Réactions sécheresse : Sans fourrage, les éleveurs en appellent à la pluie ou à la solidarité

En Charente, un des départements les plus touchés par la sécheresse, les éleveurs se demandaient lundi comment ils vont pouvoir nourrir leurs bêtes.

« L'année dernière, à cause de la sécheresse, on a déjà eu moitié moins de récolte ce qui nous a obligé de puiser dans nos stocks pour passer l'hiver.
Mais cette année on aura encore moitié moins que l'an dernier », soufflent Yves et Chantal Mazoin, éleveurs de vaches et brebis à Chasseneuil-sur-Bonnieure qui disent n'avoir « pratiquement plus rien à donner » à manger à leurs bêtes.

La sécheresse précoce qui touche l'ensemble de l'Europe, et plus particulièrement en France la région Poitou-Charentes, est selon ces éleveurs charentais la marque d'une année « catastrophique ».

« On n'a pas eu d'herbe cette année, tout est séché », indique Michel Martin, qui élève 55 bovins dans la ferme voisine. « Elle est montée de quelques centimètres et puis elle a séché alors que normalement c'est en avril-mai que l'on fait nos provisions pour l'année ».

Cette longue période sans pluie suffisamment abondante, imposant aux éleveurs de s'endetter pour acheter du fourrage, ne fait selon M. Mazoin « qu'aggraver la situation des éleveurs » qui auparavant parvenaient à « s'entraider » pour nourrir le bétail.

« L'achat d'aliments hors de prix va nous plomber la trésorerie », estime-t-il, « alors que tout a déjà augmenté: le gasoil, les engrais, les aliments complémentaires, les matériels, les assurances ».

Son voisin M. Martin se demande ainsi « quelle profession aurait accepté la chute de revenus que le monde agricole accepte depuis des années? »
Pour faire face à l'urgence actuelle, les deux éleveurs estiment que seule « la pluie ou de la nourriture à un prix raisonnable » peut leur éviter une crise majeure dès l'année prochaine.

A la chambre d'agriculture de la Charente, à Angoulême, se tenait lundi une réunion de crise. Parmi les pistes soulevées, outre celle d'une pluie miraculeuse qui permettrait de semer des cultures fourragères qui poussent rapidement, celle envisagée prioritairement est le concours que pourraient apporter les céréaliers à leurs homologues éleveurs.

Il leur sera ainsi demandé lors des récoltes prévues début juin de ne pas broyer les tiges d'orge ou de blé, pour en faire comme ils en ont l'habitude de l'engrais naturel, mais de les conserver intactes afin de les revendre aux éleveurs à un prix « raisonnable de 15 à 22 euros la tonne », explique la représentante de la chambre d'agriculture, Evelyne Lohues.

Apparemment simple sur le papier, cette solution a le besoin « du concours de l'ensemble du monde agricole pour sensibiliser les céréaliers, sinon cela ne se fera pas », estime Patrick Soury, président de la FDSEA 16.

Le recensement des éleveurs en manque de fourrage est en cours, et le lien entre éleveurs et céréaliers, qui ne se connaissent pas, voire s'ignorent, reste lui à faire. Des échanges, paille contre fumier ou compost, pourraient aussi être mis en place entre les deux professions agricoles.
« Chaque brin d'herbe doit être ramassé », lance Mme Lohues qui dit avoir également sollicité les collectivités territoriales pour organiser le ramassage d'herbes sur des terrains communaux éloignés des zones d'élevage.
Cependant, la pluie ou l'aide des céréaliers « ne dédouanera pas l'état d'accompagner » les agriculteurs, a souligné le syndicaliste arguant que l'inscription de 2011 comme calamité agricole « devrait être faite ».
Mais il rappelle aussi que le versement des indemnisations sécheresse pour l'année 2010 « n'arriverra qu'en juin » dans les trésoreries en difficulté des éleveurs.

Source AFP

Sur le même sujet

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires