Région Centre : Les performances agronomiques masquent une dégradation de l'environnement économique

Agreste - N° 143 - septembre 2009

Région Centre : Les performances agronomiques masquent une dégradation de l'environnement économique

En 2008, pour la seconde année consécutive, le revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié se situe à un niveau très élevé dans la région Centre. A 51 800 €, c'est même le deuxième plus haut résultat enregistré par l'agriculture régionale après le niveau exceptionnel de 2007.

Un précédent record avait été atteint à la fin des années 90 avec un revenu de près de 39 000 € (au prix 2008). Plusieurs années de repli tendanciel avaient suivi, ramenant l'indicateur à 31 000 € avant le redémarrage de 2006 à la faveur des hausses de prix des produits agricoles. Le différentiel de revenu avec l'ensemble du pays s'est nettement creusé depuis cette reprise et en 2008, le niveau régional est 2,4 fois plus élevé que la moyenne nationale de 21 400 €. Seules la Champagne-Ardenne et l'Ile-de-France enregistrent des résultats supérieurs.

Les céréales se sont vendues 21 % moins cher qu'au cours de la campagne précédente

Le niveau historiquement élevé du revenu 2008 ne doit pas occulter l'ampleur de la baisse observée sur un an, – 18,1 % hors inflation, qui révèle l'évolution radicale du contexte économique de l'agriculture. Les prix de la production agricole régionale ont diminué en moyenne de 6,2 %. Ce mouvement a concerné essentiellement les céréales dont les prix ont chuté globalement de 21 %, et jusqu'à 51 % pour le maïs. La prédominance de ces productions (42 % de la valeur 2007 de la production régionale) explique à elle seule le repli d'ensemble. En revanche, la plupart des autres cultures ont vu leur prix s'apprécier, comme les fruits (+ 7 %), les pommes de terre (+ 5 %) et plus encore les vins d'appellation (+ 13 %). La production animale a également bénéficié d'une revalorisation de ses cours, particulièrement sensible pour la volaille (+ 15 %) et pour le lait de vache (+ 16 %). Pour l'ensemble de la ferme Centre, le seul recul des prix à la production (en termes réels) a pesé pour 365 millions d'euros dans le revenu : il a contribué pour 21 % à son recul en 2008. Cette perte a été presque compensée par la progression des volumes. En effet, la campagne 2008 a été particulièrement favorable et le volume de la production a gagné 7,8 %.

 

4 milliards d'euros, une production record…

Avec plus de 92 millions de quintaux, la récolte 2008 de céréales compte parmi les plus importantes enregistrées dans la région (record de 97 millions en 2002). Elle a bénéficié de rendements élevés, tels ceux des orges qui enregistrent leur meilleur résultat avec près de 72 quintaux à l'hectare.

Par ailleurs la sole cultivée en céréales a dépassé les 1,3 million d'hectares, niveau qui n'avait plus été atteint depuis le début des années 90. La suppression de la jachère obligatoire conjuguée à des perspectives de bonnes rémunérations au moment d'établir les assolements ont contribué à l'extension de 5 % des surfaces en céréales pour la campagne. Résultat, la production céréalière progresse en volume de 17 %. Dans de moindres mesures, d'autres cultures ont suivi cette tendance comme la production maraîchère et horticole (+ 4 %) ou fruitière (+ 6 %).

Le volume de la production animale progresse également en 2008, notamment celle de gros bovins. L'évolution est d'autant plus notable que la tendance de long terme reste, dans ce secteur, orientée à la baisse. En 2008, seule la viticulture fait exception, avec un volume en retrait de 8 %. Ces bons résultats observés dans la quasi totalité des domaines font que la production régionale a retrouvé en 2008 son plus haut niveau en volume, tutoyant celui de 2004. Et en dépit du repli du niveau moyen de prix par rapport à 2007, la valeur de la production régionale dépasse, pour la première fois, les 4 milliards d'euros en valeur courante.

 

…amputée par la progression des charges

Contrepartie des performances de récolte, la consommation d'intrants s'est accrue. Les produits de protection des cultures et les engrais ont augmenté, en volume, de 10 % chacun ; l'alimentation animale également, + 5 %. Au contraire, les autres consommations intermédiaires, produits pétroliers, entretien du matériel et des bâtiments, services de travaux agricoles, sont stables en volume. Cette progression d'intrants « coûte » environ 6 % de revenu à la ferme Centre. Mais elle se double d'une augmentation, plus forte encore, des prix de certaines de ces consommations. Ainsi les engrais et amendements se sont renchéris de 25 % pour la campagne, autant que les produits pétroliers. Dans leur ensemble les consommations intermédiaires ont augmenté en valeur de 15 %, soit 280 millions d'euros.

Cette évolution pénalise fortement le revenu : 13 des 18 points de baisse sont imputables aux consommations intermédiaires. Au cours des deux dernières campagnes, les postes « engrais » et « protection des cultures » ont progressé en volume, rompant avec la tendance au repli observée depuis le début des années 2000. L'incidence comptable de cette progression avait été occultée en 2007 par la flambée des cours des produits agricoles. En 2008, le retournement des prix des produits et des intrants obère le bénéfice de l'augmentation des volumes ; nonobstant le risque inhérent d'une pression accrue sur l'environnement.

 

Les autres charges évoluant peu en 2008, elles n'ont que peu d'influence sur le revenu. Les charges salariales sont ainsi pratiquement stables, la réduction persistante du nombre de salariés compensant les augmentations nominales. Les impôts, comme les intérêts versés, progressent à un rythme voisin de l'inflation et sont donc neutres sur l'évolution du revenu mesuré « en termes réels ». Les charges locatives progressent en revanche assez sensiblement : + 8 %. Il ne s'agit pas, ou peu, d'un renchérissement du fermage mais de son utilisation accrue qui accompagne le mouvement de concentration du secteur. L'agrandissement des exploitations ne se fait, en effet, pas toujours par l'acquisition de terres ; le développement des formes sociétaires, parfois imbriquées, induit un recours à la location. Reste que la dizaine de millions d'euros
supplémentaires de charges locatives nettes pour l'ensemble des exploitations régionales contribue modestement au recul du revenu. La progression de la consommation de capital, mesure de l'usure et de l'obsolescence des équipements et bâtiments, est plus conséquente. Elle pèse pour 1,4 % dans le recul du revenu.

Les subventions qui participent à la constitution du revenu s'élèvent à 780 millions d'euros. Elles sont stables en valeur courante et donc en léger repli hors inflation. Elles contribuent pour un point à la baisse du revenu 2008. A compter de 2010, leur baisse attendue consécutive au Bilan de santé de la PAC, pèsera davantage (voir encadré sur le Bilan de santé).

 

Les gains de productivité assurent seuls la croissance du revenu

Pour l'ensemble de l'agriculture régionale, le revenu net d'entreprise agricole s'établit à 1,4 milliard d'euros en 2008. Il rémunère les actifs non salariés (y compris les charges sociales des exploitants, non déduites du revenu), soit l'équivalent de 27 100 personnes à temps complet. Ce nombre diminue régulièrement, conséquence de la réduction du nombre d'exploitations et de la moindre implication des actifs familiaux, conjoints et enfants. En 2008, la diminution est estimée à environ 2,4 %. En conséquence, le revenu par actif non salarié évolue plus favorablement que le revenu global dégagé par le secteur agricole, traduisant les gains de productivité du travail non salarié. Pour 2008, ils contribuent positivement pour deux points de revenu. Peu perceptibles d'une année sur l'autre, ces gains constituent, sur le plus long terme, la principale source de progression des revenus individuels. Ainsi, le revenu par actif non salarié a progressé en moyenne de 4,6 % par an, en prix constants, depuis 1990. Dans le même temps, le revenu global n'augmentait, lui, qu'au rythme de 0,8 % l'an. Il était même tendanciellement en repli jusqu'au revirement récent de 2006. Au cours de ces 18 dernières années, le nombre d'actifs non salariés s'est réduit de moitié.

 

Performances contrastées selon les départements

Au sein de la région, les résultats 2008 relatifs à la production sont contrastés. Le Loir-et-Cher connaît la plus forte progression, + 4,1 %. Les produits avicoles, dont le prix s'est nettement apprécié, y tiennent une place importante. En outre la production laitière et de gros bovins s'est accrue. La production végétale a augmenté légèrement grâce au volume de céréales qui a progressé plus qu'ailleurs et au prix des vins d'appellation en hausse de 16 %. L'Indre enregistre également de bons résultats. Ils sont principalement liés à la structure de sa production composée pour moitié de fourrages et produits animaux, un quart seulement au niveau régional. L'augmentation des prix, des premiers comme des seconds, impacte fortement la valeur de la production globale en hausse de 3,7 %.

Dans l'Eure-et-Loir et le Cher, la production augmente plus légèrement. Le recul enregistré sur les céréales est atténué, dans uns cas, par la hausse des prix des vins du Sancerrois, + 10 %, et dans l'autre par la production de colza dont les prix comme les volumes ont progressé. Dans deux départements, la production agricole diminue en valeur en 2008.

Dans le Loiret, l'effet prix des céréales s'ajoute au recul de 5 % de la valeur de la production de betteraves industrielles. En outre, le tassement du volume des produits avicoles réduit le bénéfice de l'augmentation de leur prix. C'est dans l'Indre-et-Loire que la production diminue le plus, – 2,5 %. L'importance relative du tournesol, dont le prix a également chuté en 2008, au sein des cultures d'oléagineux a contribué au recul de la production végétale de près de 7 % ainsi que le fort repli du volume des vins d'appellation de Touraine, – 14 %.

Au delà des spécificités de leurs productions, les six départements de la région ont connu une baisse du revenu par actif non salarié relativement homogène. Elle s'est échelonnée de – 16 % dans le Cher à – 21 % dans le Loiret.

 

Source Agreste

Sur le même sujet

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires