Sel : l’heure de la récolte a sonné

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Sel : l’heure de la récolte a sonné
Le sel a mis du temps avant de pouvoir cristalliser dans les salines, faute de chaleur et de temps sec au printemps. Mais ça y est, comme Benoit Hermann, les paludiers s’activent dans les marais. © Loire-Atlantique Agricole

Le soleil est enfin arrivé. Les paludiers de la Presqu'Île guérandaise, retrouvent le sourire. Armés de leur las, ils ont entamé la récolte de sel depuis une dizaine de jours. Premières impressions avec Benoît Hermann sur une saline à Guérande.

Plus de 30 °C. À l’heure où le soleil est à son zénith, la chaleur est accablante. Pourtant, au milieu d’une de ses salines, cela n’empêche pas Benoît Hermann, paludier installé en indépendant au mois de mai dernier, de « porter » son sel, c’est-à-dire qu’il ramasse à l'aide d'une pelle le sel récolté et le met dans la brouette, puis le transporte jusqu’à la plateforme située à l’entrée de la saline pour y former un tas de sel. L’or blanc est là, immaculé.
« Ça a mis le temps à démarrer. La montée en salinité a été longue », constate Benoît Hermann. « On a eu une belle période de beau temps pour finir les travaux d’habillage. On aurait pu récolter dès la mi-juin. » Seulement voilà un orage est tombé, qui est venu contrecarrer les prévisions des paludiers du secteur. « En une nuit, on a pris 20 mm. Il a fallu de nouveau attendre pour recommencer à décharger les œillets (c’est-à-dire éliminer les dépôts vaseux qui se sont constitués dans les œillets pendant l'hiver). » Ce n’est finalement qu’à la fin juin que le taux de salinité a pu remonter. « Avant l’orage, j’avais déjà bouté (première opération de nettoyage des œillets), ce qui m’a fait gagner du temps. »

De bons vents

Selon le niveau de salinité dans les œillets, tous les paludiers n’ont pas commencé la récolte au même moment. Pour Benoît, c’était le 7 juillet dernier. « Depuis le début de la récolte, on a des vents de Nord-Est. Ce sont ceux qu’on attend pour faire une bonne récolte ». Petit bémol toutefois, pour
ce démarrage : le paludier observe que l’eau de mer qui est acheminée jusqu’aux œillets n’est pas trop chargée en sel. « En plus, en ce moment, les marées sont basses. Les prises d’eau dans les vasières ne sont pas bonnes. »
Benoît Hermann, qui dispose de 35 œillets sur la commune de Guérande, est satisfait d’avoir pu commencer tôt sa récolte. Sans compter qu’elle s’annonce, pour l’instant, prometteuse. « J’ai 50 kg par ladure (plateforme ronde située sur les ponts des œillets). C’est bien », estime le paludier tout en déversant son sel sur le mulon déjà imposant. Le rendement en fleur de sel est aussi très convenable. « La surface de certains œillets est entièrement couverte. La période propice pour la fleur de sel, c’est maintenant. Après, on perd en quantité et en qualité. »

Rythme soutenu

Le rythme d’un paludier en pleine saison de récolte est soutenu. Depuis début juillet, pour Benoît, le planning est pour le moins chargé. Avec des conditions météos favorables, la récolte s’opère tous les jours à heure fixe : « De 6 h à 8 h, je prends le gros sel dans une première saline. » Puis il recommence la même opération de 8 h 30 à 11 h dans une autre saline située de l’autre côté de la route. Ensuite, sur ces deux salines, il « porte » le sel jusqu’à 16 h 30 environ. Attention la journée n’est pas finie ! Jusqu’à 20 h 30 c’est au tour de la fleur de sel d’être récoltée.
« Ce qui est important c’est de trouver son propre rythme », explique Benoît. « Il faut être prêt à tenir dans le temps. On joue là, sur trente jours en moyenne, le revenu d’une an­née ! »

Débouchés

Pour le moment, le paludier vend sa production au négoce. Mais, familier du monde du commerce, il n’écarte pas l’idée de s’occuper lui-même, dans les années à venir, de sa vente en demi-gros. « Je pense qu’il y a plein de chose à faire. Il y a une carte à jouer dans ce domaine au niveau des paludiers indépendants. Mais avant cela, il faut faire du stock. Il faut être capable de fournir régulièrement ses clients. »
D’ailleurs, une fois la saison de récolte terminée, Benoît va remettre une autre saline en état, « en espérant que l’hiver ne sera pas trop pluvieux ». « Il faut avoir entre 50 et 60 œillets pour à la fois vivre toute l’année de cette activité et à la fois faire du stock. Avec 36 œillets, je peux me rémunérer raisonnablement si la saison est bonne, mais je ne peux pas faire du stock. »
En milieu de semaine, le jeune paludier espérait que des pluies d’orages ne viennent pas interrompre son travail de récolte.

Guillaume de Werbier

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