Politiques agricoles : Le rééquilibrage des soutiens s'impose”

P. OLIVIERI

Le député Vincent Descoeur livre sa vision de ce que doit être la future Pac.

Les responsables professionnels du Massif central ont entrepris il y a maintenant près d'un an une mobilisation importante pour obtenir un rééquilibrage des soutiens de la Politique agricole commune (Pac). Quel regard portez-vous sur les orientations actuelles de cette politique communautaire ?
Le contexte économique mondial a considérablement évolué ces derniers mois, ce qui impose de réformer ou en tout cas d'adapter la Pac plus vite que prévu car elle ne permet plus de gérer les déséquilibres qui se sont créés. Les postulats qui ont fondé la Pac de 2003 sont en effet dépassés : exemple frappant, le cours des céréales qui s'est envolé, rendant caduque un dispositif de soutien censé compenser une baisse des cours. Le secteur de l'élevage s'en trouve pénalisé et souffre dans le même temps de l'explosion des prix des matières premières et de l'énergie.
Parallèlement, alors que l'on découvre qu'il faudra doubler la production agricole mondiale d'ici 2050 pour faire face à l'augmentation de la demande alimentaire, l'Europe s'enfonce paradoxalement dans une situation où sa production ne suffit plus à couvrir ses besoins de consommation : on manque de viande bovine, on s'enfonce dans un déficit structurel ovin, on peine même à produire le quota laitier européen.

Le député cantalien Vincent Descoeur juge que la Pac et l'UE font fausse route.

Le député cantalien Vincent Descoeur juge que la Pac et l'UE font fausse route.

Quels doivent être les choix de l'UE pour l'avenir ?

Justement, au vu des nouveaux défis posés en termes d'alimentation, mais aussi de développement durable, quels doivent être les choix de l'UE pour l'avenir ?
Après avoir connu des périodes où on était surtout préoccupé de gérer des excédents de production, on est en train de redécouvrir, et c'est heureux, que l'agriculture est un secteur émi- nemment stratégique. Dans ce contexte, l'Europe se doit de rester une grande puissance alimentaire. La Pac doit se donner pour premier objectif d'assurer l'indépendance et la sécurité alimentaire des 500 millions de consommateurs européens. Pour ce faire, l'UE ne peut pas renoncer aux outils de régulation et de gestion des marchés. Il faut reparler d'une préférence communautaire.
La Pac doit enfin orienter ses soutiens en fonction des attentes de la société, auxquelles nos régions ont tous les atouts pour répondre : productions de qualité, occupation et entretien de l'espace, maintien d'un milieu rural vivant avec des exploitations à taille humaine, préservation et mise en valeur de l'environnement, voire lutte contre les dérèglements climatiques puisque la prairie stocke autant de carbone que la forêt…

Les propositions du Massif central sont-elles à même de contribuer à répondre à ces enjeux ?

Le rééquilibrage des soutiens entre grandes cultures et zones herbagères défendu par le Livre blanc du Massif central, document très intéressant, s'impose en effet quelle que soit la solution retenue (prime à l'herbe sortie du second pilier de la Pac pour en faire un soutien économique sur le premier pilier, redistribution au sein de ce premier pilier des soutiens entre grandes cultures et productions à l'herbe...).
Il en va de la crédibilité de la Pac, de la légitimité des aides publiques à l'agriculture et de l'avenir même de l'élevage.
Je partage aussi l'idée qu'il faut s'opposer au découplage des aides animales et renforcer la politique de compensation de handicap tout comme la politique de la montagne. Je dirais enfin qu'il faut porter une attention particulière à nos filières de qualité, qui ont un fort potentiel de valorisation pour peu qu'on permette un renforcement des organisations interprofessionnelles.

“Les élus doivent porter une vision politique”

Vincent Descoeur à l'Assemblée a déclaré : “Il faut être convaincu que l'avenir de la Pac dépend de choix éminemment politiques. Les élus ne peuvent pas en permanence s'abriter derrière de soi-disant divisions de la profession agricole sur la façon dont il faut réformer. Tout le monde peut comprendre par exemple que les céréaliers soient peu enclins à applaudir d'emblée des propositions visant à réduire les niveaux d'aides qu'ils perçoivent. Le rôle d'un élu politique, c'est d'avoir une vision, nourrie en l'occurrence de l'expertise des organisations et syndicats agricoles comme des attentes qu'il perçoit dans la société, et de se battre pour essayer de la faire partager. C'est ce que je m'efforce de faire à mon niveau, tant auprès de mes collègues à l'Assemblée nationale qu'auprès du gouvernement”.

Source Auvergne Agricole

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier