Tracteur de forte puissance : galop de grands chevaux

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Tracteur de forte puissance : galop de grands chevaux

La valorisation de fortes puissances passe par un alourdissement des engins sinon par des exécutions de chantier à grande vitesse, transport en tête. A méditer avant de signer. Par Raphaël Lecocq

Un surinvestissement compensé par des sous-investissements

"Associés avec notre père sur une exploitation de 300ha, nous avons opté pour un tracteur à chenilles il y a maintenant 6 ans, un choix que nous avons réédité l’an passé à l’occasion du renouvellement du tracteur. Depuis toujours, aux prises avec des sols très argileux, nous sommes très sensibles à la question du tassement. En dépit de son poids de 15 t et de son moteur de 360ch de puissance maxi, ce tracteur engendre une charge de 350g/cm2. Il réalise environ 450h/an, principalement à l’automne, mais sans exclure les préparations de printemps. L’achat d’une charrue déportée permettrait d’étoffer plus encore son usage mais il est évident que nous disposons d’une réserve de puissance et d’utilisation. C’est un choix dont nous ne nions pas le surcoût et que nous assumons. En contrepartie, il faudrait pouvoir comptabiliser les bénéfices agronomiques d’un tel équipement, qui nous permet de réaliser nos interventions aux périodes les plus favorables et qui doit se traduire par des gains de rendements, même s’il est toujours difficile de les matérialiser à l’échelle d’une exploitation. Pour compenser les surcoûts, nous faisons durer les autres tracteurs de l’exploitation en soignant leur entretien."

Nicolas et Sylvain Bonnefous de l’Allier (03)

Qu’est-ce qu’un tracteur de forte puissance? Axema, l’Union des industriels de l’agroéquipement, autrement dit les constructeurs, classe les tracteurs agricoles en 8 catégories. La dernière classe consacre les tracteurs de 220ch et plus. Considérons donc cette catégorie comme la représentante des tracteurs de forte puissance.

En 2011, 1518 tracteurs neufs de 220ch et plus ont été immatriculés en France, représentant 5,56% des ventes de tracteurs standards à quatre roues motrices. Dans le même temps, les trois classes de tracteurs couvrant une plage de puissance comprise entre 100ch et 179ch s’adjugeaient environ 60% du marché. Les gros tracteurs restent donc encore très minoritaires dans le paysage hexagonal mais leur part tend à s’accroître.

Toujours en 2011, ces mêmes tracteurs de 220ch et plus ont enregistré la plus forte progression des ventes (+54,1%). Sur les 10 premiers mois de l’année 2012, leur progression dépasse les 86%, une performance sans équivalent dans aucune autre catégorie de puissance. Elle établit leur part de marché à plus de 8%. Un clivage semble se dessiner entre les plus de 220ch et la catégorie immédiatement inférieure (180ch à 219ch) dont les ventes, qui affichaient un retrait de 20% sur les 10 premiers mois de l’année, sont désormais inférieures à celles des 220ch et plus.

Le poids, l’autre critère de choix

Toujours d’actualité, l’augmentation de la puissance moyenne embarquée sera peut-être, dans les années à venir, moins linéaire que ce qu’elle était jusqu’à présent. Mais si la puissance est le premier élément caractérisant un tracteur, ce paramètre mérite d’être rapporté à l’indication de poids, ou plus exactement de masse, pour être scientifiquement correct. Le rapport entre le poids et la puissance est particulièrement prégnant sur les gros tracteurs car en exagérant à peine, sans le poids, la puissance n’est rien. Ce critère de poids opère une dichotomie entre des tracteurs dits ou léger ou au contraire lourds. «J’identifie deux catégories de tracteurs de forte puissance, note Jean-Bernard Leclercq, conseiller Agroéquipement à la chambre d’Agriculture d’Eure-et-Loir. Il y a d’un côté les tracteurs légers qui vont embarquer 7t en version délestée et 8t avec les masses et le plein de carburant et d’AdBlue le cas échéant et de l’autre côté, des tracteurs de 10t, 12t, voire 14t.

Les tracteurs de 8t sont disponibles dans une plage de puissance couvrant grosso modo 200ch à 270ch. Ce sont des tracteurs qui restent encore relativement polyvalents, que l’on peut valoriser à la prise de force avec des combinés pouvant atteindre 6m de large avec trémie frontale dans des conditions pas trop difficiles. Ils conviennent bien également aux chantiers de transport, attelés à une benne de 18t homologuée pour rouler à 40km/h. Leur limite se situe dans les chantiers de traction au champ, à relative faible vitesse. Même lorsque l’on optimise la répartition des masses entre l’avant et l’arrière, le manque de poids handicape la capacité de traction.»

Roues inégales, combat inégal

C’est là où les engins dépassant allègrement les 10t entrent en jeu. La puissance embarquée fait du même coup un bond en avant, et gagne une bonne centaine de chevaux, pour démarrer aux alentours des 350ch et flirter avec les 600ch. Ni le poids ni la puissance ne constituent alors des facteurs limitants. Et pour s’assurer de la transmission effective de la puissance aux roues, sinon aux chenilles, sans craindre le patinage, plusieurs architectures sont développées par les constructeurs. Dans ces gammes de puissance, les tracteurs conventionnels à roues inégales conservent une partie de leurs prérogatives, à la faveur d’une augmentation de la taille des pneumatiques. Les 2,15m de diamètre de roue sont désormais atteints à l’arrière et les 2,30m se profilent déjà à l’horizon. Avec des montes de 600 en 34 pouces à l’avant, le tracteur conventionnel tracte encore et toujours.

Dans ce registre de puissance, la diversité des concepts est inversement proportionnelle à la taille de marché puisque poussent à la roue des tracteurs à quatre roues égales (JCB Fastrac, Claas JCB), des tracteurs articulés à roues (Case IH Steiger, John Deere 8R et 9R, New Holland T9) des tracteurs articulés à chenilles (Case IH Quadtrac) et enfin, des tracteurs à chenilles. Dans cette dernière catégorie, on trouve des modèles sinon des marques spécifiques (Challenger, John Deere 8RT et 9RT). Mais grâce à des équipementiers spécialisés (Soucy Track, Tidue), ce mode de traction pourrait gagner un plus grand nombre de tracteurs, en substituant des trains de chenilles aux roues d’origine. Une stratégie qui a l’avantage d’être adaptée à des tracteurs d’une puissance plus conventionnelle et donc plus représentatifs des besoins hexagonaux.

Car la débauche de mécanique, de chevaux, de roues sinon de chenilles renchérit très fortement le prix des engins, alors que dans le même temps, leur polyvalence s’en trouve le plus souvent amoindrie. Les tracteurs à chenilles, même s’ils ont la capacité de se déplacer sur route, y compris à 40km/h, sont emblématiques de cette perte de polyvalence, comparativement aux tracteurs à roues. Et c’est précisément au transport que ces derniers peuvent trouver des surcroîts d’activité. « La plupart de ces très gros tracteurs à roues sont homologués pour circuler à 50km/h voire à 60km/h, indique Jean-Bernard Leclercq. Dans les pays où la législation l’autorise, les tracteurs agricoles sont ainsi valorisés dans des chantiers de transport routier, où leur puissance est alors exploitée à sa juste valeur.» Une liberté qui n’est pas sans contraintes et contreparties en matière de permis de conduire et de fiscalité inhérente aux carburants.

Source JA mag décembre 2012

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