Une nouvelle gestion des prairies pour parer les changements climatiques

Renaud Saint-André

Deux GVA ont choisi d’aborder le même thème, celui de Vic-sur-Cère (photo) et celui de Lafeuillade-Montsalvy. 

Dans un contexte d’augmentation des volumes de production, les changements climatiques et autres fléaux nécessitent de changer quelques habitudes dans les exploitations agricoles.

Gagner en autonomie fourragère. Tel est le leitmotiv que les intervenants des assemblées générales des GVA de Vic et de Lafeuillade-Montsalvy ont adressé à leurs adhérents lors de leurs assemblées générales. Comme sur pratiquement l’ensemble du département, après la sécheresse, les agriculteurs de ces secteurs ont en effet connu un hiver... peu ordinaire.  Deux techniciens de la Chambre d’agriculture ont donc, tour à tour, livré des pistes de réflexion pour mieux gérer la pousse de l’herbe, augmenter sa production fourragère ou optimiser son système en équilibrant au mieux le chargement. En préambule, Christophe Chabalier, conseiller en agronomie a rappelé chiffres à l’appui que le réchauffement global de l’atmosphère n’est pas qu’une impression et que, de surcroît, il s’accélère. En outre, 2011 ressort comme l’année la plus chaude depuis 1959...

Des idées pour limiter le gaspillage

S’il reste hasardeux de se risquer à des prévisions précises, de récentes données, révélées lors d’un colloque donné en février à Marmilhat (63), laissent à penser que l’on va vers des hivers moins froids - peut-être un atout en altitude... - et une augmentation de la chaleur l’été. Et, plus inquiétant, globalement moins de précipitations pour le Cantal. “L’impact sur le sytème fourrager est inévitable”, pense le technicien qui suppose que les animaux rentreront toujours plus tardivement à l’automne, tandis que la mise à l’herbe devrait être plus précoce. “On peut s’attendre à réaliser moins de stock, mais les animaux doivent pouvoir pâturer plus tardivement, voire une partie de l’hiver”, estime Christophe Chabalier qui prédit un décalage par rapport aux pratiques actuelles. “Mais des marges de progrès restent possibles : ne pas se priver de faire du stock d’une année sur l’autre ou intensifier la pâture, par exemple en mettant en place un pâturage tournant”. Il reste à chaque éleveur à trouver une solution facile à transposer sur son exploitation, en équilibrant au mieux pâturage et surfaces à stock. Parmi les nombreuses pistes évoquées : faire des coupes précoces pour assurer une seconde coupe, s’assurer d’une fertilisation azotée, remettre en place des prairies temporaires avec des espèces plus résistantes à la sécheresse, revoir les périodes de mises-bas, s’organiser pour lutter plus efficacement contre les dégâts du campagnol, réserver une parcelle pour de la céréale immature et mettre de la culture dérobée (sorgo, millet), tester des mélanges... À ce propos, les résultats d’essais sur des mélanges de dactyle et luzerne par rapport à du ray-grass hybride par exemple étaient présentés. Pour sa part, Yannick Péchuzal du service Références à la Chambre d’agriculture a insisté sur les valeurs économiques, en dressant un parallèle entre le coût de production d’un fourrage et la facture du même produit acheté. “L’écart varie de un à trois”, assure-t-il en prenant l’exemple du maïs ensilé qui revient à 80 euros la tonne à produire et fréquemment négocié autour de 240 euros. “Forcément l’impact est très marqué sur la marge réalisée, puisque le prix de vente des produits de la ferme, que ce soit lait ou viande, reste le même”, analyse-t-il.

Sécheresse, rats taupiers, coût des engrais...

Évidemment, le spécialiste n’ignore pas les aléas climatiques ou les fléaux comme le rat taupier évoqués par son collègue un peu plus tôt. Mais Yannick Péchuzal constate aussi des productions toujours plus tendues : plus de fond de grange ou de silo d’avance. “Ces dernières années, on relève sur le réseau des fermes laitières référentes, 10 000 litres de lait supplémentaires par an par unité de main d’œuvre et une augmentation de 7 % en quatre ans de la production allaitante. Ce qui signifie une augmentation du cheptel qui se traduit par davantage de besoins fourragers, sans que l’on ait pour autant augmenté la surface”, remarque-t-il. Une explication qui vient s’ajouter aux aléas climatiques, aux autres fléaux et aux augmentations du prix des fourrages ou des engrais. “Ces dernières années, les marchés ont été porteurs, mais malgré ces embellies, il convient de rester sur ses gardes”, préconise Yannick Péchuzal, en rappelant la fin des quotas dans les élevages laitiers, synonyme probable de nouvelle augmentation du volume de production.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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