PPP : Un jeune agriculteur témoigne

Carole de Boyer d'Eguilles

PPP : Un jeune agriculteur témoigne

Quentin, 24 ans, jeune agriculteur, en individuel et salarié sur l'exploitation de ses parents s'est installé au printemps 2010. Il raconte au JA mag son parcours, semé de galères, de rencontres professionnelles décisives… et au bout, il a décroché son sésame pour l'installation.

Une voie toute tracée

Mes parents sont céréaliers, et m'ont transmis la passion du métier. Le dimanche soir, ils étaient heureux d'aller bosser le lundi, passionnés qu'ils sont par notre profession. J'aidais mes parents pendant les vacances. Après un bac S, je suis rentré à l'école d'ingé' de LaSalle Beauvais. On peut faire différents métiers dans les écoles d'ingé'. Mon objectif a toujours été de devenir agriculteur. J'ai fait un stage sur une exploitation porcine, une exploitation ovine en Ecosse, et au Canada, sur une exploitation de pommes de terre. C'est là que j'ai pris le virus de la pomme de terre. J'ai fini avec deux ans d'apprentissage en alternance dans un centre de gestion comme conseiller de gestion, spécialisé céréales. Très formateur pour la suite.

L'autodiagnostic

Je ne voulais pas continuer au centre de gestion et j'avais la possibilité de prendre 30 hectares, cédés en bail sur l'exploitation de mes parents. J'ai décroché mon premier rendez-vous au Point Info Installation en septembre 2009. L'animateur m'a expliqué comment ça allait se passer, m'a fourni l'autodiagnostic. Faire un autodiagnostic, c'est vraiment intéressant, ça permet réellement de se poser et de prendre du recul. Les questions, ouvertes, font réfléchir à vos points faibles. Pour moi, c'était le manque de connaissances de la production dans laquelle je souhaitais me lancer.

Je ne savais rien des produits à utiliser et des aspects techniques de la plantation à l'arrachage. Par contre, remplir ce type de questionnaire vous fait craindre d'être jugé, que les conseillers vous proposent une formation qui ne colle pas. En même temps, c'est une démarche nécessaire. Dès que je témoigne sur mon installation, j'insiste auprès des jeunes pour leur dire, que quel que soit leur projet, quel que soit leur parcours, quel que soit leur âge, ils ont tout intérêt à se former, à se faire accompagner.

Rencontre avec les conseillers projet et formation

Je n'étais pas du tout stressé. Ce n'est pas comme passer devant un jury! J'ai présenté mon projet, son contexte, mon bagage, les résultats du diagnostic... Ça n'a pas dû durer plus d'un quart d'heure. Puis les deux conseillers se sont isolés pour réfléchir aux formations dont je pouvais avoir besoin. Ils m'ont proposé deux, trois formations. En fait, avant de venir au rendez-vous j'avais fait des recherches, et je savais ce qui me manquait : une formation production, stockage et conservation des pommes de terre. Formation proposée par Arvalis. Donc, je leur ai dit franchement. J'étais très motivé. Ils ont accepté. Je crois que c'est important d'être acteur, de ne pas aller aux RDV du PPP les mains dans les poches! Même s'ils me l'avaient refusé, je l'aurais faite quand même, parce qu'elle m'était grandement utile.

En revanche, comme la date de la formation approchait, et compte-tenu des délais de traitement des demandes de financement à Vivéa, j'ai payé 550€. Seul. Sans financement. Quand on est pressé de s'installer, pour diverses raisons, disponibilités des terres par exemple, on ne peut pas attendre ! C'était mon cas. Ça en valait le coût. Cette formation a répondu à 100 % à mes attentes. Pour le reste, j'ai été accompagné par un conseiller de gestion, y compris sur le choix de mon statut. Il m'a notamment aidé à formater mon PDE dans les normes. Faut mieux pour les banques, même si se lancer dans les pommes de terre, une filière qui était en crise, ce n'était pas fait pour rassurer les banquiers. C'est finalement celle de mes parents qui m'a fait confiance.

Couacs à la CDOA

Ce n'est pas toujours facile d'avoir un projet atypique! L'inscription à l'ordre du jour de la CDOA de mon dossier a été repoussée trois fois. J'ai fini par m'en inquiéter et j'ai dû expliquer mon projet à un représentant de l'Etat. En fait, il pensait qu'il s'agissait d'une installation déguisée, parce qu'en pommes de terre, tous les cinq ans, il faut changer de terres pour planter. Pour ce faire, j'avais décidé d'échanger 30 hectares -la surface de mon exploitation - régulièrement avec mon père. Le représentant de l'Etat a donc cru que mon père voulait se lancer dans une nouvelle production en touchant des aides à l'installation.

J'ai dû rédiger, avec plusieurs allers et retours avec l'administration, des conventions d'échanges, de location pour les corps de ferme, pour le matériel… avec mes parents ! Au lieu de passer le 15 novembre en CDOA, c'est passé le 15 mars ! J'avoue que j'ai failli tout abandonner. Mes parents, le conseiller m'ont dit de m'accrocher ! Après tout, je voulais monter ma propre activité. Après vérification de la légalité de ces pratiques auprès du Maap par les services de l'Etat, j'ai eu le feu vert de la CDOA. Et comme il ne s'agissait pas d'agrandissement, mais de donner de la valeur ajoutée à des terres, j'ai obtenu la DJA et les prêts bonifiés. C'est un sacré plus. Et je ne parle pas que de l'aspect financier, obtenir un financement, cela veut surtout dire qu'on croit en vous ! Par ailleurs, cela permet de se voir octroyer des abattements fiscaux, conséquents quand on démarre.

Et aujourd'hui ?

La personnalisation du parcours est vraiment un plus par rapport à l'ancien système. Il faut être acteur de son parcours, ne pas baisser les bras. J'ai quand même un regret, les porteurs de projet doivent élaborer leur projet sur cinq ans, ce qui le fige. Or, quand on est jeune, on a rapidement envie de se diversifier, de saisir des opportunités… On peut faire des avenants, mais ça complique les choses. Enfin, j'ai fait ma première récolte. Elle est à la hauteur du projet. De quoi rassurer les banques, car je compte acheter un frigo, et c'est un investissement lourd. Et je me dis que j'ai bien fait de ne pas rester au centre de gestion!

 

Source Ja Mag

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier