Protection des cultures : Les outils d'aide à la décision progressent à pas de géant

Annick Conté

Grâce à des outils comme Farmstar, le pilotage des cultures s'affine. De nouvelles perspectives pointent leur nez.

Conditionnalité, directive nitrate, Sdage, loi sur l'eau, Certiphyto… les producteurs de grandes cultures sont confrontés à des évolutions réglementaires. D'ici 2018, il faudra réduire de 50 % « si possible » l'utilisation de produits phytosanitaires, et d'ici 2015 parvenir à « un bon état des eaux ». « Pour produire plus et mieux, plusieurs leviers complémentaires sont à actionner », explique Jean-Paul Bordes, d'Arvalis-Institut du végétal. Le premier est la génétique, avec la sélection de variétés tolérantes qui n'ont pas besoin de protection fongicide. Un deuxième levier consiste à réduire le parasitisme ou d'autres facteurs limitants via l'agronomie (gestion de l'interculture par exemple), le désherbage mécanique ou les rotations. Le troisième levier est le pilotage des cultures. « Pour cela, Arvalis a mis au point avec de nombreux partenaires des systèmes d'information et des outils d'aide à la décision. Ces outils doivent être fiables, précis et concrets. »

Grâce à la précision des satellites, Farmstar permet d'économiser en moyenne 10 kg/ha d'azote sur blé et de réduire les fongicides. (C. Gloria)

Grâce à la précision des satellites, Farmstar permet d'économiser en moyenne 10 kg/ha d'azote sur blé et de réduire les fongicides. (C. Gloria)

Combiner les images satellites à des modèles informatiques de croissance

C'est le cas de Farmstar, lancé en 2002. Cet outil permet de piloter les apports d'engrais azoté et les traitements fongicides en fonction de l'état des cultures (blé, orge, colza) avec une grande précision. Il combine la technologie des images satellites et des modèles informatiques de croissance et développement des plantes pour déboucher sur des conseils de conduite. Il permet d'avoir une représentation spatiale de la parcelle et de prendre des décisions différentes en fonction des différentes zones. Concrètement, l'agriculteur abonne sa parcelle auprès de son distributeur, à condition que celui-ci soit lui-même abonné. Il reçoit par courrier électronique les cartes de préconisations pour chaque parcelle dans les cinq jours. Selon Infoterra (filiale EADS-Astrium), qui commercialise le service, le coût annuel varie de 8 à 12 euros par hectare pour un gain moyen qui oscille entre 20 et 70 € ha. En 2010, 420 000 ha et 10 000 agriculteurs (d'un zone centrale allant schématiquement de Clermont-Ferrand à Lille) sont « abonnés » à Farmstar. Pas besoin d'ordinateur de bord pour exploiter Farmstar : « les distributeurs touchent 50 à 70 % des agriculteurs qui se débrouillent par leurs propres moyens », affirme Infoterra.

Un coût de 8 à 12 €/ha pour un gain de 20 à 70 €/ha

D'autres outils sont opérationnels, comme Mileos qui surveille l'arrivée du mildiou sur pomme de terre à la parcelle (qui touche 30 % de la surface cultivée) ou Septo-lis qui évalue le risque septoriose à l'échelle d'une région. Cet outil permet 3 fois sur 4 de retarder suffisamment le premier traitement contre la septoriose pour économiser un traitement sur la campagne.
De nouvelles perspectives pointent leur nez grâce à des sauts technologiques : capteurs au niveau des plantes, puces ADN permettant à partir du profil génétique d'un petit bout de feuille de voir si les mécanismes de défense sont déclenchés, puces RFID. Au niveau des modèles informatiques, la météo spatialisée ouvre de nouvelles portes, la notion de station météo virtuelle est à portée de main ainsi que des modèles de croissance 3D. Les systèmes de transmission évoluent aussi à pas de géant. Les éliciteurs (substances naturelles permettant de simuler l'approche d'un parasite) ouvrent de nouvelles portes dans la protection des plantes. Et Jean-paul Bordes de conclure : « le délai de mise au point d'un nouvel outil est diminué par deux chaque année ».

Source Réussir Lait Mai 2010

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