Terres d'Outre-Mer sur Terre d'Infos : Y-a-t-il un avenir pour l'agriculture ultra marine ?

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

Terres d'Outre-Mer sur Terre d'Infos : Y-a-t-il un avenir pour l'agriculture ultra marine ?

Selon le choix présidentiel, 2011 est l'année dédiée aux terres d'outres-mers. L'occasion idéale pour découvrir les particularités des agricultures de ces régions, mais aussi de se demander quel avenir pour ces cultures fortement subventionnées, soumises aux contraintes tropicales, à leurs lots de ravageurs et qui doivent s'intégrer dans une démarche locale et respectueuse de l'environnement ?

Le secteur bananier est prédominant en ces terres, aussi bien par son poids économique que pour la consommation locale. 250.000t sont produites chaque année en Martinique et en Guadeloupe (dont 95% sont exportées) par environ 40% de la population active. C'est donc un secteur créateur d'emplois et de maintient économique.

Les Canaries, 1e producteur européen avec 400.000t/an, bénéficient d'une main d'oeuvre bon marché et de règles sanitaires, sociales et environnementales moins contraignantes. Les subventions métropolitaines versées au TOM (129 millions d'euros/an sur la banane antillaise) servent donc à compenser les normes supplémentaires qui leur sont imposées par l'hexagone afin de rester concurrentiels sur le marché international et à rémunérer leurs producteurs (45% de la recette de l'exploitant est composée de l'aide).

L'agriculture bio reste limitée dans les régions tropicales

Un des objectifs majeurs du secteur bananier ultramarin à l'heure actuelle est de structurer la production pour être plus durable. Un raccourcissement des cycles de production et une bonne optimisation logistique permettraient de limiter transports et intrants. Il est également indispensable d'informer le consommateur des conditions de production écoresponsables. La recherche est très investie dans la production d'une banane durable via la sélection de variétés résistantes aux maladies ou moins exigeantes en intrants.

L'agriculture bio reste malheureusement limitée dans ces régions tropicales en raison de la forte pression parasitaire. Mais tout un travail est effectué sur les cycles biologiques naturels des plantes, l'utilisation d'auxiliaires et la culture sous couvert végétal. Des essais sont mis en place directement sur le terrain, en collaboration avec les producteurs.

Diversifier les cultures

L'autre production prédominante en terres d'Outre-Mer est la canne à sucre, avec ses 40.000 ha sur l'ensemble des départements et 79 millions d'euros d'aides. Les planteurs ont une taille modeste de 6 ha en moyenne à la Réunion. Les subventions soutiennent donc une stratégie de développement local. C'est une production parfaitement intégrée : elle est adaptée aux conditions pédoclimatiques, et outre le sucre, elle donne de nombreux coproduits valorisables (mélasse, bagasse pour la production d'énergie durable). Mais une canne sélectionnée pour sa richesse en sucre produira moins de fibres de bagasse. La sélection variétale prend une douzaine d'années pour la canne, il faut donc anticiper les besoins.

Mais les terres ultramarines souhaitent aujourd'hui un système de culture plus diversifié, afin de ne pas perdre toute leur production en cas de problème sanitaire. La situation insulaire de ces régions implique qu'elles soient tributaires du commerce, et que si les cultures sont confrontées à un parasite, le poids des dégâts soit considérable. Cette diversification vise également l'autosuffisance alimentaire. Si la disponibilité en produits frais est satisfaisante, c'est d'une filière transformation que manquent ces régions. Elles tentent par ailleurs actuellement de développer leur structuration, par des unions de coopératives de producteurs, afin d'aller plus loin ensembles dans la valorisation du produit et de bénéficier de meilleurs outils, de structures de commercialisation, et le développement de centres techniques facilitant le lien avec la recherche.

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