Valoriser chaque litre d'eau au maximum

JA Mag

Valoriser chaque litre d'eau au maximum

Au pied des Pyrénées ariégeoises, François Marfaing cultive 65 hectares de maïs semence. Une production fortement encadrée : contrats annuels, objectifs de rendement et irrigation obligatoire.

Sur la ferme de François Marfaing, pas de production sans irrigation. Sur les 95 hectares (ha) qu’il cultive avec sa mère à Saverdun (Ariège), 85 sont consacrés à la production de semences (maïs, tournesol et colza). L’irrigation est obligatoire pour ces cultures sous contrat. «Chaque année, je fais des demandes de surfaces à ma coopérative, Arterris », détaille le jeune agriculteur. En fonction des commandes des clients, celle-ci lui alloue des lots de semences à croiser et à multiplier, ainsi que des protocoles à respecter pour chaque parcelle. Et, pour les variétés déjà connues, des objectifs de rendement.

Le maïs, principale culture de la ferme sur 65 ha, consomme « entre 2 500 et 4 000 mètres cube d’eau par an et par ha ». Des volumes prélevés dans l’Hersvif et l’Ariège. Comme la grande majorité des irrigants de la zone, François y accède grâce au réseau du Syndicat intercommunal d’aménagement hydraulique de la basse vallée d’Ariège (SIAHBVA). Directement concerné, il s’est pris de passion pour la gestion de la ressource en eau. A tel point qu’il participe désormais aux travaux de la cellule départementale "sécheresse".

C’est en juillet et en août, autour de la floraison, que les besoins en eau de la plante sont les plus importants. Depuis quatre ans, le maïsiculteur dispose dans ses champs des sondes tensiométriques. « Elles mesurent l’attraction exercée par les racines sur l’eau du sol », explique-t-il. Le cultivateur est prévenu par SMS quand cette attraction dépasse un certain seuil, fixé en fonction du stade de la culture. Autrement dit quand la plante a soif. Il peut aussi consulter l’évolution des données sur Internet (température, hygrométrie et pluviométrie). Coût de cette station pensée et fabriquée par un jeune entrepreneur local : 1 500 €.

Un "pilotage plus fin" de l'irrigation

« Ce système me libère de l’astreinte et me permet un pilotage plus fin de l’irrigation, se réjouit François. Avant, je déclenchais l’arrosage selon mes observations. Et souvent, je commençais et j’arrêtais trop tôt. » Outre une légère réduction de la consommation d’eau, ce dispositif « valorise chaque litre d’eau au maximum ». Ce qui rejoint son objectif sur son exploitation : « Produire, mais surtout dégager de la valeur ajoutée. » La multiplication de semences est une production fortement rémunératrice. « Je suis payé autour de 100 € le quintal, pour des rendements qui peuvent aller de 20 à 60 quintaux par ha », résume l’agriculteur. Marge brute par ha : « entre 1 700 et 2 200 €». Mais cette activité demande des investissements importants et un savoir-faire affûté. Au lieu d’un seul semis, François peut en réaliser jusqu’à quatre dans la même parcelle. Le but? Faire coïncider les floraisons de variétés tardives et précoces pour les croiser.

Autre opération cruciale : la castration. Comportant des fleurs mâles et femelles sur chaque épi, le maïs peut s’autoféconder. Il faut donc enlever les panicules (parties mâles) sur les rangs "femelles", destinés à la production de semences hybrides pour permettre la fécondation croisée. En partie réalisée par une machine, la castration nécessite quand même une équipe d’une trentaine de personnes. Quant aux rangs "mâles", ils ne sont pas récoltés. François élève aussi un troupeau de 150 brebis qui valorise ces déchets de cultures. A l’été, il fait transhumer son troupeau dans les Pyrénées. Sans berger, il doit y monter une fois par semaine.

Passionné par la technicité

Le troupeau ovin valorise aussi les cultures d’isolement, qui séparent les parcelles en semences des champs voisins. Elles servent à obtenir un produit « le plus pur possible ». Depuis 2006, François a progressivement arrêté de labourer. Une technique plus pointue qu’il estime « agronomiquement plus efficace». Le travail du sol est assuré par un décompactage et par les couverts végétaux (avoine et vesce).

Cette technicité, c’est justement ce que recherchait François dans le métier d’agriculteur. Son père, ancien technicien en chambre d’Agriculture, rêvait de s’installer. Ce sera le fils qui y parviendra. Sans famille dans le métier, il rachète 55 ha de terres avec sa mère en 2002. Elle prend la tête de l’exploitation jusqu’en 2006, date de l’installation de son fils. Cette même année, ils ajoutent un îlot de 10 ha en location. En 2009, ils rachètent 30 ha de plus. Et ce malgré une « pression foncière énorme ».

La raison de ces achats? « On ne peut pas faire d’irrigation si on n’est pas propriétaire, affirme François. Les pivots ’irrigation ont une durée de vie de 20 à 25 ans », incompatible selon le cultivateur avec des baux courts. Les montants en jeu sont conséquents. Pour ses trois pivots neufs, l’agriculteur a déboursé 100.000 €. Dans sa stratégie d’investissement, il a donné la priorité à l’irrigation. Tracteurs, matériel de travail du sol et de pulvérisation, castreuse, récolteuse : tout est acheté d’occasion sur Internet. Un choix rendu possible par les connaissances de François en mécanique.

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