Une gestion durable : Source d'énergie renouvelable

Arnaud Carpon

Une gestion durable : Source d'énergie renouvelable

Pour préserver les haies et ainsi entretenir durablement le paysage, Jérôme Augis, jeune agriculteur dans le Loir-et-Cher a trouvé une solution économique et écologique. Il a développé une filière locale de bois déchiqueté destiné au chauffage domestique.

Parties intégrantes du paysage de l'Ouest et du Centre de la France, les haies bocagères regorgent d'intérêts. Elles constituent d'abord un refuge de la biodiversité, aussi bien pour la faune que la flore. En filtrant l'eau, elles contribuent ainsi à améliorer sa qualité. Elles limitent par ailleurs les risques d'inondation et d'érosion des sols. Elles protègent le bétail du soleil et du vent… Reste que leur entretien, dévolu aux agriculteurs exploitant les parcelles, a un coût. «A cette problématique bocagère, ils optent pour deux solutions, explique Jérôme Augis. Quand elles n'ont pas été supprimées, les haies sont entretenues grossièrement pour ne pas gêner l'exploitation des terres.» Pour ce jeune polyculteuréleveur installé au Temple, dans le nord du Loir-et-Cher, ces deux solutions ne sont pas satisfaisantes. «La restructuration des exploitations et l'agrandissement des parcelles qui en découle a engendré la suppression de nombreuses haies.» A cause, notamment, de cette restructuration, le linéaire de haies en France est passé de 1 244 000 km en 1975 à 566000km en 2006. «Il ne faut pas remettre cette évolution en cause. Cependant, certaines haies auraient pu être conservées.» En marge de cette opposition entre bon sens écologique et nécessité économique, l'agriculteur dresse un autre constat : «Ce bois issu des haies, personne n'en veut. Pour se chauffer, la plupart des ménages ont délaissé la bûche de bois au profit du fioul, moins contraignant. » Mais ces derniers temps, la donne a changé. La facture énergétique des ménages est de plus en plus salée.

« D'un côté, nous disposons de haies regorgeant de bois mais dont l'entretien reste insuffisant car coûteux et, de l'autre, des ménages et des collectivités tributaires d'une énergie fossile dont le prix ne cesse d'augmenter. » Pour Jérôme, il fallait saisir cette opportunité pour développer une valorisation énergétique intéressante du bois. D'où l'idée de créer une filière locale de bois déchiqueté (ou plaquettes). Une filière qui permet, en amont, de régénérer les haies et, en aval, d'offrir aux citoyens une source de chauffage locale, renouvelable et financièrement intéressante.

Créer un produit et son débouché

Le projet de Jérôme a germé de son expérience personnelle. «L'hiver, je produisais des bûches de bois pour le chauffage de ma maison. Moins intéressantes, toutes les petites branches étaient brûlées sur place. » L'agriculteur suit alors une formation sur la valorisation des haies organisée par la Chambre d'agriculture du Loir-et-Cher. En 2005 et 2006, pour reconstituer son stock de bois de chauffage, il opte pour la location d'une petite déchiqueteuse permettant de valoriser tout le bois des haies. En parallèle, il investit 18000€ dans une chaudière à plaquettes de 60kW, permettant de chauffer la maison qu'il habite et celle voisine de ses grands-parents. «Les chaudières à plaquettes de bois présentent un rendement énergétique de 90 %, contre 60 % pour celles à bûches. Grâce à cet investissement, il me faut, à chauffage égal, beaucoup moins de volume. » En 2007, c'est la Chambre d'agriculture départementale qui fait venir une déchiqueteuse de Mayenne pendant quelques semaines. «Cette année-là, nous avons coupé 300m de haies et produit 225m3 de plaquettes, rien que sur mon exploitation. » Convaincu des multiples intérêts de sa démarche, Jérôme crée une Cuma – Bois Déchiquetage 41 - avec quatre autres agriculteurs et un gérant forestier. Un an plus tard, ils investissent un total de 234000€ dans un tracteur de 250 ch et une déchiqueteuse à grappin. La Chambre d'agriculture soutient leur initiative en réalisant des fiches d'informations sur la Cuma, la production de bois déchiqueté et l'installation d'une chaudière à plaquettes. La production de la Cuma croît à mesure que le prix du fioul flambe et les hangars des adhérents se remplissent de plaquettes. Pour les commercialiser, les agriculteurs créent une autre coopérative – la SCIC Bois bocage énergie. Dans quatre hangars situés aux quatre coins du département, cette structure assure le stockage et le séchage du bois déchiqueté avant de le proposer aux propriétaires de chaudières à plaquettes au tarif de 30€/m3.

Sur son exploitation de polyculture-élevage de 200ha, Jérôme Augis doit assurer l'entretien de plus de 20 km de haies

Sur son exploitation de polyculture-élevage de 200ha, Jérôme Augis doit assurer l'entretien de plus de 20 km de haies

 

Grâce à elle, la filière se développe à mesure que le prix du fioul flambe. Trois ans après sa création, la Cuma, qui rayonne sur le Loir-et-Cher et tous les départements limitrophes, regroupe 35 adhérents désireux de valoriser leurs haies en bois déchiqueté. Dans les maisons et quelques collectivités, crédit d'impôt aidant, les chaudières à plaquettes se multiplient, offrant aux producteurs de plaquettes des débouchés croissants. « Tout le monde y gagne, résume Jérôme. Pour nous, agriculteurs, la production de plaquettes nous permet d'assurer une gestion durable des haies et ainsi entretenir le paysage sans en supporter totalement le coût. Pour les citoyens, elle offre un combustible renouvelable financièrement intéressant.» La nature y gagne aussi. Car lorsque les haies sont coupées tous les 15 à 18 ans, et non tous les 50 ans, un plus grand nombre d'espèces peut se développer. En 2010, la Cuma devrait produire 5500 m3 de plaquettes et ainsi engendrer l'entretien de 6000m de haies. Dans d'autres départements, des initiatives similaires se développent. Et ce n'est pas le bois et les haies qui manquent : rien que dans le département de la Manche, département le plus richement doté en haies, seuls 6% du potentiel énergétique serait utilisé.

Bois en plaquettes : une source de chauffage économique

Si le chauffage aux plaquettes de bois nécessite un investissement nettement plus important qu'un chauffage au fioul, il reste, sur le long terme, plus économique. Voici le comparatif entre une solution fioul et une solution plaquettes de bois permettant d'assurer le chauffage et la production d'eau chaude d'une famille de quatre personnes vivant dans 150 m2.

 

Source AFP

Publié par Arnaud Carpon

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