Producteurs de lait : Construire un avenir plus serein

PROPOS recueillis par P. OLIVIERI

Producteurs de lait : Construire un avenir plus serein

Après un été marqué par une nouvelle crise sur le prix du lait dont la filière française semble avoir le secret, le point sur les enjeux de cette rentrée avec Chantal Cor.

Le prix du lait a cet été encore alimenté les médias à la rubrique “conflits”. Un scénario qui tend à se répéter ces derniers temps. À quand une filière laitière réconciliée ?
Chantal Cor, responsable de la section lait de la FDSEA : “Même si un accord a été conclu la semaine dernière, rien ne prémunit contre de futures tensions sur la fixation du prix du lait. Ce qui amène aujourd'hui à de telles divergences entre producteurs et entreprises de transformation et une telle “facilité” à entrer en guerre, c'est le fait que les pouvoirs publics ont lâché la politique de régulation des marchés. Le ministre de l'Agriculture a beau jeu de déclarer que les producteurs doivent être “justement rémunérés pour le difficile travail qu'ils font” ou encore d'appeler à la contractualisation. Il oublie un peu vite que la volatilité des cours actuelle est le fruit de la libéralisation actée par ses prédécesseurs”

L'aide des États pose problème

Alors que le “mal” est européen, la filière française semble pourtant la seule à être agitée par de tels soubresauts...
C. C. : “Si ailleurs des producteurs sont capables de s'en sortir avec des prix du lait qui avoisinent les 240 e la tonne, il n'y a pas de mystère : soit ils sont aidés par leur État à travers des soutiens qui peuvent prendre des formes diverses, soit le choix qui a été fait est celui d'une restructuration à outrance. En Allemagne, on assiste à une combinaison des deux. En France, nous restons au contraire attachés au sein de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) à un modèle familial, d'où les dissensions avec des industriels dont la logique est toute autre. L'enjeu principal aujourd'hui est celui du rapport de force entre entreprises et producteurs. C'est ce que tout le monde appelle “contractualisation” sans y mettre forcément la même chose derrière. Ce qui est sûr pour nous : c'est que l'État français a l'obligation désormais de rétablir un rapport équilibré entre les producteurs et un géant comme Lactalis sur le point de racheter la branche laitière du premier groupe agroalimentaire espagnol pour 650 millions d'euros, tout en prétendant ne pas avoir de quoi augmenter le prix du lait de ses producteurs.”

Des négociations collectives

Justement où en est-on de cette contractualisation ?
C. C. : “Le ministre a indiqué qu'elle allait devenir obligatoire ; mais pour que ces contrats aient un sens, leur négociation doit se faire, côté producteurs, dans un cadre collectif à l'échelle d'un territoire équivalent à celui de la région. C'est tout l'enjeu des mois à venir”.

Pour en revenir à l'accord du 18 août, est-il satisfaisant ?
C. C. : “Dans un contexte qui s'améliore un petit peu, les producteurs n'auraient pas compris que les industriels persistent dans leur volonté de ne pas appliquer l'accord du 3 juin 2009 et donc de ne pas augmenter le prix du lait. Sans la pression des producteurs et l'opinion publique qui nous est favorable, je doute que les entreprises soient redevenues “raisonnables”. Après, si on se réfère à la façon dont les charges continuent d'évoluer, il est peu probable que ces 31 euros la tonne supplémentaires sur le dernier trimestre 2010 (NDLR : soit 10 % de plus au final sur l'année par rapport à 2009) soient suffisants. Mais j'ai tendance à dire que la question des charges constitue un autre combat. Heureusement d'ailleurs qu'il y a eu le bilan de santé de la Pac.”

Valorisation du lait des AOP

Autre enjeu, plus local cette fois, celui de la valorisation du lait des AOP. Le préfet de Région s'était engagé à une reprise des discussions en septembre...
C. C. : “C'est effectivement l'engagement qu'il avait pris. Mais pour l'heure, c'est le flou artistique, aucun planning n'étant établi. Comment dans ces conditions croire à la contractualisation quand l'État n'est pas capable de faire appliquer l'accord sur la CVO (cotisation volontaire obligatoire) ? Cette absence de lisibilité, tout comme la position des entreprises qui ne veulent pas mettre un centime de plus sur la plus-value 2010, est d'autant plus inacceptable que les producteurs ont eux tenu leurs engagements, se sont soumis aux contrôles, ont aussi assumé cet été des animations en supermarchés. C'est vraiment à se demander si les entreprises ont la volonté de mettre en place une vraie filière AOP. Au lieu de se mettre autour de la table pour réfléchir ensemble sur les moyens de regagner des parts de marché, elles s'arc-boutent sur leur refus de négocier une quelconque augmentation”.

Quelle va être votre stratégie face à cet enlisement ?
C. C. : “Nous avons fixé l'échéance du Sommet de l'élevage début octobre pour que la CVO 2010 augmente sensiblement...”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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