Pour un choc de compétitivité agricole

Propos recueillis par P. OLIVIERI

Pour un choc de compétitivité agricole

Invité ce vendredi du congrès de la FDSEA du Cantal, le président de la FNSEA expose les grands enjeux pour l’agriculture française en cette veille de renégociation de la Pac.

En cette période de renégociation de la Pac, quel message venez-vous délivrer à l’élevage cantalien qui revendique de conforter les acquis du bilan de santé ?

Xavier Beulin, président de la FNSEA : “Un message à trois niveaux. Nous avons déjà une première bataille à mener, celle du budget européen. Tant que celui-ci ne sera pas adopté, on n’aura guère de visibilité sur la future Pac. Ça va se jouer dans les prochaines semaines avec deux rendez-vous importants, l’un fin novembre, le second fin décembre avec une recontre des chefs d’État qui pourrait être décisive. Le deuxième enjeu, c’est d’avoir une boîte à outils européenne qui nous permette au niveau national de disposer d’un maximum de possibilités. La question du verdissement en fait partie : c’est moins sur le taux de verdissement (NDLR : 30 % en l’état des propositions actuelles de Bruxelles) que sur la manière de l’appliquer que nous voulons changer les choses. Nous réclamons une application non pas forfaitaire mais individuelle pour que les agriculteurs ayant des DPU (droits à paiement unique) plus élevés que la moyenne ne soient pas davantage pénalisés. De la même façon, sur la convergence des aides, il s’agit d’obtenir un aménagement pour éviter d’avoir 40 % dès la première année et 100 % en 2020. Nous demandons une progressivité pour en faire quelque chose de vivable aussi bien pour les exploitations au-dessus qu’en dessous de la moyenne nationale même si c’est une équation certes un peu difficile à trouver. Le troisième niveau c’est toute la question de la gestion des risques. Il y a assez peu de propositions faites par la Commission que ce soit en matière de risques climatiques, sanitaires ou autres. Or s’il n’y a aucun outil communautaire pour gérer ce type de situation, on se demande bien à quoi sert une politique européenne.”

Les derniers échos ne sont guère favorables quant au budget européen justement. Faut-il craindre une enveloppe agricole en repli ?

X. B. : “Je regarde surtout deux États, la France et l’Allemagne. De son côté, la France reste sur la même position : maintien du budget agricole au niveau du montant de 2013, c’est-à-dire étal de 2014 à 2020. L’Allemagne est un peu moins “pushing” et serait prête à accepter une baisse. C’est pourquoi il faut être extrêmement vigilants. Du point d’arrivée du budget, dépendra la capacité d’adaptation sur le contenu de la Pac, notamment sur les mesures de soutien du second pilier.”

Le lancement du fonds de modernisation céréaliers-éleveurs a été salué par les organisations spécialisées, certains craignent cependant que l’enveloppe soit maigre au regard des besoins de l’élevage. Est-ce un risque ?

X. B. : “C’est une démarche volontaire, unique en son genre mais qui a ses contraintes et il va d’abord falloir convaincre les agriculteurs de son bien-fondé. On est là sur une prise de conscience d’une part de l’extrême volatilité des marchés agricoles, d’autre part de l’interdépendance forte entre les secteurs du végétal et de l’animal. Et qu’il y a besoin, sinon d’apporter des correctifs, au moins de prendre en compte que l’avenir de l’agriculture ne passera pas par un secteur végétal en bonne santé et un secteur animal qui continuerait de souffrir. Derrière, il a fallu trouver la mécanique, un dispositif qui ne soit ni une taxe, ni une ressource interprofessionnelle qui nous mettrait Bruxelles sur le dos. Les céréaliers ont fait le choix de ce fonds et je le salue. La deuxième étape sera celle de la collecte. Il a été décidé d’attendre toutes les récoltes pour faire l’appel du fonds en mai 2013, qui sera éventuellement renouvelable en fonction de la situation des marchés des céréales. La troisième étape est celle de l’attribution de cette ressource avec l’idée de mener une vraie réflexion entre secteurs végétal et animal pour que ce fonds ait un effet levier par apport à d’autres sources de financement - collectivités, FranceAgriMer, interprofessions... - et permette ainsi à l’élevage de se moderniser et gagner des points de compétitivité dont nous aurons besoin à l’avenir quelle que soit la future Pac. Il faut favoriser l’investissement, la modernisation et on va même jusqu’à dire qu’il n’est pas exclu qu’une partie de ce fonds aille consolider certains outils de transformation, qu’il s’agisse de laiteries ou d’abattoirs.”

Quels sont aujourd’hui les enjeux prioritaires pour l’agriculture française ? Vous semblent-ils partagés par le gouvernement ?

X. B. : “Le premier sujet récurrent est celui de la situation économique des exploitations et donc tout ce qui peut concourir à améliorer la compétitivité quelle que soit la filière ou le segment de marché. Regardez l’énorme travail qui a été fait par la filière bovins viande pour aller capter des marchés extérieurs, valoriser le “made in France”... Ça a été payant. Cela suppose aussi de lever un certain nombre de handicaps. On est ainsi très actifs sur les charges qui pèsent sur les salaires dans les exploitations et les filières. Nous aussi le choc de compétitivité on l’attend ! Rappelons que nous avons été à l’origine de la TVA dite emploi (ou sociale, supprimée depuis par le gouvernement, NDLR), parce que nous avions fait la démonstration qu’on a 3, 4 voire 5 euros de différentiel de coût avec certains de nos voisins européens. De même, nous combattons une autre forme de distorsion de concurrence, celle liée à toutes les normes, que ce soit sur l’eau, les installations classées,... autant de sujets sur lesquels la législation française va plus loin que la réglementation communautaire et freine la modernisation des exploitations. Parallèlement à tout ça, nous devons trouver les moyens de revaloriser dans nos filières nos savoir-faire respectifs et nos produits auprès des consommateurs. J’ajouterais que nous sommes aussi en grande discussion avec Bercy sur les questions de fiscalité. Je revendique pour l’élevage français la possibilité de constituer des stocks sans qu’ils ne soient fiscalisés. Ce sont autant de mesures qui, mises bout à bout, peuvent renforcer le revenu des agriculteurs. Enfin, l’enjeu fondamental reste aussi le renouvellement des générations. Avec les Jeunes agriculteurs, nous restons très attentifs à l’installation en disant qu’il y a du potentiel, qu’on a la chance d’avoir un secteur où la demande est croissante et qu’un pays qui vise le redressement productif devrait s’appuyer un peu plus sur son agriculture.”

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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