Une rentrée sur les chapeaux de roue

Propos recueillis par Delphine Barel

Mickaël Trichet, au centre, donne rendez-vous à la profession en septembre.
Mickaël Trichet, au centre, donne rendez-vous à la profession en septembre.

Une nouvelle fois, la FNSEA 44 et JA tirent la sonnette d’alarme sur la situation économique des producteurs. Entre guerre des prix et marché à l’export, il y a urgence à agir. Le point avec Mickaël Trichet, secrétaire général de la FNSEA 44.

Comment voyez-vous cette rentrée syndicale ?
Elle sera chaude. La période estivale intense en travaux et propice pour certains aux congés se termine. Il est donc l’heure de faire le point sur les dossiers qui arrivent. Si la météo cette année a été favorable aux fourrages, elle fut malgré tout plus impactante pour certaines productions, notamment pour la viticulture, les cultures spécialisées et les céréales en termes de qualité.
Vous tirez la sonnette d’alarme sur la situation économique des producteurs. Pourquoi ?
Pour les producteurs, toutes filières confondues, l’environnement économique est actuellement tendu. En viande bovine notamment, la conjoncture s’est fortement dégradée. Les producteurs sont pris dans un effet de ciseaux entre des prix en chute à la production et des coûts de production qui restent à leur niveau le plus élevé.
Même si pour Philippe Chalmin, président de l’observatoire des prix et des marges, « la baisse des prix agricoles n’est pas provoquée par les grandes surfaces », les distributeurs compromettent pourtant « à force de tirer sur la corde » l’avenir des filières, notamment fruits et légumes, lait et viandes. Elles contribuent à fragiliser l’amont. Les enseignes de la grande distribution restent retranchées sur leur position et continuent à se livrer une guerre des prix sans merci, avec les producteurs en variable d’ajustement. Il est urgent que les pouvoirs publics agissent pour mettre fin à cette spirale à la baisse des prix toujours plus bas et à ces dialogues de sourds entre producteurs, transformateurs et distributeurs ! La situation est intenable !

Cette situation économique risque d’être d’autant plus dégradée si les marchés à l’export sont fermés. Quelles pourraient être les conséquences ?
L’embargo russe sur un ensemble de produits, dont les fruits et légumes et les viandes, et la menace proche identifiée de fièvre aphteuse pour la France et l’Europe qui touche actuellement le Maghreb sont effectivement des risques supplémentaires pour le marché. La FNSEA, JA et les AS ont directement interpellé les pouvoirs publics français et communautaires afin que des mesures d’urgence soient prises. Les producteurs redoutent des effets indirects de cet embargo. En viande bovine, par exemple, la France exporte certes peu vers la Russie mais au total 50 000 tonnes de viande bovine sont exportées chaque année par l’UE, principalement de Pologne, Allemagne, Italie, Pays-Bas… et pourraient donc « engorger » le marché si aucune mesure n’est prise. En fruits et légumes, si rien n’est fait rapidement, on peut craindre que les pays européens se livrent entre eux à des actions commerciales agressives qui pourraient mettre en péril l’ensemble de la filière.
Que demandez-vous ? Que prévoyez-vous ?
Nous demandons à chaque acteur des filières de prendre ses responsabilités et les pouvoirs publics sont aussi concernés.
À Bruxelles, un premier « comité de gestion » convoqué par la commission européenne s’est tenu. Des mesures d’urgences viennent d’être prises pour le secteur des fruits et légumes périssables, le plus à risque. D’autres mesures ciblant les produits carnés sont envisagées mais restent encore en cours d’analyse.
La grande distribution profite encore plus de l’écart entre prix consommateur et prix producteur. La profession demande un retour du prix payé au producteur. Des actions vont être organisées par les producteurs pour mettre fin à cette pression des prix. Nous attendons de l’aval une hausse sensible et la mise en avant des viandes françaises et produits français. De nouvelles actions pourront être également menées en restauration collective et les élus des collectivités publiques saisis de l’enjeu-clé d’un approvisionnement en produits français.

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