Toulouse : François Andorno s'est lancé dans la culture du chanvre

Arnaud Carpon

Toulouse : François Andorno s'est lancé dans la culture du chanvre

Au nord de Toulouse, François Andorno s'est lancé dans la culture du chanvre. Cette plante peu consommatrice en intrants constitue une très bonne tête d'assolement et bénéficie, grâce à sa fibre, de nombreux débouchés rémunérateurs.

Cette variété, comme toutes celles qui sont cultivées en France, ne contient pas ou très peu de substance illicite (ndlr : la fameuse tétrahydroxycannabinol, ou THC). Mais tous les ans, de nombreux automobilistes s'arrêtent à l'entrée du champ pour arracher un ou deux pieds», explique François Andorno en souriant. D'abord aide familial durant deux ans, ce jeune agriculteur s'est installé en 2004 sur l'exploitation familiale, à Castelnau-d'Estrétefonds, au nord de Toulouse. En EARL avec ses deux parents, il cultive 244 hectares de céréales et d'oléagineux ainsi que quelques ares de vignes en AOC Fronton. Depuis son installation, il a introduit une nouvelle culture : le chanvre. Outre des propriétés psychotropes qui ont été retirées à toutes les variétés légalement cultivables, le chanvre – cannabis Sativa – présente une tige dont la partie intérieure est ligneuse et dont l'écorce est composée de fibres. Cette anatomie lui confère des propriétés très intéressantes à valoriser dans les domaines du paillage et de l'éco-construction (lire ci-contre). «Avant de m'installer, c'est une culture que je ne connaissais pas, explique François. Coopéval, la coopérative avec laquelle je travaille, a souhaité démarrer cette culture.» Pour rompre la monotonie, le jeune agriculteur participe aux réunions d'information organisées par la coopérative visant à présenter les débouchés potentiels, l'itinéraire technique, les intérêts agronomiques et économiques. «Le technicien nous a expliqué que le chanvre constituait une bonne tête d'assolement en général, et un bon précédent au blé.» Des atouts agronomiques que le producteur a vérifiés dès l'année suivante.

Peu d'intrants

Avant de constater le bien-fondé d'ajouter le chanvre à la rotation de ses cultures, François a d'abord apprécié la simplicité de l'itinéraire technique. «Le chanvre s'implante à la mi-mars avec un semoir à blé à raison de 50 kg à l'hectare, de préférence après une céréale à paille. Pour préparer le sol, il suffit de passer un outil à disques pour mélanger la paille et un outil à dents pour soulever légèrement le sol.» Après le semis, l'agriculteur procède au roulage du sol pour bien mettre la graine en appui dans la terre et obtenir un sol bien plat pour la récolte. En l'absence d'une quelconque pression parasitaire, les intrants se limitent à une fertilisation limitée à 96 unités d'azote. «Il faut fertiliser une première fois lorsque la plante fait deux ou trois centimètres. Le deuxième apport doit être effectué courant mai, juste avant de ne plus pouvoir passer en tracteur.» Même dans le Sud-Ouest, le chanvre n'a pas besoin d'être irrigué. «La plante dispose d'un gros pivot et de nombreuses radicelles lui permettant d'aller chercher profondément dans le sol tout ce dont elle a besoin.» Econome en intrants, le chanvre dépasse rapidement les trois mètres de hauteur.

La récolte démarre à la mi-septembre. « C'est l'étape la plus difficile d'un point de vue technique », remarque le producteur. Si l'anatomie de la plante lui confère des propriétés intéressantes, elle est aussi une contrainte pour sa récolte. En cause : les fibres qui abîment beaucoup le matériel de coupe. «Les trois premières années de culture, le chanvre a été coupé avec une faucheuse double-lame de type Busatis de 2,40 m de largeur, explique-t-il. A cause des fibres, il fallait réaffûter les lames tous les 4 ha.» Une fois à terre, la plante était retournée une ou deux fois pour être bien sèche au pressage. Le chanvre était enfin pressé en balles rondes de 200 kg. Pour réduire le coût d'approvisionnement de l'usine de défibrage, située à une trentaine de kilomètres au sud de Toulouse, les producteurs ont souhaité remplacer les balles rondes par des balles haute densité. « Après quelques essais, nous avons constaté qu'il était impossible de presser en balles rectangulaires une plante de cette longueur.» Les producteurs ont alors été aidés par un entrepreneur local qui a adapté une ensileuse en y insérant un système de couteaux et de contre- couteaux entre le bec cueilleur et le corps de la machine. «Ce système de couteaux permet de segmenter la plante en brins de 30cm.» Tombant par terre sans être hachés par la machine, les brins sont laissés au sol de 4 à 10 jours pour être rouissés avant d'être pressés par une machine haute densité. «Le chanvre est ensuite expédié à Agrofibre, l'usine de défibrage de Euralis.»

De bonnes marges de progrès

Chaque année, François contractualise une surface donnée –8 ha en 2009 – auprès de la coopérative. «Le prix - 120€/t– varie peu d'une année sur l'autre», assure-t-il. Avec un rendement de 9,4 t/ha et une faible consommation d'intrants, le chanvre est bien mieux valorisé que le maïs. «La culture le sera encore plus quand nous pourrons valoriser la graine», poursuit François. La graine de chanvre fournit une bonne huile alimentaire. Elle est également utilisée en oisellerie. Ce dernier débouché permet même de valoriser la graine à hauteur de 600 €/t. «Dans les années qui viennent, la coopérative devrait nous proposer des contrats pour la graine.» Pour le producteur, le prochain défi consistera à mettre au point une machine permettant à la fois de faucher et de récolter la graine. «La valorisation de la graine permettra ainsi de couvrir le coût de la récolte.» Au regard des nombreux atouts économiques et agronomiques que compte la culture, et pour sécuriser son revenu, le jeune agriculteur compte bien augmenter progressivement ses surfaces consacrées au Cannabis Sativa.

La plante se développe très rapidement et étouffe du même coup les mauvaises herbes. Pour en savoir plus : Institut technique du chanvre, www.institutduchanvre.org

 

A quoi sert le chanvre ?

Tous les produits obtenus du chanvre trouvent une utilisation. Si la graine, appelée chènevis, bénéficie de débouchés en alimentation humaine (huile) ou animale (oisellerie), la tige, quant à elle, trouve des débouchés non alimentaires. La tige se décompose en deux parties : la chènevotte, partie intérieure ligneuse recouverte d'une écorce très fibreuse. Dans le domaine de l'éco-construction, la fibre est utilisée pour la fabrication de laines d'isolation thermique. Plus que les autres laines, celles à base de chanvre permettent une meilleure régulation de l'hygrométrie de l'air. Particulièrement solide, la fibre de chanvre est aussi employée en plasturgie, pour la fabrication de feutres et bio-polymères. Elle peut entrer aussi dans la composition de pièces plastiques composites très résistantes et recyclables. La chènevotte est, elle aussi, utilisée dans le bâtiment. Mélangée à des liants traditionnels, elle entre dans la fabrication de mortiers ou de bétons. Très absorbante et isolante, la chènevotte broyée est utilisée en tant que litière pour les animaux d'élevage et sert également de paillage dans le secteur horticole.

 

 

Source Ja Mag Novembre 2009

Publié par Arnaud Carpon

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