenté l'ancien président de la FNSEA, tout comme André Laure (un autre Aveyronnais ancien président de la MSA). “Pas d'Europe sans paysan”, pourrait donc bien être la devise du nouveau commissaire, avec sans doute une nuance qu'apporte P. Lemoux : “C'est effectivement un centriste, son approche est celle d'une agriculture familiale mais performante avec des paysans qui assument pleinement leur statut de chef d'entreprise”. Et de conclure que le modèle qu'aurait tenté de mettre en oeuvre celui qui a rencontré son épouse à Montpellier, serait en quelque sorte une synthèse des exploitations qu'il a pu découvrir en Aveyron, Savoie et Bretagne. Un mélange des plus inattendus...

 

Le meilleur pour le job

“La politique agricole commune doit rester l'un des piliers fondateurs de la construction européenne”, a sobrement indiqué Dacian Ciolos soulignant qu'il lui reviendrait de conduire, “avec l'ensemble des États membres de l'UE et avec le Parlement européen”, un “ajustement de la Pac”, laissant de côté les termes plus radicaux de “profonde réforme” employés habituellement par l'actuelle titulaire du poste, Mariann Fischer Boel. Dacian Ciolos s'est dit soucieux de préserver la “diversité” de l'agriculture d'un pays à l'autre de la Communauté. Mais il s'est bien gardé, à ce stade, d'en dévoiler davantage sur ses intentions. De son côté, José Manuel Barroso dresse le portrait d'un homme avant tout compétent. “J'ai parlé avec lui, je sais qu'il est très engagé dans le dossier de l'agriculture, il a travaillé presque toute sa vie dans ce domaine et je sais en plus qu'il est adepte d'une approche moderne de l'agriculture et du développement rural et qu'il soutient les priorités politiques du Parlement européen”, a-t-il expliqué. Quoi qu'il en soit, Dacian Ciolos se prépare à son audition devant les députés européens mi-janvier qui lui permettra de passer du statut de “commissaire désigné” à celui de “commissaire” tout court.

Source Union du Cantal

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier