Vendée : Foncier : Le gaspillage des terres n'est pas inéluctable

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Le gaspillage de terres agricoles n'est pas inéluctable. La chambre d'agriculture va désormais s'employer à faire vivre sa charte « pour une gestion économe de l'espace » pour une meilleure prise en compte de l'agriculture dans les procédures d'aménagement du territoire. Entretien avec Christian Aimé, son secrétaire général.

Pourquoi avoir établi une charte pour une gestion économe de l'espace ?

Christian Aimé : Nous sommes tous témoins dans nos communes de l'agrandissement des bourgs avec de nouveaux lotissements, de nouvelles routes, de nouvelles zones d'activités artisanales, commerciales ou de loisirs. Et ce mouvement est irréversible. On n'a jamais vu de zones industrielles ou résidentielles retourner à l'agriculture. Il faut donc que nous nous organisions pour arrêter le gaspillage de nos terres.
D'autant que ce phénomène n'a rien d'inéluctable. Nos voisins allemands ou néerlandais par exemple, goudronnent et bétonnent beaucoup moins que nous. Ils consomment deux fois moins d'espace par habitant. Chez nous, il y a bien des textes mais on n'en est qu'au début de la prise de conscience. Nous avons alerté les collectivités territoriales sur cette consommation très excessive et ces discussions ont abouti à une charte élaborée par la chambre d'agriculture et signée en juin 2006 par les associations des maires et des présidents de communautés de communes, du conseil général et, ce qui lui octroie un caractère officiel, par la préfecture.

Si tous ces partenaires sont d'accord avec vous, tout va bien, alors qu'est-ce qui motive votre intention de franchir une étape dans votre volonté de vous faire comprendre ?

CA : Parce qu'il y a encore un grand écart entre les déclarations de bonnes intentions et ce que nous constatons sur le terrain. Les maires nous indiquent par exemple qu'ils recommandent aux lotisseurs de réduire la superficie des parcelles. Lesquelles seraient passées de 1000 m2 en moyenne au début de la décennie, à 800 aujourd'hui. Pourtant nous avons tous le sentiment que le mouvement ne ralentit pas. Ce qu'on oublie de nous dire c'est que dans le même temps les espaces collectifs dans les lotissements se sont élargis et multipliés. On prévoit par exemple à présent des espaces de parking obligatoires pour deux voitures par maison, des cheminements piétonniers, des terrains de jeux, des coulées vertes… En fait on ne met toujours pas davantage d'habitant dans la même surface.
Les lotissements dits à « haute qualité environnementale » les HQE, c'est sûrement très bien. Sauf que dans les critères de qualité, on n'y tient pas compte du foncier. On ne tient pas non plus compte de leur éloignement des bourgs. Dans la qualité on n'inclut pas encore un usage économe de l'espace ni les transports et les nuisances qu'ils supposent.
On aurait pu penser que l'artificialisation de terres pour tracer de nouvelles routes allait commencer à décroître maintenant que le désenclavement de la Vendée est effectif. Eh bien non. C'est l'inverse qui se produit avec l'explosion des projets de déviations. 120 à 150 projets dans tout le département d'ici 10 à 15 ans, parfois avec 4kms de déviation pour une quinzaine de maisons ! Est-ce bien raisonnable ?
Et puis il n'y a pas que les particuliers et les collectivités locales qui gaspillent. Les services de l'Etat y participent aussi. Ne serait-ce qu'en prévoyant des bassins en prévisions des « orages décennaux ».

En quoi ces simples déviations sont-elles si dommageables pour l'agriculture ?

CA : Il suffit de regarder ce qui se passe partout pour comprendre. Ces nouvelles voies sont des axes de développement. Non seulement à leur carrefour ou près de leur accès mais ensuite toute la superficie comprise entre le bourg ou le village et cette déviation se trouve fragilisée. Au bout du compte tout le monde espère l'urbanisation rapide de ces surfaces : à commencer par le propriétaire qui espère vendre en terrain à bâtir. Quant au fermier, dans une telle situation il ne fait plus de projets. Les études d'impact de ces petites déviations ne prennent en compte que l'emprise de la route et c'est là la grande erreur parce qu'elles fragilisent une bande bien plus large.

Mais le développement économique ne va-t-il pas inéluctablement à l'encontre des espaces agricoles ?

CA : Non. Ce n'est pas inéluctable du tout. Prenez le cas des autoroutes, par exemple. Elles consomment de la surface, c'est un fait mais dans leur cas, elles ne fragilisent pas forcément l'agriculture. Je dirais même qu'elles peuvent contribuer à la structurer… A la condition que les agriculteurs aient été associés aux études bien en amont et pour des projets qui fixent les choses pour quinze à vingt ans. De manière à ce qu'on sache où on va. C'est ce qui s'est produit avec le groupe Avadar pour la déviation sud de La Roche.

C'est la démarche qu'il faudrait adopter ailleurs ?

CA : Oui, et la chambre d'agriculture elle-même doit être beaucoup plus présente aux côtés des autres collectivités pour appréhender les études. Ce dont ont le plus besoin les agriculteurs c'est de savoir à quoi s'en tenir à moyen terme. Sans quoi ils ne peuvent pas faire de projets.

Savoir à quoi s'en tenir c'est une chose, mais là il est question d'économie…

CA : Oui et de la prise de conscience, nous voulons passer à quelques réalisations. Plus personne ne conteste aujourd'hui la nécessité d'espaces agricoles et forestiers pour assurer l'alimentation, la fourniture de matières premières et pour maintenir des paysages et des poumons verts. Alors de notre côté il faut faire avancer l'idée de compensation collective. Il n'est pas question pour nous de nous opposer à des aménagements nécessaires, mais si des surfaces doivent être artificialisées, il faut alors veiller à retrouver de la productivité en compensation. Or on le voit bien, avec la mise en cause des molécules chimiques et des engrais de synthèse, on ne peut plus espérer de gain de productivité par les intrants. Il faut donc pouvoir le faire autrement.

Comment ?

CA : Si, par exemple une commune a besoin de 15 ha pour son développement, l'eau de ruissellement de ces 15 hectares urbanisés qui ne pénètre plus dans le sol doit être stockée de manière à maintenir le potentiel de production des exploitations amputées.
Autre idée : on voit aujourd'hui que les élevages liés au sol sont bridés dans leur développement du fait des surfaces d'épandage qui rétrécissent pour cause d'urbanisation. Inutile de rappeler qu'il y a des distances à respecter vis-à-vis des habitations pour épandre des fumiers et des lisiers. Distances qui n'ont plus lieu d'être dès lors que ces effluents ont été compostés. La collectivité pourrait donc promouvoir le compostage généralisé de manière à maintenir les surfaces d'épandage et à pouvoir exporter ce compost.

Quant aux lotissements et à la manière dont ils sont implantés et à l'urbanisation en général, la chambre d'agriculture a-t-elle les moyens de faire valoir ses points de vue ?

CA : Nous n'avons qu'un avis consultatif mais le préfet, lui, dispose de tout un arsenal de textes comme les schémas de cohérence territoriale (SCOT) et le document départemental de gestion de l'espace agricole et forestier. Il peut très bien utiliser tous ces instruments.
Pour ce qui est des SCOT nous comptons bien y prendre toute notre part. Parce qu'un SCOT, de notre point de vue, ce n'est pas une addition des PLU mis un outil pour définir un projet territorial à long terme, pour identifier, autant que faire se peut, la localisation préférentielle des zones à urbaniser avec la définition de préconisations pour le développement de l'habitat.
Nous allons par exemple nous employer à promouvoir des formes urbaines économes qui tout en donnant l'impression d'espace aux habitants, permettent d'économise de la surface. Il faut en finir avec la maison systématiquement plantée en plein milieu du terrain. On peut faire autrement. Je pense par exemple à une initiative prise à Segré (49) où des maisons mitoyennes mais décalées les unes par rapport aux autres, a permis à leur propriétaires de ne pas se saigner aux quatre veines pour payer leur terrain, tout en préservant à chacun son intimité.

De toutes ces mesures quelle sera la plus difficile à mettre en place ?

CA : Pour nous il est hors de question de nous laisser faire pour nous retrouver en zone périurbaine partout. On va donc zoner comme le sont les zones humides. Mais ce qui induit aussi de zoner les terres les plus productives. Et là on risque d'être très frontal.

Artificialisation : 1000 m²/ha en 2050 ?

Entre 1982 et 2004, la surface moyenne artificialisée par habitant est en France passée de 591 m2 à 764 m2 soit un besoin supplémentaire de 8 m2 par an et par habitant. (Ces chiffres sont encore plus élevés en Vendée).
La France consomme ainsi 66 000 ha/an de surface agricole chaque année dont 35 000 hectares de terres arables. Au rythme actuel la surface artificialisée en 2050 pourrait atteindre 1000 m2 par habitant.
Source : Fédération nationale de la propriété privée rurale agricole

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