Un aperçu de ce que seront les prairies en 2050

Propos recueillis par P. OLIVIERI

Directeur d’unité à l’Inra de Clermont, P. Carrère étudie l’impact des changements climatiques sur l’écosystème prairial.

Un aperçu de ce que seront les prairies en 2050

 

Votre unité à l’Inra de Clermont-Ferrand planche sur l’écosystème prairial. Quelles types de travaux conduisez-vous ?

Pascal Carrère : “Nous ne travaillons pas uniquement sur l’aspect de la production fourragère comme cela se faisait il y a une vingtaine d’années. Notre approche est écologique c’est-à-dire qu’elle intègre les interactions des différents acteurs de l’écosystème prairie, y compris l’acteur agriculteur. Nous avons ainsi étudié l’impact du changement climatique sur l’ensemble des composantes de ce milieu, chacune d’elles ne réagissant pas pareil ni à la même vitesse. Si la réponse de la végétation est assez rapide à une augmentation de température, le développement privilégié de certaines espèces est lui plus lent, de même que les modifications d’espèces ou encore les interactions entre sol et espèces qui évoluent à plus long terme. On a donc des mécanismes hiérarchisés dans l’espace et dans le temps. Concrètement, nous avons fait deux types d’observations en milieu contrôlé en prélevant des blocs de prairies à Theix de 50 cm sur 50 cm avec une profondeur de sol de 50 cm. D’abord pour étudier quelle était la réponse de la végétation à l’augmentation de la teneur en CO2 atmosphérique, à une hausse de température et à une diminution de la pluviométrie. Soit en étudiant chaque paramètre séparément, soit tous ensemble pour reproduire le climat que l’on nous prédit dans 50 ans. Le second volet consiste à examiner l’impact des facteurs extrêmes comme une canicule ou une sécheresse.”

Des pratiques à adapter

 

Quelles sont vos conclusions à cette heure ?

P. C. : “Contrairement à ce qu’on pouvait attendre, les effets stimulants de l’augmentation de CO2 atmosphérique et de la température sont limités par la disponibilité en azote. Par contre en limitant la pluviométrie on impacte fortement la production. En conséquence on ne s’achemine ni sur une augmentation ni sur une diminution très forte de la production fourragère. Nous avons aussi pu identifier une incidence de ces évolutions climatiques sur la phénologie des espèces, c’est à dire sur la date à laquelle elles arrivent à fleur. Tout cela va donc supposer une adaptation des pratiques des éleveurs, en sortant par exemple plus tôt les animaux pour utiliser l’herbe sur une saison plus longue, théoriquement ça va faire diminuer le coût de production. Mais il faut aussi qu’on soit capable de leur donner des indicateurs, des outils pour qu’ils deviennent véritablement acteurs de leur système à la fois autonomes et indépendants. Ce qui suppose également de développer les capacités à refaire des références. D’autant plus qu’au-delà d’une courbe de températures tendanciellement haussière, on va aussi devoir composer avec une variabilité extrêmement importante avec, par exemple, des étés très chauds succédant à un hiver très froid.”

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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