Reportage à Lautrec : L'ail voit la vie en rose

Pierre Passemard, conseiller d'entreprise

Reportage à Lautrec : L'ail voit la vie en rose

Depuis bientôt 50 ans, les producteurs d'ail rose de Lautrec (Tarn) défendent la qualité et la spécificité de leur produit, attestées par l'obtention couplée d'un label rouge et d'une IGP. Témoignage de deux producteurs.

À part d'être rose, quelles sont les spécificités de l'ail Label Rouge ?

Andrée Mas : Notre ail résulte d'un long travail sur ses qualités, sa présentation et son état sanitaire. Il se conserve quasiment d'une récolte sur l'autre ! Concrètement, c'est toute la chaîne du producteur au consommateur qui s'est organisée. Côté production, le label implique de choisir des terrains particuliers, des semences certifiées, un parcours cultural passant par l'enlèvement de la fleur, un parage manuel lors du tri final du produit. Côté commercial, les opérateurs doivent être habilités, afin de respecter le calibre et les emballages définis. Autre exigence : le produit ne peut être commercialisé avant une date définie collectivement. La communication et les visuels sont également collectifs.

En tant que producteurs, vous avez un cahier des charges à respecter. Comment le vivez-vous ?

Andrée Mas : Il nous faut tenir à jour des cahiers de suivi, de l'achat de semences jusqu'à la vente du produit fini. Nous devons aussi rester dans les normes de calibrage et de tri. De toutes façons, avec ou sans label, le tri retire en moyenne 5 % de la récolte. Il est vrai que cette partie du travail n'est pas toujours appréciée de tous. Mais je n'oublie pas que cette certification amène une reconnaissance et une valorisation du produit fini.

 

Comment sont contrôlés les critères de qualité ?

Andrée Mas : Le fait d'être regroupés autour du syndicat de défense a permis dans les premières années un autocontrôle autour de ces critères. Maintenant, ces critères sont contrôlés par un organisme extérieur et par les techniciennes du syndicat qui conseillent en même temps. Le groupement sert aussi de courroie de liaison entre nous, producteurs, et les opérateurs.

 

Quels bénéfices retirezvous de ce label ?

Jean-François Tournié : Les variétés utilisées en Ail Rose de Lautrec ont permis de maintenir un prix intéressant avec, par effet induit, un tissu agricole dynamique sur le secteur de Lautrec. Toutefois, le prix peut varier beaucoup en fonction de la longueur des circuits de commercialisation. Le prix moyen payé par le consommateur oscille autour de 15 € le kilo, et les variations vont du simple au quadruple (6 € à 25 €). Le label rouge est mieux valorisé sur les circuits courts, qui répercutent davantage la valeur ajoutée aux producteurs. Mais la traçabilité facilite bien l'ensemble des débouchés.

 

Depuis 1996, vous avez renforcé le label rouge par une IGP (Indication Géographique Protégée). Pour quelles raisons ?

Jean-François Tournié : L'IGP est un signe officiel de qualité européen qui protège bien le nom et la notion de terroir, ce que n'assurait pas le label rouge, axé sur la qualité. Comme ils se complètent, nous avons insisté pour fusionner les deux.

 

Votre groupement porte la communication collective du produit. Quelles actions privilégiez-vous ?

Jean-François Tournié : Nous participons à différentes manifestations, comme le salon de l'agriculture à Paris, le SISQA de Toulouse, à la Fête de l'Ail Rose de Lautrec, sur les marchés de pays ; nous appartenons à l'association des Sites Remarquables du Goût qui organise de nombreuses animations pour promouvoir les produits de ses membres ; nous réalisons également des campagnes dans la presse, des spots radio, et nos visuels sont présents sur des bâches de camions.

 

Comment voyez-vous l'avenir de ces signes de qualité ?

Jean-François Tournié : Le label rouge avait été remis en cause lors de la dernière loi d'orientation agricole mais les consommateurs le réclament. 60 % d'entre eux le reconnaissent. Alors que l'IGP, souvent inconnue du consommateur français, est plus demandée par les réseaux de distribution. Aujourd'hui, le syndicat est devenu un Organisme De Gestion et notre travail consiste à bien associer les deux images, label rouge et IGP.

Source CER France, Gérer pour gagner Novembre, Décembre, Janvier 2009

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