Rémi Bunel, producteur de porcs à Croisilles (61) : Une viande populaire mais un dialogue de sourds

Thierry Guillemot

Rémi Bunel, producteur de porcs à Croisilles (61) : Une viande populaire  mais un dialogue de sourds

L'année 2009 ?

“Après une année 2008 très dure à cause de la flambée des cours des matières premières, 2009 a également été difficile. Les protéines restent chères alors que le cours du porc reste bloqué aux alentours de l'euro, l'euro dix. La GMS (Grande et Moyenne Surface) continue à se tailler des marges de plus en plus confortables pendant que les trésoreries des éleveurs sont de plus en plus tendues”.

L'année 2010 ?

“Il y a toujours des gourous pour nous annoncer des cours mirobolants mais je pense qu'il existe un consensus en aval pour nous fixer à un prix très bas, au niveau de la grande distribution mais aussi à celui de certains abatteurs”.

L'échéance 2013 ?

“Avec la mise en place des normes bien être animal, on peut s'interroger sur l'avenir d'un grand nombre d'élevages. Déjà aujourd'hui, la production s'appauvrit par l'absence totale d'installation et le statu quo dans l'évolution des volumes, dans l'évolution technique...”

Et après ?

“Le prix du porc est au même niveau aujourd'hui qu'en 1983 lors de mon installation. Parallèlement, les niveaux de charges ont explosé. Ce qui prouve le professionnalisme et le dynamisme des éleveurs. C'est une première raison d'espérer. Après, on peut penser que la France ne va pas complètement abandonner son autoapprovisionnement. Avec le rabotage du à la pyramide des âges, il y a donc encore un peu de place pour le renouvellement des générations avec des jeunes très motivés. Le troisième point, c'est l'espoir qu'on aboutisse un jour à un partage plus équitable de la valeur ajoutée à l'instar de ce qui se passe dans les pays nordiques”.

Politique et écologie ?

“Alors que la viande porcine est populaire par excellence, elle est dans le collimateur de la société. Je pense qu'il existe une alliance objective entre les politiques et les mouvements écologiques pour taper sur notre production. Alliance qui conduit à un dialogue de sourds. Pendant ce temps, l'Allemagne où les Verts présentent un gros poids politique a doublé sa production passant en quelques années de 25 à 50 millions de porcs abattus par an...
Quand je regarde les listes aux régionales, je me demande combien de candidats savent ce qu'est un compte d'exploitation. Ce que signifient des problèmes de trésorerie. Nous sommes dans une société où les entrepreneurs sont sous-représentés”.

L'engagement syndical ?

“Il y a 3 solutions : ne pas se syndiquer, se syndiquer ou alors faire confiance à de nouvelles formes d'activisme. Concernant la première, on fait confiance aux politiques avec les résultats que l'on connaît. A propos de la troisème, toute situation de crise a vu émerger des groupes, avec des hommes providence et des solutions miracles. Je m'en méfie. Souvenons-nous du bilan “Tapie”. Reste “se syndiquer”. Pour moi, il y a deux options. La Confédération paysanne qui est structurée, qui a ses statuts mais c'est un courant de pensée où l'agriculteur est souvent coupable : trop gros, trop pollueur... Je n'adhère pas. C'est pourquoi j'ai fait le choix de la FDSEA/FNSEA, la bête à abattre mais c'est normal. Les élus de la FDSEA sont des gens dans lesquels je me reconnais : “transparence et vérité”. Je leur fais confiance. Je prends un exemple. Quid de la production porcine dans l'Orne si la FDSEA ne se battait pas au conseil d'hygiène départemental ? Autre exemple : qui se bat contre la grande distribution si ce n'est la FDSEA/FNSEA?”.

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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