Semis simplifiés, mais pas simples

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Semis simplifiés, mais pas simples
Sur une de ses parcelles, Jean-Paul Lecorps a semé un blé directement après la récolte d'un maïs grain, avec une herse Amazone Cultimix, équipée d'un rouleau Packer, et combinée à un semoir à disques. © Loire-Atlantique Agricole

Sortir la charrue. Jean-Paul Lecorps le fait de moins en moins souvent. Éleveur de porc plein air (naisseur engraisseur) à Saint-Viaud, il s’est lancé dans l’aventure des techniques de conservation des sols il y a une dizaine d’années.

La parcelle fait 6 ha. Le blé qui est bien levé, a été semé le 24 octobre. Autour de lui, au sol, on devine des résidus de récolte de maïs grain. « Cette parcelle n’est plus labourée depuis environ cinq ans », précise Jean-Paul Lecorps. « Juste après le passage de la moissonneuse-batteuse, j’ai passé la herse Amazone Cultimix, équipée d’un rouleau Packer, et combinée à un semoir à disques », pour un travail sur une largeur de 3 m. « Je n’ai pas passé de cultivateur. » « Cette herse, avec ses dents courbes, permet de travailler le sol, sans faire de labour avant. Le semoir à disques facilite le semis avec des débris en surface. »

« Ça peut paraître peu orthodoxe de semer un blé directement dans un maïs qui vient juste d’être récolté », admet l’éleveur. « Mais l’année dernière, avec les mêmes conditions d’implantation, j’ai fait un rendement en blé de 94 qx/ha ! » Ses rendements en orges, pour lesquelles il applique aussi les techniques de conservation des sols, oscillent entre 70 et 84 qx/ha. « Pour des sols réputés pauvres, c’est bien. »

Jean-Paul Lecorps part du principe qu’il faut préserver les sols. Ils ne sont pas un simple support, mais « un milieu bien vivant ». « Je gère mon parcellaire comme on gérerait un troupeau de vaches : chaque parcelle à son identité. »

Les parcelles de l’exploitation se divisent en deux îlots bien distincts. Autour de la ferme, des terres superficielles, avec un sol peu profond (sablo-limoneux), et sur l’autre partie des terres, un sol plus lourd. Jean-Paul Lecorps s’est intéressé au départ aux TCS car il en avait marre de ramasser les pierres présentes en masse sur ses terres superficielles, où il utilisait alors la charrue. « Il y a dix ans, j’ai commencé les TCS sur une surface de 2 ha. » Il a attendu de voir les résultats, puis caler ses pratiques, avant de généraliser les TCS à la quasi-totalité de l’exploitation. Aujourd’hui 60 % de ses terres sont en TCS. Sur les 40 % restant (sur l’îlot où le sol est plus lourd), la charrue est utilisée seulement tous les deux à trois ans.

Matière organique en surface

Ce travail superficiel permet à l’éleveur d’avoir des sols « qui ne sont pas collants ». « La ma-tière organique est en surface, la terre est très aérée ». L’éleveur remarque de ce fait une meil-leure résistance du sol à l’érosion et à la battance, et note des conditions plus favorables à la décomposition des débris végétaux, sous l’effet du microbisme du sol (avec les vers de terre par exemple).

Jean-Paul Lecorps estime que les TCS peuvent apporter des réponses aux exigences économiques - diminution des charges de mécanisation - et environnementales - stockage du carbone, biodiversité - de l’exploitation. Mais il convient de maîtriser différents facteurs agronomiques pour assurer la réussite de ces techniques.

Le non-labour conduit à une pression plus élevée des adventices, reconnaît Jean-Paul Le-corps. « La maîtrise du désherbage peut être plus compliquée » et oblige finalement à être très pointu dans la connaissance des adventices. « Je ne fais plus de traitement systématique. J’attends de voir ce qui lève, et le moment d’intervention dépend de la pression des adventices. Je peux intervenir facilement car mes sols restent portants du fait d’un travail superficiel. » La maîtrise des limaces est aussi plus délicate qu'avec les techniques classiques.

Les TCS impliquent donc une bonne rotation. Presque impossible de rester en monoculture avec l’utilisation des TCS.

Les adventices et les parasites seraient toujours présents. « Bromes et gaillet, apparaissent du fait de rotation courtes avec des céréales. C’est pourquoi j’utilise des oléagineux comme le colza après blé et orge. Et tous les huit à neuf ans j’intercale un maïs. »

Jean-Paul Lecorps insiste sur le fait qu’il est souvent possible de faire du semis sans labour avec du matériel classique comme la herse rotative qu’il utilise, équipé d’un semoir classique muni de disques pour éviter le bourrage avec les résidus de récolte. Adhérent à la Cuma Loiretz (dont il est aussi administrateur), l’éleveur*, en se tournant vers les TCS, a valorisé le matériel traditionnel disponible dans sa Cuma (herse, déchaumeur, semoir…). Un équipement qui a suffi pour adopter avec succès les TCS. « Sur 2012, par rapport à un itinéraire classique tel que je le pratiquais avec une charrue, je fais entre 3 000 et 4 000 € d’économie. Déjà, je ne fais plus de labour pour le maïs depuis quatre ans. À terme, j’aimerais passer à 100 % mon utilisation des TCS. »

Guillaume de Werbier

*Jean-Paul Lecorps est président de la section Loire-Atlantique de l'Union des Cuma des Pays de la Loire.

Chambre d'agriculture : Groupe Sols vivants

Le groupe « Sols vivants », initié par la chambre d’agriculture, vous permet de vous former et de vous accompagner dans la mise en place de la diminution du travail du sol sur votre exploitation. Un conseiller agronomique vous suit dans cette démarche à la fois en groupe et en suivi individuel.

Plus précisément, les objectifs de ce groupe sont de limiter le travail du sol (moins de 10 cm) pour une agriculture rentable et durable, de gagner du temps et diminuer vos charges de mécanisation, de s’informer sur les techniques, les méthodes agronomiques de la diminution du travail du sol et les conséquences sur votre système d’exploitation, de favoriser la vie naturelle du sol et développer sa fertilité, et enfin de minimiser la prise de risque.

Renseignements auprès de Philippe Lemaire : 02 53 46 53 91 ; philippe.lemaire@loire-atlantique.chambagri.fr ; ou auprès du service Agronomie de la chambre d’agriculture, au 02 53 46 60 01.

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Commentaires 2

jobis

Rien de nouveau, cela fait quarante ans que la plupart de mes parcelles ne sont pas labourées.De toute façon,je n'ai plus de charrue depuis vingt ans,avec d'excellents résultats sur mes cultures de céréales et oléagineux

geo

Belle initiative qu'il convient d'encourager. Au final, l'agriculteur se rapproche de son métier d'origine: cultiver la terre, en connaissant et en respectant celle-ci autant qu'il le peut. Néanmoins, les TCS demandent un accompagnement technique et un réel intérêt pour l'agronomie, en acceptant de faire passer l'aspect économique au second plan pendant les premières années.
Certes, le travail paraît moins esthétique mais le résultat est bien là et la prise de risque bien limitée. L'agriculteur n'est plus un apprenti-sorcier.

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