Porcs: les éleveurs soufflent grâce à la Chine, mais continuent de souffrir

Porcs: les éleveurs soufflent grâce à la Chine, mais continuent de souffrir

Les éleveurs français de porcs qui ont connu une crise aiguë l'été dernier ont trouvé un peu de répit depuis le début de l'année grâce à une forte hausse de la demande chinoise, mais continuent de souffrir et s'inquiètent de l'avenir de l'ensemble de la filière.

"Le prix du porc est encore trop faiblement payé" en France, a indiqué Paul Auffray, président de la fédération nationale porcine jeudi lors de l'assemblée générale de la FNP à Morteau dans le Doubs.

Il est remonté à 1,29-1,30 euro le kilo au marché au cadran de Plérin, la "Bourse" de la viande de porc pour toute la France, située en Bretagne, mais il a passé la plupart de l'hiver aux alentours de 1,10 euro, soit nettement plus bas que la barre des 1,40 euro, niveau demandé par les éleveurs pour simplement couvrir leurs frais.

L'an dernier, les éleveurs de porc, au bout du rouleau, ont mené de nombreuses opérations choc, notamment contre la grande distribution et les intermédiaires industriels, destinées à informer l'opinion publique et réclamer une augmentation du prix d'achat de leur viande.

Ils souffrent de l'arrêt du marché d'exportation en Russie en raison de l'embargo commercial imposé par l'Union européenne (UE), mais aussi de la baisse de la consommation en France et en Europe de viande de porc (-5% en France en 2015), d'un manque de compétitivité de l'abattage ainsi que d'une crise de surproduction dans toute l'Europe.

2016 : les exportations ont doublé

porcelets (TK)

Au premier trimestre 2016, les exportations de porc de 28 pays européens vers la Chine ont doublé par rapport aux trois premiers mois de 2015, a souligné Estelle Antoine, de l'Institut du porc (Ifip) car la filière chinoise est en pleine restructuration et a choisi depuis janvier d'augmenter ses importations pour garantir la qualité des produits.

Au premier trimestre, la France a ainsi exporté 35000 tonnes de porc en Chine ce qui en a fait la première destination des exportations françaises. "On peut penser que la bulle chinoise durera au moins jusqu'à fin 2016, mais après on est sûr de rien" a dit Mme Antoine. "La bulle chinoise soulage le marché, mais il ne faut pas rêver, cela ne va sûrement pas durer au-delà" a ajouté M. Auffray, qui s'inquiète des débouchés à terme et a appelé l'ensemble de la filière à travailler "collectivement" pour sortir de la crise.

Des aliments moins chers

Autre élément favorable cet année, la décrue des prix des aliments. "Mais la situation financière des éleveurs est toujours très tendue" a-t-il dit, malgré les "mesures pansements" décidées par le gouvernement l'an passé (allègement des charges…) et une enveloppe européenne de 63 millions d'euros. "Il faudrait un prix bien plus élevé et sur une longue période pour qu'ils puissent retrouver un peu d'embellie" a dit M. Auffray.

Il a notamment fortement critiqué les "industriels" qui "prennent les éleveurs pour des c..." et a lancé un appel notamment aux élus pour que les collectivités locales fassent un effort pour s'approvisionner en France. Selon lui, la reconquête doit passer par la défense du "manger français" et un effort des coopératives qui "ont tendance à oublier leurs adhérents (les éleveurs) pour privilégier leurs salariés et leurs clients".

Eclaircir les marges

"Il y a une boîte noire entre le prix au "cadran" et le prix de distribution, et assez peu de communication" a confirmé Mme Antoine de l'Ifip, "nous sommes en train de travailler" à éclaircir quelles sont les marges exactes des coopératives, et salaisons qui transforment la viande, a-t-elle dit.

Source Avec AFP

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