Un plan ambitieux pour redonner des couleurs au muscadet

Guillaume de Werbier

« À l’automne, nous avons enfin eu des signaux de reprise, avec notamment le muscadet qui réintègre le top 10 des vins toutes catégories, toutes couleurs confondues, en grande surface. Mais les prix de nos vins sont toujours scandaleusement bas », déplore Joël Forgeau.

L’ODG muscadet, l’interprofession, et la chambre d’agriculture, travaillent ensemble sur un plan offensif pour aider le Vignoble nantais à refaire surface.

L’image que renvoie le muscadet aux consommateurs est bonne. Une récente étude de consommation le confirme. « Il reste une référence », insistait François Robin, délégué régional d’Interloire, pendant l’assemblée générale du Sdaoc muscadet, la semaine dernière au Landreau. Son rapport qualité / prix est mis en avant par les sondés. Sa notoriété est forte. « Il est plus connu que les vins d’Alsace ». Oui, mais en terme de taux de pénétration, l’Alsace reste devant le muscadet. Même si la mention sur lie est efficace commercialement, le vin nantais souffre d’un manque d’authenticité.
Une étude, commandée à l’ESA d’Angers, propose de pallier ce manque. La valorisation des caractéristiques déjà existantes des muscadets est une piste. Corriger certaines imperfections sur l’arôme des vins en est une autre. En tout cas, il ne faut pas perdre de vue le lien étroit qui existe avec les produits de la mer, et « la vivacité, l’honnêteté, la droiture des vins de la région », indique Romain Mayet du Sdaoc. L’étude préconise aussi de « travailler la segmentation et la logique de différenciation entre différents niveaux d’appellation pour clarifier le marché ».

Aujourd’hui, l’ODG, l’interprofession, et la chambre d’agriculture, travaillent ensemble sur un plan offensif, a annoncé la semaine dernière Joël Forgeau, président du Sdaoc muscadet. « Nous allons le travailler dans les quatre mois qui viennent avec les délégués muscadet en s’appuyant sur cette étude, financée par FranceAgrimer et la Région. Pour que ce plan soit opérationnel le plus rapidement possible, les délégués AOC ont donné leur accord pour finir ce travail au plus tard en mars 2012. »
Rester les bras ballants ? Pour le président du Sdaoc, pas question, quand les concurrents font tout pour prendre des parts de marché. « On n’a pas le choix. Il faut faire quelque chose ! On est au début d’un chantier que l’on veut mener très très rapidement. Il faut des signaux aux marchés, des signaux aux viticulteurs pour que notre moral remonte, et des signaux à nos partenaires. »

Pour Clair Moreau, président des Vignerons indépendant nantais, ce chantier devra comprendre nécessairement « une réflexion globale sur une politique de prix, avec rencontre de tous les opérateurs sur ce thème » En effet, il semble que dans bien des cas, le prix bas du muscadet le dessert plus qu’il ne le sert.
Une piste a été retenue par les délégués AOC. « On va demander à tous les cantons de donner leur avis sur la valorisation d’un vignoble à 9 000 ha de muscadet en appellation, la production et la revendication de rendements stables, la mise en place d’une gamme aromatique pour s’adapter au goût d’une clientèle nouvelle. Par ailleurs, des questions restent posées : doit-on ouvrir le débat sur le nom de l’appellation, doit-on faire évoluer les densités de plantation, comment rendre l’appellation plus authenti­que… ? » Autant de questions auxquelles l’ODG, l’interprofession et la chambre d’agriculture se sont engagés à donner une réponse avant mars. Les exploitations devront ensuite s’approprier ce projet.
Il s’agit de redonner de la lisibilité au muscadet. Plusieurs ac­tions sont déjà engagées au niveau de la filière pour y parvenir, notamment avec la mise en place d’une segmentation à trois niveaux, la prise en compte de la problématique territoriale, un plan d’accompagnement de la profession pour la vente directe, un ac­compagnement économique des exploitations en grande difficulté pour passer le cap, sans oublier la question de l’image, détaille Alain Treton, délégué territorial du Vignoble, à la chambre d’agriculture. « D’autres grands chantiers restent à conduire de manière complémentaire : communiquer rapidement vers les acheteurs et les banques, gérer une offre régulière dans le temps, et proposer un accompagnement technique à des itinéraires nouveaux liés à des définitions nouvelles de produits. »

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