Touche pas à mes arbres et mes fleurs !

Catherine Perrot

Les producteurs ont utilisé des chrysanthèmes invendus de la Toussaint pour exprimer que la hausse de la TVA entraînerait la mort de milliers d’emplois.
Les producteurs ont utilisé des chrysanthèmes invendus de la Toussaint pour exprimer que la hausse de la TVA entraînerait la mort de milliers d’emplois.

Les producteurs de végétaux des Pays de la Loire, première région horticole de France, ont manifesté vendredi 22 novembre à Nantes contre la hausse de TVA de 7 à 10 % prévue pour leur secteur au 1er janvier prochain.

Vendredi 22 novembre, une quarantaine d’horticulteurs et de pépiniéristes venus de toute la région des Pays de la Loire ont manifesté devant la Préfecture à Nantes. Leur revendication : que l’État abandonne la hausse prévue de TVA sur les plantes ornementales. Au 1er janvier prochain, elle passerait de 7 % à 10 %.
« Nous avons déjà subi, au 1er janvier 2012, une hausse de la TVA sur nos produits de 5,5 à 7 % », rapporte Didier Delhommeau, horticulteur à La Planche, président de l’Union des producteurs horticoles de Loire-Atlantique, affiliée à la FNHP, Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et pépinières, initiatrice d’un mouvement de protestation qui a essaimé un peu partout en France (1).
Ce que demandent Didier Delhommeau et ses collègues, c’est, non pas une hausse, mais au contraire, un retour au taux de 5,5 %, au même titre que d’autres produits, produits alimentaires (dont le foie gras et les truffes !), mais aussi les places de cinéma ou les travaux de rénovation thermique…

Secteur déjà fragilisé

Pour les producteurs, cette hausse prévue de la TVA est plus que malvenue, car le con­texte économique est déjà très délicat pour le secteur horticole : la consommation a baissé de 9 % en volume et de 5 % en valeur en 2012 par rapport à 2011, sous les effets conjugués de la hausse de la TVA et de la crise. Le secteur souffre aussi considérablement de la con­currence étrangère, en particulier sur les fleurs coupées. Environ 50 % des végétaux consommés en Fran­ce viennent de l’étranger.
Pépiniériste à Saint-Mars du Désert, et vice président de l’Union des producteurs horticoles 44, Jean-Marc Auray rappelle aussi que la France est le seul pays d’Europe où les producteurs sont taxés sur leurs stocks ! De plus, le secteur est également pénalisé par d’autres taxes, ou abandons d’exonérations (future écotaxe, abaissement du seuil de dégressivité de l’exonération en faveur de l’emploi des travailleurs occasionnels, non remboursement partiel de la taxe intérieure à la consommation applicable sur le fioul). Et selon les simulations, le nouveau Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi ne compense même pas la hausse de la TVA !
Selon une étude de FranceAgrimer, 45 % des entreprises du secteur horticole sont aujourd’hui en situation fragile ou sensible. Si la hausse de la TVA s’applique au 1er janvier prochain, un certain nombre d’en­tre elles pourraient mettre la clé sous la porte. « On est en voie de disparition, il faut nous protéger », exprime ainsi l’un des producteurs présent à la manifestation nantaise.
Les syndicats parlent de 2 000 entreprises, 10 000 emplois qui seraient ainsi perdus dans les mois suivants la hausse de la TVA. Ce ne sont pas des projections arbitraires, car le secteur a déjà connu par le passé une telle mésaventure. En­tre 1991 et 1994, le taux de TVA est passé de 5,5 à 18,6, entraînant environ 5 000 dépôts de bilan et la perte de 20 000 emplois !

En phase avec la société

Les producteurs horticoles comprennent d’autant moins bien cet acharnement sur leur profession, que le secteur a conduit de véritables efforts pour s’adapter à la demande sociétale, avec des démarches de qualité, de traçabilité, de respect de l’environnement (Label rouge, certification Plante bleue…). De plus, la production est en elle-même favorable à l’environnement (végétalisation des villes, participation au captage de CO2…).
Les producteurs aimeraient d’ailleurs que les politiques, si prompts à défendre la production française et le respect de l’environnement, soient cohérents avec leurs idées lorsqu’ils passent des commandes de marchés publics pour les collectivités dont ils ont la responsabilité : les horticulteurs et pépiniéristes se désolent lorsqu’ils voient des entreprises étrangères (hollandaises no­tamment) remporter des marchés de fleurissement des villes de leur région ! C’est d’ailleurs aussi pour cela qu’ils ont manifesté le même jour à Nantes, fief du premier ministre et à Tulle, fief du chef de l’État.

(1) Des manifestations ont eu lieu à Carhaix, à Troyes, à Chambéry, en Ile de France... 

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