Redonner de la compétitivité à l’élevage : une urgence !

Propos recueillis par Catherine Perrot

Jacques Lemaitre
Jacques Lemaitre

Interview de Jacques Lemaitre Président de la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique.

Dans la presse grand public, les articles se multiplient pour dire que la viande est chère (en une d’Ouest-France, le 24 septembre).
L’augmentation du prix des viandes est-elle une surprise ?

Les médias semblent découvrir ce phénomène. Mais cela fait des années que nous tirons la sonnette d’alarme ; on n’a pas attendu la hausse des matières premières de 2012 ! Si les éleveurs ne parviennent plus à tirer des revenus de leur activité, cela met en péril non seulement l’élevage, mais aussi toute la filière agroalimentaire qui s’approvisionne auprès d’eux.

Pourriez-vous clarifier les causes de la hausse des prix de la viande ?

C’est avant tout une question d’offre et de demande ! La demande s’est accélérée, surtout à l’export, tandis que l’offre a diminué. Nos éleveurs ont connu de telles difficultés ces dernières années, qu’ils ont décapitalisé et réduit leur cheptel ! Cette année, la Loire-Atlantique va encore perdre plus de 10 000 bovins ! Après, effectivement, il y a aussi l’effet de la hausse du coût des matières premières. Pour cette récolte 2012, les inondations, les sécheresses sur d’autres continents ont produit une envolée des cours. Et cette envolée est à double-détente, car certains éleveurs continuent à décapitaliser et à perdre pied.

Ces cours de la viande peuvent-ils baisser ?

Même si les cours des matières premières baissent, les prix de la viande vont se tenir à moyen terme. C’est pour cela que l’on demande à la Grande distribution de revoir ses marges et d’intégrer ces hausses dans le prix de vente au consommateur. C’est important de le faire, car sans ces hausses, on va accélérer le déséquilibre, mais ce ne sera pas suffisant !

Que faire de plus ?

Il faut redonner de la visibilité aux filières d’élevage ! Il nous faut de manière urgente un véritable Plan pour l’élevage, qui mobilise les Pouvoirs publics et les interprofessions.

Des pistes pour ce plan élevage ?

Depuis la réforme de la PAC, nous dénonçons la dérégulation des marchés, et, aujourd’hui, nous le vivons concrètement. Au sein de France Agrimer, nous avons fait des propositions. Il faut que l’administration soit partenaire dans la reconquête de l’élevage. Il faut aussi que les filières s’organisent pour garantir les revenus des producteurs, par exemple à travers la contractualisation.
Les régions ont aussi un rôle à jouer, car elles sont directement concernées. Nous voyons arriver les conséquences d’un affaiblissement de la production : les abattoirs, les unités de transformation ont moins de volumes et sont en difficulté économique. On n’échappera pas à des restructurations… Cela représente des emplois perdus, des territoires qui vont souffrir !
Pour garantir un approvisionnement local, – et la région des Pays de la Loire communique beaucoup sur ce sujet ! – il nous faut une véritable politique de l’élevage, et qui permette de le faire repartir sur de bonnes bases, de le moderniser, de le restructurer, d’installer des jeunes. Nous, chambres d’agriculture de la région, sommes mobilisés et mettons toutes nos compétences au service de cette ambition.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier