Syndicalisme et Coopération : Une nouvelle gouvernance pour peser

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Philippe Mangin est l'invité de la soirée débat de la FDSEA mardi 13 janvier aux Etablières. Cet ancien président du CNJA, actuel président de Coop de France milite pour nouer des relations durables entre la coopération et le syndicalisme.

Philippe Mangin ne manie pas la langue de bois quand il s'agit de parler des fonctions de la coopération. Démonstration en a été faite le 15 décembre dernier à Rennes en présence de responsables de la FDSEA. S'inspirant du thème du rapport d'orientation de la Fnsea, présenté au congrès de Nantes en 2008, Philippe Mangin donne 3 missions aux structures coopératives.
Selon lui, les Coopératives doivent agir rapidement dans 3 directions. D'abord le regroupement de l'offre. « En porc, 98% de la production est en groupement de producteurs. Pour autant est-ce un modèle ? Dans beaucoup de filières l'offre est trop dispersée. La volatilité des prix conduit à ré-individualiser les décisions des agriculteurs, y compris au sein des coopératives » observe le responsable. Et de citer l'exemple des céréales, où les coopératives représentent 70% de la collecte. « Or, depuis 18 mois, les coopératives sont confrontées au fait que les adhérents veulent profiter des hausses « quotidiennes » ; la coopérative devient exécutive de ses adhérents ! Cela va à l'encontre de l'organisation économique ; les coopératives ne jouent plus leur rôle … ». Philippe Mangin sur ce sujet milite pour encore plus de regroupement entre structures. « L'union des coopératives est autorisée par Bruxelles et ne tombe pas sous le coup de la concurrence. Il faut y recourir davantage pour regrouper plus l'offre ».

Pas une question de taille

Second axe de travail, la place des coopératives dans les filières. « Le regroupement de l'offre est-il suffisant ? » interroge le président de la coopérative EMC2 « Non ! Car la valeur ajoutée s'est déplacée vers l'aval. Les coopératives doivent s'inscrire dans des démarches de filières, seules ou en alliance pour aller le plus loin possible dans la transformation ». L'exemple du rapprochement Bigard Socopa suscite bien entendu des commentaires dans la région. Et pose par là même la question du 3ème axe de travail de Philippe Mangin : la gouvernance des coopératives. En effet, de nombreuses interrogations remontent de la part des agriculteurs. Quelle place ont les agriculteurs dans le dispositif ? Pour le président de Coop de France « ce n'est pas une question de taille : on peut se sentir bien dans une grosse coop et mal dans une petite. Cela dépend des relais d'information, de l'implication des agriculteurs. Mais cette question engendre celle de l'implication financière des agriculteurs ».

La crainte de la grande distribution

Lors de la soirée débat de la FDSEA ce mardi aux Etablières à 20h, Philippe Mangin est attendu sur toutes ces évolutions. Il serait également intéressant qu'il livre son point de vue sur le rapprochement Bigard Socopa. A Rennes, sans faire aucun procès d'intention, il a regretté que la structure Socopa n'ait pas réussi à s'imposer. Les causes de cet échec, toujours selon lui, reposent sur plusieurs points : « La stratégie de marque est payante. Charal a fait +3% de croissance alors qu'il y a eu -5% de consommation. Valtéro n'a pas eu le temps de s'installer. Secundo, l'actionnariat apparaissait trop dispersé, trop divisé pour pouvoir prendre des décisions réactives, rapides ; Socopa a manqué d'un chef de file. Le groupe a fait le constat qu'il n'avait plus aucune chance de survie, sauf à recapitaliser à un niveau impossible. Il a donc fallu rechercher un repreneur. L'hypothèse Bigard s'est imposée très tôt ; l'hypothèse avec Soviba est apparue plus tard et n'a pas été retenue par les actionnaires. Est-ce catastrophique ? Non ! Il y a une très grande complémentarité entre les deux entreprises et cela permet l'émergence d'un vrai leader européen. Les plus farouches opposants à ce regroupement sont la grande distribution ! Car ils savent que ce nouveau groupe va pouvoir peser face à eux ! » Une position dominante qui nécessite également, pour établir le rapport de force, qu'il y ait un regroupement de l'offre entre les OP commerciales…Un travail que le syndicalisme, FDSEA en tête, conduit et entend renforcer….

Ce que dit le rapport d'orientation de la FNSEA sur la coopération lors du congrès de Nantes en 2008

812 organisations de producteurs, 3200 entreprises coopératives, 61 interprofessions constituent un maillage d'une richesse sans égal en Europe. L'apport de cette organisation à l'efficacité de l'agriculture et de ses filières est incontestable. Mais l'atomisation des structures de mise en marché et de transformation reste trop forte face à la concentration de la grande distribution.
Malgré toutes les incitations financières tant nationales que communautaires, les taux de pénétration de l'organisation économique demeurent faibles dans certains secteurs.
Les restructurations de nos coopératives progressent, certes, mais trop lentement. C'est un réel handicap vis-à-vis de nos concurrents européens. Nos filières n'ont pas assez de champions sur la scène européenne et internationale.
Quant aux interprofessions, si elles ont permis l'apprentissage du dialogue, elles restent bien souvent impuissantes à empêcher la survenance de plus en plus fréquente des crises.
Des progrès restent à accomplir pour que les agriculteurs et leurs partenaires des filières choisissent réellement de mieux s'organiser. L'organisation de la première mise en marché est cruciale : c'est là que se joue à la fois l'adaptation du produit à la demande et que se négocie sa valorisation.

Améliorer l'efficacité des organisations de producteurs

Les OP doivent s'interroger sur leur taille critique et sur l'efficacité de leurs moyens commerciaux ; le transfert de propriété entre l'agriculteur et l'OP permet de donner à celle-ci une véritable identité et stratégie.
L'intérêt de rejoindre une organisation de producteurs ne peut plus se fonder sur le seul motif de percevoir des soutiens. Choisir l'organisation, et ne plus la subir, c'est faire une analyse économique et stratégique : si chacun joue sa partie « solitaire », il y a un seul gagnant et beaucoup de perdants.

Les Coopératives : un levier privilégié

Le contrôle de groupes coopératifs puissants est un des leviers privilégiés de notre action économique.
Segmenter et différencier, construire des marques fortes qui réussissent à s'imposer aux GMS et à la restauration hors domicile (RHD), investir dans la recherche et l'innovation pour anticiper les marchés de demain, participer à des alliances stratégiques avec le « privé », trouver les solutions pour ne pas laisser s'échapper des outils industriels essentiels… Voici ce que nous attendons de nos coopératives.
La bonne gouvernance est une priorité absolue pour conforter la place des producteurs dans des groupes toujours plus complexes. Nous attendons du haut conseil de la coopération agricole, et de son bras séculier, qu'ils engagent les coopératives dans des démarches vertueuses et rigoureuses.

Faire bénéficier les adhérents de la valeur ajoutée créée dans les filiales

Le système historique de participation au résultat, fondé sur les parts sociales et les ristournes, ne suffit plus. Il convient d'expérimenter les parts à avantage particulier et les parts sociales d'épargne, ainsi que des formes d'actionnariat direct dans les filiales industrielles. Mais nous souhaitons que ces filiales restent contrôlées, directement ou indirectement, par les sociétaires du groupe coopératif.

Investir dans des industries agro-alimentaires performantes

Des convergences d'intérêt équitables entre les agriculteurs et les industries agroalimentaires sont à construire. L'actionnariat des agriculteurs est de nature à favoriser une relation partenariale et contractuelle, et à l'inscrire dans une perspective de long terme.
La profession s'est dotée au fil des années de fonds d'investissements, Unigrains et Sofiprotéol, qui permettent à l'agriculture de jouer un rôle moteur dans la structuration des filières agroalimentaires et d'exercer un réel contrôle sur des groupes déterminants pour la valorisation et la pérennité de nos productions.

Source vendee agricole

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