Une compta analytique pour calculer ses charges de mécanisation

Lise Monteillet

Une compta analytique pour calculer ses charges de mécanisation

En optant pour une comptabilité analytique, il est possible de calculer finement ses charges de mécanisation, afin d’optimiser son parc matériel. L'objectif : maîtriser ses investissements et ne pas céder au besoin que les vendeurs de matériels savent faire naître... Rencontre avec Daniel Causse, expert-comptable au sein de Cerfrance Haute-Loire. 

Qu’entend-on exactement par « charges de mécanisation » ?

Daniel Causse : La notion de coût de mécanisation comprend l’ensemble des étapes pour produire une culture, de la préparation du sol à la récolte. Le coût direct est facile à connaître, il comprend l’amortissement et le coût financier. Mais les coûts indirects sont plus compliqués à évaluer (carburant, réparation, etc.) car cela nécessite de tenir une comptabilité analytique machine par machine. De plus, il faut déterminer si on veut inclure le coût du chauffeur ou pas.

Beaucoup d’agriculteurs raisonnent plutôt en coût d’opportunité. La question est de savoir : "est-ce que la nouvelle machine va me coûter plus ou moins cher que celle que j’avais ?" Par ailleurs, je suis persuadé que permettre aux agriculteurs de calculer leurs coûts de revient ne suffira pas, tout seul, à réduire les charges de mécanisation des exploitations. Ce serait oublier que de nombreux autres facteurs  interviennent dans la décision d’investir : confort de travail, puissance recherchée, résistance à la casse, durée de vie du matériel… 

Néanmoins, les charges de mécanisation pèsent lourd dans les exploitations. Cet élément est-il suffisamment pris en compte par les agriculteurs ?

D.C : Le calcul de ses charges de mécanisation est souvent réalisé dans les exploitations de grandes cultures, car c’est plus simple de le faire. La situation est beaucoup plus compliquée dans les exploitations de polyculture-élevage. Les exploitations d’élevage sont souvent suréquipées car elles ont besoin de matériels variés pour s'occuper de leur élevage et de leur surface fourragère tout en conduisant leurs cultures. Les matériels sont donc souvent nombreux et sous-utilisés. En particulier, les systèmes d’exploitation de moyenne montagne ont du mal à réduire leurs coûts de mécanisation.

Trouvez-vous que la manière de gérer la mécanisation évolue avec l’arrivée de nouvelles générations ?

D.C : Je distingue deux catégories : ceux qui ont tendance à reproduire les schémas de leurs parents et ceux qui développent une vision un peu différente. Ces derniers sont souvent installés après une expérience riche en dehors de l'exploitation familiale ou hors cadre familial et ils prêtent moins attention aux us et coutumes.  

Avec quel outil peut-on calculer ses charges de mécanisation ?

D.C : Au sein de Cerfrance, nous pouvons réaliser une comptabilité analytique à la demande de nos clients. Les Cuma ont également développé un outil bien adapté à l’agriculture de groupe pour calculer ses charges de mécanisation : Cumagest. 

Quelles sont les pistes pour optimiser ses charges de mécanisation ?

D.C : Je vais enfoncer des portes ouvertes, car ces pistes sont connues depuis longtemps. Le premier conseil que je donnerais, c’est de n’utiliser que le matériel dont on a réellement besoin. Cela paraît tellement évident, et pourtant, c’est loin d’être toujours appliqué… Ensuite, il faut penser en commun avant de penser seul. Néanmoins, un achat collectif ne suffit pas toujours à réduire ses charges de mécanisation. En effet, certains groupes peuvent avoir tendance à jouer dans la surenchère par rapport au besoin réel. Au moment du choix du matériel, les vendeurs de matériel savent faire naître le besoin chez leurs clients, qui peuvent se laisser convaincre. De plus, certains agriculteurs achètent un tracteur à plusieurs sans que cela conduise à supprimer un tracteur dans leur parc individuel. Cela n’a alors aucun impact positif sur la réduction des charges de mécanisation.

De manière générale, vaut-il mieux acheter, louer ou opter pour un crédit-bail?

D.C : Le crédit-bail (location avec option d'achat)  se développe beaucoup, il offre des avantages mais comporte des risques. Ce moyen de financement est très pratique et facile à mettre en œuvre. Cependant, le paiement du loyer se fait souvent à terme à échoir et non à terme échu, comme les exploitants agricoles en ont pris l’habitude avec un crédit classique. Ensuite, si un agriculteur rencontre une difficulté de paiement, non seulement le propriétaire est en droit de récupérer la machine, mais en plus il va subir une pénalité correspondant généralement à la somme des loyers qui reste à courir. Cette pénalité sera pondérée par la vente aux enchères de la machine, mais souvent le compte n'y sera pas. Je conseille donc aux agriculteurs de vérifier qu'ils disposent de la surface financière suffisante avant d’avoir recours à un crédit-bail.

La location (sans option d'achat) se développe pour plusieurs raisons : praticité, rapidité… On va payer une simple utilisation et non pas le risque d’achat-revente. C’est avantageux quand on n’a pas besoin d’utiliser un matériel à l’année.

Et que pensez-vous des nouvelles plateformes de partage de matériel en ligne ?

D.C : Mon avis est assez partagé. Les agriculteurs n'ont pas attendu Internet pour mettre en place les Cercles d'échanges de matériels, et développer de l'entraide mutualisée. Mais quel sera l’avenir des plateformes entre personnes qui ne se cooptent pas? Quels en seront les traitements juridiques, fiscaux et sociaux ? Je crains un durcissement de la législation si cela venait à prendre de l’ampleur.

retrouvez le dossier complet :  Charges de mécanisation : comment desserrer l'étau ?

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