Un point d’étape sur l’évolution du muscadet

Catherine Perrot

Vincent Viaud, vigneron au Landreau, montre à Jacques Lemaitre et aux autres acteurs impliqués dans la gestion de la crise du muscadet que la prochaine récolte sera très faible.
Vincent Viaud, vigneron au Landreau, montre à Jacques Lemaitre et aux autres acteurs impliqués dans la gestion de la crise du muscadet que la prochaine récolte sera très faible.

Le lundi 18 juin dernier, le bureau bimensuel de la chambre d’agriculture s’est décentralisé dans le Vignoble nantais. L’occasion de faire un point sur la situation de la viticulture nantaise.

Plus d’un an après la signature, en préfecture, de la charte de gestion de la crise du muscadet (lire LAA n° 174, du 11 février 2011, p. 14) et après plusieurs mois sans expression des représentants de l’État, élections présidentielles, puis législatives obligent, la chambre d’agriculture a organisé une réunion sur le muscadet, à l’occasion de l’un de ses récurrents « bureaux décentralisés ».

Les représentants des signataires de la charte, chambre d’agriculture, Sdaoc, Interloire, SVIN, négoce, conseil général, conseil régional, DDTM, Draaf se sont donc retrouvés au Landreau, chez un viticulteur, Vincent Viaud, pour faire un point sur la situation du muscadet et sur la mise en place du plan d’actions.

Petite récolte à venir

Joël Forgeau, le président du Sdaoc, a d’abord présenté les chiffres clés de la campagne : « Le printemps a été très chaotique et les sorties de raisin vont être peu importantes. Le potentiel sera assez bas, moins de 35 hl par ha ». Du coup, avec 8 500 ha de vignes et une récolte 2012 estimée à moins de 400 000 hl, réserve qualitative comprise, c’est la fin des excédents ! On se dirige même vers un léger manque de vin, puisque la commercialisation sur la campagne 2011-2012 est de l’ordre de 460 000 hl.

Joël Forgeau a également évoqué l’un des chantiers du plan, concernant la hiérarchie des muscadets. L’entrée de gamme « muscadet » (3 900 ha, avec un rendement souhaité de 65 hl/ha) pourrait quelque peu évoluer en fonction de la demande du marché, vers un vin plus aromatique et comportant plus de sucre (mais restant dans la catégorie vin blanc sec). Ce produit devra également être davantage identifié géographiquement qu’il ne l’est actuellement, avec peut-être la mention « Nantes » dans son nom.

Le cœur de gamme est représenté par les appellations sous-régionales (sèvre et maine, côtes de Grandlieu, coteaux de la Loire), en majorité sur lie. Elles sont plantées sur 4 350 ha, avec un rendement de 55 hl/ha. Enfin, le haut de gamme est représenté par les appellations communales (aujourd’hui seulement trois, mais elles seront bientôt 12). Elles représentent 250 ha (à 45 hl/ha).

Anticiper et gérer avec le négoce

Autre chantier en cours, évoqué par Joël Forgeau, puis par le vice-président d’Interloire, Gérard Vinet : celui de la contractualisation. En vignoble nantais, elle est encore faible par rapport à d’autres vignobles (moins de 10 % du vignoble est contractualisé en moûts et vendanges fraîches avec des grands vendangeoirs). À l’image de ce qui se passe dans la filière laitière, les vignerons entendent désormais se regrouper pour pouvoir anticiper les récoltes et discuter « d’égal à égal » avec les négociants. C’est un grand changement de mentalité, mais l’idée est que tous, vignerons comme négociants, y gagnent en lisibilité et en sécurité.

En parallèle, les discussions continuent avec ces mêmes partenaires pour la « reconquête des prix d’achats » avec des commissions paritaires organisées dès ce mois de juin. Cette thématique de « la cohérence des pratiques de prix aux consommateurs », qui concerne tous les opérateurs, vendeurs directs, compris, est pilotée par le SVIN. Son président, Clair Moreau, a rappelé son crédo quant aux prix : « La politique de conquête de marchés par les prix bas étrangle les viticulteurs et nuit au muscadet dans son ensemble ».
Sur le volet « professionnalisation de la vente directe », là aussi le plan se met en œuvre très concrètement avec le recrutement, depuis un mois, de Sylvaine Bidet, chargée de mission à la chambre d’agriculture.

Le chantier sur la préservation et la restructuration des paysages après arrachage se poursuit. Un projet pilote est actuellement en cours sur la commune du Pallet, dont 150 hectares de vignes ont été laissés ou arrachés. Le conseil général, qui intervient sur ce domaine, a rappelé, par la voix de Bernard Deniaud, son vice-président, qu’il fallait « rester ouvert » quant aux solutions à mettre en œuvre. Et que la qualité paysagère du vignoble nantais restait l’un de ses atouts principaux, surtout à l’heure où se mettent en place des actions œnotouristiques d’envergure (notamment dans le cadre de l’obtention du label Pays d’art et d’histoire, lire p. 9).

Enfin la partie « accompagnement économique et sauvegarde des exploitations » pilotée par le BCAO de la chambre d’agriculture constitue aussi un élément important de ce plan. L’obtention récente de délais de paiements de la TVA en est l’un des effets.
Le plan avance donc et la situation du muscadet paraît peut-être moins dramatique qu’il y a deux ans : « On sent un frémissement », affirme Jacques Lemaitre. « La prochaine campagne sera difficile » prédit pour sa part Vincent Viaud (lire ci-contre). Malgré la remarquable mobilisation de tous les acteurs du muscadet, il reste donc encore beaucoup d’inconnues. La campagne en cours sera sans doute celle d’une transition. Vers un mieux, on l’espère !

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