Strongles et grande douve : de fortes alertes dans certains élevages

Dr Didier GUERIN

Des élevages sont confrontés à des problématiques d'amaigrissement et/ou de diarrhée sur certains de leurs animaux. Le diagnostic montre de fortes infestations en strongles ou de précoces atteintes en grande douve.

Comme indiqué dans l'article du 05 août dernier, 2011 est marquée par des conditions favorables de développement du parasitisme, tant météorologiques qu'alimentaires. Les observations dans certains élevages confirmées analytiquement en témoignent. Cela implique une approche spécifique et raisonnée à effectuer dans chaque cheptel.

Des atteintes parasitaires sur les jeunes… mais aussi sur des adultes

Ces trois derniers mois (juillet à septembre) ont été marqués par la présence de diarrhée et d'amaigrissement sur certains animaux. Il est observé parallèlement de l'inappétence, un poil piqué et sec, des croissances diminuées chez les jeunes de 1ère ou 2ème année. La présence et l'intensité des différents symptômes est variable suivant les lots. Le nombre d'animaux atteints dans le lot est fonction de l'importance de l'infestation et de l'âge des animaux, plus l'âge progresse, moins la population atteinte est importante. Le phénomène est rencontré en production bovine comme en production ovine avec une intensité beaucoup plus importante qu'habituellement à pareille période. Deux grandes catégories de parasites sont concernées : les strongles digestifs et la grande douve.

Pour les strongles, une immunité acquise après 18 mois de contact notable

Le cycle parasitaire (voir schéma) au sein du bovin influe sur le développement immunitaire. Entre la forme infestante L3 absorbée qui pénètre dans la glande gastrique et la L5 qui en sort, la taille passe de 1 à 10 mm. Le premier stade parasitaire touché par la réaction immunitaire est les formes libres dans la caillette (stades adultes et préadultes du parasite) entrainant une diminution de la taille et de la prolificité des parasites. L'excrétion fécale se réduit considérablement après quelques semaines d'infestation. L'action immunitaire sur les L4 est plus tardive en raison de leur relative protection au niveau des glandes gastriques. Elle se traduit par une mise en hypobiose (larves bloquées à une taille inférieure à 1,4 mm) et se manifeste nettement après trois mois d'infestation. Le stade L3 est le dernier reconnu. Sa détection s'effectue chez des animaux bien immunisés (animaux en deuxième saison de pâture ou adultes) et se traduit par une expulsion massive dès l'entrée dans la caillette. L'implantation est alors inférieure à 1% des larves ingérées contre 30 à 70% pour un bovin en primoinfestation. L'immunité vis à vis d'Ostertagia (principal strongle digestif chez les bovins) n'est pleinement acquise qu'après 18 mois de contact notable.

En 2011, une météorologique très favorable au développement des strongles…

La précocité de la pousse de l'herbe au printemps 2011 a favorisé un très bon recyclage des larves de strongles ayant passé l'hiver, entrainant des niveaux de contaminations importants avant la survenue de la sécheresse. Rappelons que ces larves ont la capacité de donner naissance à des adultes très prolifiques (8.000 oeufs par adulte). Les oeufs bloqués dans leur développement par la sécheresse ont éclos dès le retour de la pluie et ont provoqué des niveaux élevés de contamination des prairies en larves L3 occasionnant de fortes infestations des animaux.

… qui engendre des niveaux d'infestation élevés avec des capacités immunitaires de certains adultes dépassées

Cela se traduit par des atteintes subcliniques et cliniques sur des 1ères et 2èmes années sans protection vis à vis des strongles. La particularité de cette année est une atteinte plus importante et plus précoce qu'habituellement sur ces jeunes avec certains adultes aussi concernés. Ainsi, certaines vaches présentent des diarrhées avec des résultats coprologiques de 150 jusqu'à plus de 500 oeufs par gramme de fèces. Or, normalement, comme indiqué ci-dessus, chez les adultes, l'immunité bloque les strongles au stade larvaire. Nous nous trouvons donc face à des animaux ayant leurs capacités immunitaires dépassées du fait d'une forte infestation parasitaire amplifiée par les problématiques alimentaires (déficit pendant la période de sécheresse, transitions alimentaires brutales, insuffisances de complémentations minérales).

En 2011, des conditions météorologiques permettant une fasciolose d'été

Les conditions favorables en fin d'hiver, début printemps ont permis une reprise rapide du développement de la phase extérieure du cycle de la grande douve. La période de sécheresse a rassemblé les animaux sur les zones humides à risque grande douve. Ces conditions épidémiologiques propices ont permis la mise en place d'une fasciolose (infestation par la grande douve) d'été plus importante qu'habituellement avec des répercussions subcliniques et cliniques dans certains troupeaux.

Un plan d'action en deux étapes, la gestion de l'urgence…

Ces conditions épidémiologiques favorables se sont exercées dans chaque élevage. Leur implication plus ou moins grande est fonction de la conduite de troupeau (densité, rotation des pâtures, périodes de vêlages, mélanges de générations…), du plan antiparasitaire (traitements réalisés, rémanence des médicaments utilisés…), de la structure des prairies (zones à risque grande douve)… Une observation clinique attentive de ses troupeaux s'avère donc primordiale pour chaque éleveur. Face à une alerte (amaigrissement, diarrhée, poil piqué…), un diagnostic analytique est à mettre en place. Il associera coprologie (mise en évidence des oeufs de parasites sur les bouses) et sérologie grande douve tout en intégrant les limites de ces plans analytiques. Ainsi, la grande douve pond peu et des bovins infestés peuvent présenter des coprologies négatives, d'où l'intérêt de la sérologie ; pour les strongles, une coprologie négative ou faiblement positive (< 30 oeufs par gramme de fèces) nous indique une faible infestation en strongles adultes mais ne nous renseigne pas sur la présence larvaire, facteur majeur d'infestation chez les animaux adultes. En cas de mise en évidence d'une infestation parasitaire avec des conséquences cliniques, l'ensemble du lot fera l'objet d'un traitement. Il ne sera pas oublier le diagnostic différentiel de la paratuberculose (ELISA sur sang et PCR sur fèces) pour les races confrontées à cette problématique.

… et l'adaptation de son plan antiparasitaire pour le prochain hiver

Les conditions épidémiologiques favorables, les éventuelles alertes rencontrées dans son élevage demandent une adaptation spécifique de son plan antiparasitaire tant en matière de gestion des strongles que des trématodes (grande douve, paramphistome, petite douve). Ainsi, toute alerte de strongylose adulte sur une ou plusieurs vaches signifie que l'ensemble du lot est susceptible d'être confronté à de la strongylose larvaire et demande donc une gestion collective. Pour évaluer le poids respectif de la grande douve et du paramphistome, le schéma analytique mis en place peut être le suivant. Par lot de pâture, il sera demandé, pour la grande douve, une sérologie de mélange de 10 et pour la paramphistomose, une coprologie de mélange à partir des 5 prélèvements individuels. Si la coprologie de mélange de 5 indique une moyenne inférieure à 40 oeufs de paramphistome par gramme de fèces, ce parasite ne nécessitera pas une approche spécifique pour ce lot pour la saison considérée. La seule présence de grande douve demande le traitement du lot.

Une dominante pathologique pour cette année, une aide de GDS Creuse

Les implications subcliniques et cliniques du parasitisme risquent d'être majeures cette année. Vu les conséquences pathologiques et économiques que cela peut engendrer, une attention spécifique est à apporter maintenant pour gérer l'urgence et en fin d'automne pour adapter son plan antiparasitaire. Afin de faciliter l'utilisation des outils analytiques, éléments indispensables de rationalisation, GDS Creuse va vous proposer un schéma technique avec une aide financière, nous vous l'exposerons dans un prochain article. Pour tout renseignement complémentaire, consultez votre vétérinaire ou contactez nous.

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