S'envoyer en l'air avec Frédo

T.Guillemot

S'envoyer en l'air avec Frédo
En bimoteur au-dessus du Cotentin, on peut mesurer l'importance de l'agriculture (élevage et productions légumières notamment) dans l'occupation et la préservation du territoire. - © TG

Autogyre, pendulaire, bimoteur et trois axes. Quatre façons différentes de s'envoyer en l'air avec Frédo Fortin du côté de Granville (50). Ex-champion du monde et de France d'ULM (Ultra Léger Motorisé), il effraie également les canards au-dessus des mouillères de Bréville-sur-Mer pour le compte des mytiliculteurs.

Faites-vous plaisir
Vous pouvez vous faire plaisir à partir de 45 €. Survols de Granville, des Salines, de la pointe d'Agon-Coutainville ou de Carolles, du Mont-St-Michel aux Iles Chausey «ou plus simplement survoler votre exploitation,» souffle Frédo en pensant aux agriculteurs. Conscient de la crise de l'élevage, il propose même une réduction de 10 % à la profession sur justificatif. La carte moisson fera l'affaire ou, à défaut, la simple coupure de cet article.
Et si vous souhaitez aller plus loin et envisagez le brevet de pilote ULM, Frédo est instructeur. Il vous en coûtera de 2 000 à 3 000 €.
Renseignements
au 02 33 50 09 82
ou 06 30 71 92 37.

llll Il pourrait se la «péter» Frédéric Fortin, dit Frédo, avec ses 20 000 heures de vol au compteur, ses titres de champion du monde, de champion de France et son statut d'instructeur, sa flotte de 5 aéronefs, ses 2 500 m2 de bâtiments en bout de piste de l'aérodrome de Granville et même un bar géré par sa femme. Mais il n'en est rien. Ce fils de pilote de chasse qui petit, avec la complicité de son père, larguait des parachutistes au-dessus de Djibouti, roule ses cigarettes à la main. Avec son faciès buriné par le vent, on croirait un homme de la terre ou de la mer. Il est des deux, conjugué au ciel.
Copilote à 10 ans
Avant de poser ses ailes en terres normandes, Frédo a sillonné les cieux au gré des affectations paternelles. Papa a été pilote de chasse dès 28 ans et fait ses premières armes sur hélico T6 en Algérie et au Maroc. Né à Cognac, son fils Frédéric a navigué de Tours à Djibouti en passant par Colmar, Reims... «J'ai baigné tout petit dans le monde de l'aéronautique. A 10 ans, j'étais copilote de mon père». Une voie toute tracée ? «J'ai été poursuivi par les études mais je suis allé plus vite qu'elles», s'amuse-t-il avec, in fine, une simple formation mécanique auto en poche.
Naissance d'ULM Air Cotentin
En 1982, les aléas de la vie le souffle jusqu'à Granville. «Tu n'as qu'à faire de l'ULM, c'est moins cher que l'avion», lui suggère un collègue. L'aventure commence. En 1984, il obtient son brevet d'instructeur puis créé, en 1986, sa société. ULM Air Cotentin est née.
Grâce à une aide à la création d'entreprise de 20 000 F époque, il achète son premier ULM d'occasion. Et si au début Frédo admet «avoir un peu confondu recettes et bénéfices», il va rapidement prendre son envol, notamment grâce à un coup de vent. En 1987, une tempête couche au sol l'hangar qu'il loue. Propriété de la mairie, elle lui revend, terrain adjacent compris. Alors Frédo rebâtit et bâtit un 2e bâtiment, puis un 3e en 1998, un 4e en 2001, un 5e en 2005. Aujourd'hui : 2 500 m2 couverts qui lui serviront espère-t-il de rente viagère la retraite venue.
Côté cieux, l'instructeur Fortin enchaine les baptêmes de l'air, les travaux aériens de photographie, le traînement de banderoles publicitaires... Mais les hivers sont financièrement rudes. Il trouve un peu d'oxygène avec les canards, prédateurs de moules ou d'huitres. Les mytiliculteurs de la pointe d'Agon lui confient une mission d'effarouchement, 30 à 40 heures de vol par mois. «Tous les jours de mi-octobre à mi-avril, sauf en cas de tempête, je vais au canard. Cela me permet de payer mes charges en hiver». Mais voler ne permet pas de rouler sur l'or. «600 € d'assurance par mois. 20 litres d'essence à 1,50 € par heure. Un entretien, c'est un billet de 2000 à 3 000 € et encore, c'est moi qui fait la révision, liste-t-il. Heureusement, je suis tout seul».
Météo dépendant
A l'instar des agriculteurs et des marins, l'activité est très dépendante des conditions météorologiques même si, avec l'autogyre, il peut affronter des grosses turbulences et des vents à plus de 80 km/h. «Il ne faut cependant pas dépasser les limites de la machine et savoir refuser de voler même quand un client parisien a fait le déplacement exprès pour survoler le Mont-St-Michel». Ne nous y trompons cependant pas, le Cotentin est un bon terrain d'aviation. «Sur la Côte d'Azur, ils volent moins que nous. Là-bas, c'est du lever du soleil jusqu'à 10 heures. La chaleur et les reliefs créent de grosses turbulences. Et puis il y a le mistral, une horreur !»
Alors Frédo ne se plaint pas, ce n'est pas le genre de la maison. Et quand on lui fait remarquer qu'il a peut-être raté une carrière de pilote long-courrier, il s'amuse. «L'ULM, c'est un peu l'avion du pauvre mais je m'y plais bien. Ça reste simple, moins de contraintes, une règlementation beaucoup plus souple, pas de visite médicale draconienne....» De la liberté en plus en d'autres termes.

Source l'Agriculteur Normand

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