Vendée : Mare sèche, nature et trois tritons

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Au sujet d'une mare bouchée à Saint-Etienne-du-Bois

Il était une fois un agriculteur de Saint-Etienne-du-Bois qui vivait en bonne intelligence avec son voisinage ainsi qu'avec les autorités municipales et administratives. Jusqu'à ce printemps en tous cas. En toute bonne foi il faisait son métier en professionnel compétent et reconnu, rendant des services à la collectivité en acceptant par exemple d'épandre des boues de station d'épuration sur ses terres. Lui et son cheptel faisaient partie du paysage, donc. Paysage que d'ailleurs il contribuait à entretenir et à aménager jour après jour, coupant des ronces ici, plantant là une haie là, assainissant une zone trop humide ici, creusant une mare là, remblayant un fossé un peu plus loin… La vie quoi. Celle qui fait que, bon an mal an, l'agriculteur, les voisins et la nature trouvent leur compte dans ce patient travail d'aménagement.

Tout le monde ? Pas tout à fait. Et pas en tous cas l'individu qui a crû de son devoir de faire intervenir les « agents techniques de l'environnement affectés à l'office national de l'eau et des milieux aquatique » chez ledit agriculteur le 20 avril dernier. Ces « agents », pour faire plus court et pour les nommer comme ils le sont dans la campagne, appelons-les « les petits hommes verts ». Petits hommes verts dûment missionnés donc pour « rechercher, constater et vérifier des informations relatives aux infractions au titre de la police de l'eau ». Dans leur procès verbal, ils décrivent le site concerné par le comblement d'une mare comme étant une zone de prairies et de zones humides ou baisses dans les parties basses avec une végétation hygrophile diversifiée ». Ils constatent que l'une des zones humides a été décapée, partiellement remblayées et qu'une saignée a été creusée sur le flanc de la mare pour la vider et l'assainir ». Les agents ont ensuite « prospecté le reste de la mare à l'aide d'une épuisette à la recherche d'espèces d'amphibiens à fort intérêt patrimonial et protégés par la loi » . Ils en ont extirpé des « invertébrés aquatiques diversifiés : des achètes, des gastéropodes, des odonates, des naucores, des coléoptères et notamment des dyptiques marginés de la vase putride et noire retirés de la mare ». Ils retirent également de cette vase deux amphibiens de l'ordre des urodèles. Il s'agit de « tritons palmés » plus communément nommés « triturus helvéticus ». Suit une savante description de l'espèce ainsi que de son statut de protection.
Enfin il ressort du procès verbal que l'agriculteur criminel aurait dû « évaluer l'impact de ses travaux sur le milieu et prendre des mesures de sauvegarde » Ce à quoi le criminel reconnaît son ignorance en la matière et se déclare prêt à remettre le site en état mais non à l'initial. Il aimerait en effet déplacer la mare et la recréer sur la même parcelle, sur la partie la plus basse alimentée par une source.

Pour avoir donc « déversé des matériaux dans une mare ayant entraîné la destruction de la faune et de la flore et la destruction d'une espèce protégée non domestique », ce qui est apparenté à un « déversement de substances nuisibles » et a une « destruction d'espèce protégée » le criminel encourt la peine de « 75 000 € d'amende, deux ans d'emprisonnement et la restauration du milieu ».
L'affaire est dans les mains du service juridique de la Fdsea.

Ce qu'il faut d'ores et déjà retenir de cette histoire, c'est :
- 1, que dorénavant les cours de biologie, dans la formation des futurs agriculteurs et dans le nouveau parcours à l'installation, devraient être plus approfondis pour intégrer assez de connaissance sur les diverses espèces qui peuplent nos trous d'eau et fossés ;
- 2, que les bonnes relations et les services rendus aux citoyens d'une commune n'appellent pas forcément de retour d'ascenseur ;
- 3, qu'il y a tout à craindre du zèle renforcé et du goût pour la disproportion des « petits hommes verts »… après le succès d'une certaine liste aux élections de dimanche dernier.

Source vendee agricole

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