Tirs croisés nourris entre éleveurs et exportateurs du Massif central

S. Giraud

Les éleveurs du bassin allaitant avaient convié les exportateurs à échanger sur leur stratégie à l'export et sur le projet de GIE. Un échange en forme de franche opposition.

Décidément, les exportateurs du Massif central sont las de s'entendre dire qu'ils ne font pas leur boulot. Et pourtant, leurs argumentaires toujours rivés sur la mondialisation des marchés et les différentiels de coûts de production, semblent de plus en plus inaudibles. Les éleveurs ont en effet du mal à comprendre la stratégie de ces groupes, qu'ils soient coopératifs ou privés. À l'heure où partout dans le monde les prix de la viande augmentent du fait d'une hausse de la consommation, les tarifs français, notamment du vif, ne montent pas. Pour tenter d'y voir plus clair et surtout avancer dans une démarche collective cohérente, les éleveurs du Berceau des races à viande ont souhaité réunir, la semaine dernière, les principaux faiseurs de l'export du Massif central. Si la plupart ont répondu à cette invitation, la discussion s'est cristallisée autour du GIE export.

Accord sur le fond, pas sur la forme

Sur le fond, les exportateurs partagent l'objectif des éleveurs. “Il n'y a pas d'antinomie par rapport aux objectifs de valorisation de la filière viande bovine dans toutes ses composantes”, a expliqué Jean-Claude Prieur, représentant de Coop de France à Interbev. “Nos intérêts sont convergents, et la mise en place d'un outil qui mette l'administration au pas et qui coordonne les relations entre la France et les pays tiers est probablement nécessaire”, a confié un représentant de Sofrelim. Sur la forme, en revanche, les avis sont nettement plus réservés, pour ne pas dire farouchement opposés, comme en témoigne la position la plus radicale, celle de Philippe Dumas, président de Sicarev : “Les opérateurs commerciaux voient rouge avec la notion de GIE.” Si Sicarev voit rouge, c'est d'abord sur l'export, car la coopérative freine des quatre fers pour y aller, prétextant honorer en premier lieu le marché national. Alors y aller grouper... Mais attention, prévient Patrick Bénézit, coordinateur du Berceau des races à viande, “toutes les entreprises ne sont pas dans la dynamique de Sicarev. Certaines d'entre elles souhaitent développer l'export, alors que ceux qui ne veulent rien faire, laissent faire ceux qui ont envie de se lancer sur des marchés porteurs !”

 

Le ton monte

D'autant que l'argument du “commerce” ne tient pas, puisque dans les statuts du futur GIE export, il est indiqué noir sur blanc que le GIE n'a justement pas vocation à faire du commerce. Pas suffisant pour les exportateurs, qui insistent pour que “la gouvernance reste au niveau des opérateurs économiques”. La conquête des marchés des pays tiers nécessite pourtant une unité, et le manque de cohésion commence à en agacer certains : “Dans ces conditions, on n'a qu'à découpler, comme ça on perdra au moins 20 % du cheptel”, lance Pascal Lerousseau, éleveur et président de la FDSEA de la Creuse. “On s'adaptera”, a rétorqué Philippe Dumas, tout de même président de coopérative... Pour Dominique Fayel, éleveur et président de la FDSEA de l'Aveyron, “il ne s'agit pas d'utiliser un marché pour en remplacer un autre, mais de resserrer l'étau, en bâtissant ensemble une stratégie”. Et d'estimer que les exportateurs ne peuvent pas dire “que la discussion sur la pertinence de la stratégie commerciale ne concerne pas les éleveurs”. Aujourd'hui, plus question de laisser agir ici ou là des francs-tireurs. “On ne peut plus accepter que les entreprises se fassent concurrence sur le marché des pays tiers, avec une politique de baisse de prix. Nous saurons distinguer les gens qui sauront se mettre dans une perspective de développement, de ceux qui joueront la carte du repli sur soi”, a insisté Patrick Bénézit. Les familles syndicales devraient se revoir très prochainement au niveau national pour faire avancer ce dossier. Un dossier dans lequel l'administration a aussi un rôle à jouer, estiment ces dernières, en comblant ces retards, en facilitant la délivrance de certificats, bref en faisant elle aussi son boulot…







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Source L'Union du Cantal

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