Un mois d’octobre rythmé par les manifs agricoles

P.Olivieri

Un mois d’octobre rythmé par les manifs agricoles
Une banderole sur le stand de la FRSEA au Sommet de l’élevage pour interpeler ministre, élus et grand public - P.O

Exaspérés par l’absence de réponse sur le front de la directive Nitrates et la situation des marchés bovins, les syndicats cantaliens annoncent un mois d’octobre d’actions syndicales.

Le 3 octobre 2013, le discours du chef de l’État au Sommet de l’élevage avait pris des accents quasi historiques, tant ses annonces sur la déclinaison française “pro-élevage de la Pac” s’ins- crivaient dans les sillons des revendications de la profession agricole du Massif central. “L’appel de Tulle a été entendu”, se félicitaient même les responsables syndicaux du Massif. Un an plus tard, l’espoir a laissé place à l’impatience et l’exaspération, accentuées par la dégringolade des cours des productions animales et une overdose réglementaire, et l’ambiance était tout autre jeudi à l’issue d’une intervention ministérielle qui ne restera pas dans les annales de Cournon. De quoi attiser le ras-le-bol dans les campagnes, et gonfler la mobilisation nationale annoncée par la  FNSEA et les  JA avec comme point d’orgue le 5 novembre. “La déception est d’autant plus grande qu’a contrario de 2013, où on avait eu droit à un discours très engagé de François Hollande, celui de Stéphane Le Foll était des plus platoniques, sans annonces hormis l’arrêt des tests ESB pour les animaux nés après janvier 2002. C’est un coût en moins pour la filière dont on peut espérer qu’il sera impacté sur le prix payé aux éleveurs, c’est aussi positif en termes d’image pour l’export, mais on est loin du compte sur toutes nos demandes”, souligne Joël Piganiol, secrétaire général de la  FDSEA.

Le ministre exhorté à “mouiller la chemise”

À commencer par une véritable politique offensive pour développer les exportations bovines à destination des pays tiers. “Ce débouché pays tiers est une véritable bouée de sauvetage à court terme pour la production et la filière françaises, et un levier de développement pour l’avenir”, ont rappelé les responsables de la FNB à un ministre auquel il a été demandé - ainsi qu’à ses services - de “mouiller la chemise pour enfin ouvrir des débouchés”. “Ce qui est encore plus marquant malheureusement, c’est qu’un an après, nous n’avons toujours aucune réponse sur les derniers arbritrages franco-français de la Pac, notamment en matière de PMTVA, déplore Joël Piganiol. On laisse les éleveurs dans le doute et on bloque des projets en instance, notamment ceux d’installation de jeunes.”Très attendu sur le dossier, le ministre a tout autant, sinon plus, déçu sur la très contestée nouvelle carte des zones vulnérables. “La directive Nitrates va impacter fortement nos régions d’élevage, et le ministre n’a même pas évoqué le zonage, fustige le syndicaliste. Il a rejeté la faute sur l’Union européenne alors qu’il y a eu une erreur de timing de la France qui a proposé une carte à Bruxelles sans aucune étude scientifique, ni concertation avec la profession et les collectivités. Du coup, la France se retrouve piégée et Stéphane Le Foll a esquivé en faisant allusion à une négociation   sur   le   cahier  des charges...

“L’État pousse au surendettement”

Un débat dans lequel la profession cantalienne refuse de se laisser enfermer, exigeant toujours les résultats des prélèvements qui ont servi de base à ce classement et réclamant la sortie de toutes les communes du Massif central de ce zonage.“Avec la directive Nitrates, on va obliger les jeunes qui viennent d’investir pour s’installer et se mettre aux normes à s’endetter de façon disproportionnée, alors qu’ils n’en ont pas les moyens et qu’ils ne peuvent répercuter ces charges sur le prix de leurs produits, complète Benoît Julhes, vice-président des  JA 15. Alors que l’Europe considère que le surendettement  d’un  État  est  un  crime, aujourd’hui c’est l’État français qui pousse les jeunes au surendettement dont ils seront les premières victimes !” Pour celui qui préside par ailleurs les  JA d’Auvergne, on est proche dans les campagnes de l’ébullition, et “il y a urgence à agir”. Dans ce contexte, le mot d’ordre lancé le 25 septembre par un conseil fédéral commune FNSEA-JA autour de neuf mesures incontournables est plus que jamais d’actualité, estiment les deux syndi- cats cantaliens qui participeront le 5 novembre à Toulouse à une mobilisation de concert avec les autres territoires concernés du bassin Adour-Garonne (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Limousin). Et annoncent d’ores et déjà une série d’actions syndicales plus locales.“Des jeunes motivés pour s’installer et vivre décemment de leur métier, ily en a, on reçoit 200 personnes au Point info installation chaque année, avance  Benoît  Julhes.  Ce  qu’on demande aujourd’hui au gouvernement, ce n’est pas de l’argent, c’est du courage politique, c’est de donner les moyens d’exercer ce métier avec du bon sens, sans contrainte absurde, ni brader nos produits.”

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