Productions animales : Dans l'étau des prix

Les éleveurs pris entre deux feux : celui du cours des viandes qui reste anormalement bas et celui du prix des céréales qui flambe, impactant leurs coûts de production.

Cours des viandes déprimés et hausse des prix mondiaux des grandes cultures : les éleveurs sont sous presse. En porc, les cours de l'été n'ont pas été au rendez-vous et devraient chuter en septembre. La viande bovine ne s'exporte plus et les prix restent bas depuis quelque temps. En parallèle, voilà que le cours des céréales est en sérieuse hausse partout dans le monde (+ 40 % pour le blé en France depuis mai, 20 % pour le maïs, 7 % pour le soja). Et comme le précise Caroline Monniot de l'Institut de l'élevage, “l'augmentation du prix des céréales aura un fort impact sur les coûts de production, en particulier pour les viandes de monogastriques (porcs et volailles). Mais la répercussion sur le prix de vente est difficile à prédire car le prix dépend aussi de la demande. En tout cas, les viandes bovines et ovines auront un petit avantage compétitif sur le porc et la volaille car leur production nécessite moins de céréales…”

Coût de l'aliment : l'inévitable hausse

Coop de France complète : “Pour l'ensemble des animaux, les céréales constituent la base énergétique des rations alimentaires. Cependant, si elles constituent la composante principale des aliments monogastriques, elles jouent un rôle plus marginal dans les aliments pour les ruminants au profit des tourteaux protéagineux et des aliments plus cellulosiques”. Une certitude donc, la hausse des céréales va faire augmenter le prix de l'aliment. Mais cette hausse va dépendre des productions animales et de la “contagion” de la hausse du cours des céréales à celui des matières premières de substitution. Par ailleurs, le prix du tourteau de soja est aussi en augmentation et charge donc encore plus le prix de l'aliment. Les fabricants d'aliments répercutent déjà, pour certains, cette augmentation des prix. Les fabricants d'aliments devraient cependant dans une certaine mesure “lisser l'amplitude des variations de prix des matières premières”. Au-delà de cette hausse du cours des céréales, les éleveurs de bovins viande, du fait de la sécheresse exceptionnelle de cette année, vont s'orienter vers une alimentation à base de concentrés. Ainsi vont-ils faire pression sur la demande en aliment et très probablement faire monter encore les prix. La Fédération nationale porcine s'en inquiète déjà. Si les coûts de production augmentent avec la hausse du cours des matières premières et la sécheresse, la trésorerie n'est plus là. Les éleveurs de porc se sont endettés, souvent à court terme, du fait de la crise de 2007. Mais les cours du porc n'ont pas permis depuis de retrouver un équilibre du fait de la crise financière et de la chute de la consommation. Les éleveurs de bovins allaitants subissent “une crise continue depuis 2007” avec un “revenu inférieur de 40 % à la moyenne nationale agricole”, selon la FNB. Les éleveurs laitiers se sont, pour beaucoup, endettés en 2008 à la suite d'une euphorie des cours du lait.

L'appel à la filière

Aussi, le président d'Inaporc (interprofession porcine), Guillaume Roué, en appelle à l'ensemble de la filière pour “participer à un plan de sauvetage de la production porcine”. Il proposera lors du prochain conseil d'administration d'Inaporc (le 8 septembre) à la distribution et à la salaisonnerie de s'engager à privilégier la viande d'origine française ; il demandera aux acheteurs d'accepter une hausse de 15 centimes du prix du kilo de viande répercutée aux consommateurs. La FNB tire elle aussi la sonnette d'alarme et demande de la part de la filière, une augmentation des prix à la production de 20 %, et aux pouvoirs publics un plan financier de soutien avec, en premier lieu, une “année blanche” sur le remboursement des annuités d'emprunts et un ensemble de dispositifs d'aides et d'appui à la trésorerie, comme l'avance de versement sur les primes Pac et PMTVA 2010 ou encore la prise en charge des cotisations MSA et de la taxe sur le foncier non bâti. Autre enjeu pour les éleveurs de bovins viande : faire respecter les normes et contrôles européens aux viandes importées, la FNB promettant de surveiller de “très près” ces importations.

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Source L'Union du Cantal

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