Remous autour des niveaux d’eau

Guillaume de Werbier

« Dès que le marais inonde, c’est la moitié de ma surface d’exploitation qui disparaît », explique Erwan Brient.
« Dès que le marais inonde, c’est la moitié de ma surface d’exploitation qui disparaît », explique Erwan Brient.

Grand-Lieu : essayer de déterminer la bonne méthode pour trouver les cotes de niveaux d’eau acceptables par les principaux acteurs présents sur les marais du lac de Grand-Lieu. Voilà un exercice périlleux. Le dossier progresse pas à pas. Mais des anicroches demeurent.

Pas question que leurs élevages boivent la tasse. Les agriculteurs veulent donc aboutir à l’établissement de niveaux d’eau compatibles avec une exploitation agricole durable des marais. Mais le « bon » niveau d’eau pour le lac de Grand-lieu, quel est-il ? Les points de vue divergent. La réponse est ardue.
« Le cœur du problème, c’est la durée d’exploitation des marais de Grand-Lieu qui est trop courte », explique Erwan Brient, installé à Saint-Mars de Coutais en individuel en élevage de charolaise (système naisseur, 80 vaches et la suite, en bio depuis deux ans, 210 ha de prairies, dont 130 ha en zone de marais, et dont 110 ha sur le marais de Grand-Lieu). L’éleveur, directement concerné, explique son système de pâturage en zone de marais. « Les vaches sortent à l’herbe en avril. Elles pâturent d’abord sur les terres hautes. Quand le marais se décou-vre, elles vont dans le marais. Cette année on a mis les vaches fin juin, début juillet au pâturage. Sur avril, mai, juin, il faut suffisamment d’herbe pour tenir le troupeau. Sauf qu’en juin on se retrouve avec des terres qui souffrent de sécheresse et, à côté de cela, on a un marais qui est trop humide au mois de juin pour y mettre nos bêtes. Mais l’herbe de pâturage c’est au printemps qu’elle a de la valeur ! »

Insatisfaction

Les agriculteurs veulent que les terres sur le marais soient le moins longtemps possible couverte d’eau. « Avec les niveaux d’eau que l’on a actuellement, chasseurs, pêcheurs, agriculteurs, et la société nationale de protection de la nature (SNPN, gestionnaire de cette réserve naturelle nationale) s’accordent à dire que le milieu naturel se dégrade », poursuit Erwan. « L’arrêté expérimental en vigueur actuellement ne nous satisfait pas. Les niveaux d’eau sont encore trop hauts au printemps. Du fait d’un pâturage moindre, des plantes, comme le jonc des tonneliers, qui n’ont pas d’intérêt nutritif pour les vaches, commencent à gagner du terrain. Et comme le marais reste bas très peu de temps dans l’année, les plantes n’ont pas le temps de s’enraciner, donc les berges se dégradent. C’est ce que constate la SNPN. Personne n’est satisfait. Les niveaux d’eau fixés par l’arrêté expérimental restent toujours trop hauts. On s’est donc remis autour de la table. »
La question des niveaux d’eau de printemps est à peu près réglée, estime l’éleveur. « Nous, on voudrait exploiter les marais le plus tôt possible, à partir de fin mai, au lieu de fin juin. » Tout le monde est en tout cas d’accord pour une diminution modérée des niveaux d’eau à cette époque-là. « Les chasseurs sont d’accord mais ils demandent de leur côté que les niveaux d’eau soient remontés à l’automne », rapporte Erwan qui, comme ses collègues éleveurs ayant des animaux dans le marais, n’est pas favorable à ce relèvement plus précoce à l’automne. « Nous souhaitons prolonger un peu le pâturage. On estime que jusqu’au 1er novembre ce serait bien. Mais les chasseurs veulent un relèvement de ces niveaux à partir d’octobre, avec une cote de 1,80 m. Ils disent qu’il est encore possible d’exploiter les terres avec cette cote. L’année dernière on n’a fauché qu’en septembre, octobre. Ça n’aurait pas été possible si cette cote avait été en place en 2011 ! »
Erwan Brient note que l’exploitation du marais peut durer, en temps normal, jusqu’à mi-novembre. « Mais cette année, les bêtes ont été enlevées un mois plus tôt. En raison d’une forte pluviométrie, les niveaux sont montés brutalement. Donc, du fait de ce mois d’exploitation en moins, j’ai été obligé d’entamer plus tôt le fourrage récolté. J’ai d’abord ramené mes vaches sur des terres hautes. Ce que je fais habituellement mi-novembre. Ensuite, je vais rentrer mes premières bêtes dans les bâtiments cette semaine, alors que je le fais à partir de début décembre les autres années. » Des terres de marais pâturées du 15 juin au 25 octobre, comme cette année, c’est trop peu pour l’éleveur. « On paye des fermages sur des terres qui sont exploitées seulement 3,5 mois dans l’année ! »
Des rencontres sont prévues tout au long de l’année prochaine pour voir si les cotes établies sont adaptées ou si des ajustements sont nécessaires. « On va essayer ensem-ble de remettre en place une expérimentation. Si c’est accepté au printemps prochain, à partir du 1er mai on devrait baisser de 15 cm la cote d’eau. Il devrait y avoir des paliers, en fonction de la pluviométrie. » Le Comité consultatif de la réserve naturelle nationale du Lac de Grand-Lieu se réunit ce vendredi pour réfléchir à une révision de l’arrêté ministériel fixant les niveaux d’eau.

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