UE : Quand l'Union européenne “importe” des terres agricoles

L'Union européenne est devenue une grand utilisatrice de terres agricoles dans les pays tiers pour satisfaire ses propres besoins.

En 2008, les 27 États membres de l'Union européenne ont exporté pour 127,6 milliards de dollars de denrées agricoles mais ils ont importé pour 173,1 milliards de dollars de produits alimentaires, soit un solde net de 45,5 Mds $. C'est la conclusion d'un rapport publié par le centre de recherche indépendant “Opéra” dont l'un des auteurs, le professeur Harald van Witzke de l'université Humboldt de Berlin, est venu présenter les résultats devant la Société des agriculteurs de France début juillet.

UE : le plus grand importateur mondial de denrées agricoles

L'étude se penche sur le développement du commerce agricole européen entre 1999 et 2008 et quantifie les superficies agricoles cultivées dans les pays tiers pour répondre à la demande européenne en alimentation humaine et animale ainsi qu'en biocarburants. Elle montre qu'en 2007-2008, près de 35 millions d'hectares, soit la superficie de l'Allemagne, ont été cultivés hors des frontières européennes pour répondre aux besoins des Européens. C'est 40 % de plus que la moyenne des années 1999-2000. En dix ans, les exportations ont chuté de trois millions de tonnes et les importations ont augmenté de 25 Mt. Ces chiffres mettent en lumière la perte de compétitivité de l'agriculture européenne ces dernières années, sa difficulté à réagir à la mondialisation, mais également les effets pervers des différentes réformes de la Pac, estime l'auteur. Réformes qui ont mis l'accent sur la protection de l'environnement et l'entretien du paysage… au détriment de l'innovation et de la compétitivité. Au cours de cette période, l'Union à 27 est devenue le plus grand importateur mondial de produits agricoles (devant la Chine) et donc le plus grand utilisateur de terres agricoles ne se trouvant pas sur son territoire, ce que les auteurs qualifient de “terres virtuelles”. Sur les 40 cultures et 240 matières premières étudiées, l'Union européenne n'est exportateur net de terres virtuelles que pour le blé et les céréales fourragères. Elle est importateur net pour toutes les autres cultures. Le soja représentant à lui seul plus de 50 % de ces importations. “Nous sommes en général prompts à nous offusquer quand des nations à la recherche de ressources font l'acquisition de terres dans d'autres pays, mais c'est exactement ce que nous faisons, bien que cela prenne une forme virtuelle, par le biais du marché, plutôt que par un investissement direct à l'étranger”, conclut le professeur Harald Von Witzke.

Améliorer la productivité

Dans la perspective d'une politique agricole réformée, le rapport analyse trois scenarii possibles : l'amélioration des rendements agricoles, l'accroissement de la surface en agriculture biologique et l'extension de l'utilisation des biocarburants. Seule l'amélioration des rendements européens serait de nature à réduire les importations de terres virtuelles. Selon l'étude, le simple fait d'encourager l'innovation agricole et d'accroître la productivité des principales cultures de 0,5% par an diminuerait la demande de terres arables en dehors de l'Europe de 5,3 Mha. A contrario, l'extension de 20 % de la superficie cultivée en agriculture biologique augmenterait l'importation de “terres virtuelles” de plus de 30 % (10,2 Mha). Quant à l'incorporation de 10 % de biocarburants dans les carburants, elle ferait également progresser l'importation de terres virtuelles de 3 Mha. Pour les auteurs, il est temps pour l'Union européenne d'augmenter la compétitivité et la productivité de l'agriculture européenne en mettant en place une politique agricole adéquate qui lui permette de participer à la satisfaction des besoins alimentaires mondiaux qui vont doubler d'ici 2050. Opéra est un centre de recherche de l'Université catholique du Sacré Coeur de Piacenza en Italie. Son bureau de Bruxelles s'est longuement penché sur la Pac et a fait un certain nombre de propositions susceptibles de résoudre les nombreux maux dont elle souffre, selon ses responsables.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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