Sanitaire : L'insidieuse échinococcose alvéolaire sévit dans le Cantal

Patricia Olivieri

Véhiculée par le renard et indirectement par les rats taupiers, l'échinococcose alvéolaire ne se révèle souvent que dix, voire 15 ans, après la contamination, en s'attaquant au foie.

Impossible de connaître exactement le nombre de Cantaliens atteints - ou porteurs sans le savoir encore - de l'échinococcose alvéolaire, de son nom scientifique Echinococcus multilocularis. La preuve du peu d'intérêt porté par les autorités sanitaires à cette maladie, dont la déclaration n'est pas obligatoire pour les professionnels de santé, mais dont les conséquences pour la santé sont loin d'être négligeables. Aujourd'hui retraité des services de l'Équipement à 56 ans, en raison de son invalidité reconnue, Francis Chiniard sait de quoi il parle. “Quand les symptômes, vomissements, fatigue, amaigrissement, sont apparus en 1997, mon médecin a d'abord pensé à un problème hépatique, puis à un cancer. Mais l'échographie puis l'IRM ont révélé qu'il s'agissait de l'échinococcose alvéolaire”, témoigne cet ancien chasseur. Après l'ablation de la moitié de son foie, Francis Chiniard reprend son travail six mois plus tard. Mais en 2001, c'est au tour des voies biliaires d'être affectées. Une prothèse est alors posée au niveau du cholédoque, puis retirée en raison d'angiocholites à répétition. “Aujourd'hui, je vis sans, je prends un traitement à vie qui met en veille le parasite qui restera toujours présent”, explique F. Chiniard.

Le Cantal dans la liste des zones exposées

Lui ignore toujours comment il a contracté la maladie, qui peut rester silencieuse cinq, dix, voire 15 ans. Ingestion de mûres, de myrtilles souillées par les oeufs de ce ver de la famille des taenias ? Contact avec des déjections de renard porteur sain du parasite ? Une chose est sûre, Francis Chiniard est loin d'être un cas isolé dans le département et échange d'ailleurs avec d'autres Cantaliens atteints. Une exposition du territoire cantalien que confirme d'ailleurs Jenny Kanapp, ingénieur en recherche clinique au réseau FrancEchino, un réseau sous la tutelle de l'Institut de veille sanitaire, qui s'attelle à répertorier tous les nouveaux cas. À ce jour 430 cas humains ont ainsi été recensés en France, neuf depuis le début de l'année, essentiellement en Franche-Comté - et plus particulièrement dans le Haut-Doubs, foyer historique et endémique de l'échinococcose alvéolaire -, mais aussi dans l'arc alpin et le Cantal, dont cinq ou six cas répertoriés sur Ségur-les Villas et à Saint-Genès-Champespe (63). Des chiffres sans doute bien en-deçà de la réalité, la maladie pouvant être confondue avec un cancer du foie et d'autres atteintes hépatiques. Pour autant, FrancEchino ne veut alimenter la psychose, expliquant que la progression du nombre de cas humains (251 cas en 1985) est liée à une meilleure connaissance de la maladie et donc à une détection plus précoce.

Le campagnol terrestre vecteur

Une première étude effectuée dans le Haut Cantal en 1997-98 avait permis de conclure, sur la base d'un questionnaire épidémiologique, sérologique et échographique, à une prévalence de 0,57 % de la maladie (deux cas sur 350 échographies réalisées) et laissait à penser à une exposition restreinte à la moitié nord-est du département. Mais la découverte un an plus tard d'un nouveau cas à Saint-Martin-sous-Vigouroux a remis en cause cette délimitation. L'enquête épidémiologique qui s'en était suivie (auprès de 85 habitants et sur des hôtes du parasite) avait conclu à une forte suspicion de l'apparition d'un nouveau foyer dans le sud Cantal aux conditions environnementales très largement favorables à la maladie. Parmi lesquelles des zones humides et des prairies permanentes de moyenne montagne ainsi qu'une densité importante de campagnols terrestres et des champs, deux hôtes intermédiaires privilégiés d'Echinococcus multilocularis. D'où la relation étroite établie entre milieu rural et prévalence de la maladie, sachant que les principaux hôtes définitifs sont les renards, mais aussi le chien et le chat domestique. La liste des hôtes intermédiaires est elle plus étendue : campagnols, rat musqué, marmotte... Difficile dans ces conditions d'entrevoir une lutte efficace contre les vecteurs de l'échinococcose, sauf à envisager comme cela a été réalisé en Allemagne, une vermifugation des renards mensuelle pendant dix ans, couplée à la vaccination orale antirabique à l'aide d'appâts vaccinaux. Reste alors à poursuivre le travail de sensibilisation engagé par FrancEchino et l'ASDPCEA, l'Association de soutien et de défense des personnes contaminées par l'échinococcose alvéolaire. Créée voilà six ans, elle compte quelque 600 adhérents. Son but : informer par des plaquettes, des affiches,..., mais aussi en récoltant des fonds pour les malades.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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