Utilisation des antibiotiques en élevage : L'avis d'une firme sur les phénomènes d'antibiorésistance

Propos recueillis par Claudine Gérard

Les députés européens se sont prononcés pour une moindre utilisation des antibiotiques. Entretien avec Loïc Jégou, directeur de l'activité porc de Pfizer.

Quels commentaires vous inspire cette déclaration ?

Le débat ouvert sur l'utilisation raisonnée des antibiotiques est une bonne chose. Pour répondre au mieux à cette problématique, il est essentiel de l'aborder scientifiquement. Une compréhension plus approfondie des mécanismes biologiques à l'origine de l'antibiorésistance est nécessaire pour définir les mesures les plus efficaces à mettre en place.
Ainsi, nous considérons que, face à ce problème, toute mesure doit être fondée sur la science pour être efficace. La mesure avancée ici (25 % de réduction) pourrait effectivement aboutir à une baisse du volume d'antibiotiques utilisé, mais pas forcément à une amélioration de la situation des antibiorésistances. Peut-être serait-il plus efficace de concentrer les mesures sur une utilisation mieux raisonnée des antibiotiques. Chez Pfizer, nous croyons à l'efficacité des traitements ciblés et simples à appliquer, assurant un respect du protocole de traitement et donc une meilleure maîtrise du risque d'antibiorésistance.
Les animaux, comme les êtres humains, souffrent de maladies infectieuses. Les traitements antibiotiques sont importants pour les guérir et pour que leur viande soit irréprochable du point de vue sanitaire.

En tant que fournisseur, que pensez-vous du moratoire sur les céphalosporines 3e et 4e génération ?

Tous les acteurs de la filière s'impliquent sur le thème du risque d'antibiorésistance et ils ont raison : les vétérinaires bien sûr, les éleveurs et leurs structures représentatives, l'interprofession, les distributeurs, les laboratoires pharmaceutiques, les Agences du médicament en France (ANSES) et dans l'Union Européenne (EMA)…

Cependant toute décision de ce type est de la compétence de l'ANSES. La prise de position sur les céphalosporines est indépendante des institutions compétentes, c'est pourquoi nous la regrettons.

Nous considérons qu'il est raisonnable que ce soit les Agences réglementaires compétentes (ANSES et Agence européenne du médicament EMA) qui décident des mesures à prendre : elles ont, seules, l'ensemble des données qui ont conduit à approuver l'utilisation d'un médicament (efficacité, innocuité, résistances…) et suivent systématiquement et scientifiquement les effets secondaires et les résistances éventuelles.

Les céphalosporines de 3e et 4e générations ont récemment fait l'objet d'une évaluation et d'une autorisation par ces agences ainsi que de recommandations précises, revues régulièrement avec le concours des vétérinaires praticiens, sur les conditions dans lesquelles elles doivent être utilisées. C'est l'application de ces recommandations qui permet de contrôler le risque d'antibiorésistance.

Par rapport au Danemark, la consommation d'antibiotiques est élevée en France. Comment l'expliquez-vous ?

Les scientifiques sont confrontés à une difficulté sur ce sujet : il n'y a pas de consensus sur un outil de mesure de l'utilisation d'antibiotiques. Le seul indicateur pour le moment, c'est le tonnage de principes actifs. Le problème, c'est que pour traiter un cochon avec un antibiotique A il faut par exemple 10 mg du principe actif A, alors que pour soigner le même cochon avec l'antibiotique B il faut 2 g du principe actif B. On en arrive à additionner des choux et des carottes. Donc tant qu'il n'y a pas un meilleur indicateur sur lequel il y ait un consensus, la comparaison et le classement des pays sont périlleux.
Mais ce qui est important, c'est de maîtriser les facteurs de risque (maîtrise de l'environnement, application de mesures préventives efficaces comme la vaccination) et que les antibiotiques soient utilisés raisonnablement, selon leurs indications et dans les conditions prévues dans leurs Autorisations de mise sur le marché (AMM). C'est très clairement ce que font les vétérinaires en France.
Que fait Pfizer aujourd'hui pour aider les vétérinaires et les éleveurs face à l'enjeu de l'utilisation des antibiotiques ?

Avant tout, nous sommes engagés auprès des vétérinaires et, indirectement, des éleveurs de porcs pour, ensemble, progresser encore dans l'utilisation raisonnée des antibiotiques. C'est une priorité très claire pour Pfizer.

Nos chercheurs travaillent dur pour développer des vaccins et autres médicaments qui visent à améliorer l'état sanitaire des porcs, et en conséquence réduire les besoins en antibiotiques. Le développement d'une méthode alternative à la castration va aussi dans ce sens : moins de risque d'infection après la castration, c'est un besoin en antibiotiques réduit, entre autres avantages économiques et éthiques.

La recherche Pfizer a aussi mis au point des antibiotiques innovants dont l'administration en une injection unique permet une meilleure maîtrise du traitement et, par là même, une meilleure maîtrise du risque d'antibiorésistance.
Notre deuxième axe est le diagnostic. Pfizer a récemment permis à des vétérinaires de participer à des formations de haut niveau pour parfaire leurs connaissances anatomo-pathologiques et leur pratique des autopsies.

Pfizer a également intégré dans son groupe la société Synbiotics, basée à Lyon et spécialisée dans le développement de kits diagnostiques utilisables en laboratoire d'analyse et sur le terrain. Pfizer prévoit de développer cette activité, notamment en porc. C'est un signe fort d'engagement vers une utilisation raisonnée et scientifique des antibiotiques.

Source Réussir Porcs Juin 2011

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