[Vidéo] Prix alimentaires: aux "limites du supportable" pour les producteurs

Anne Sophie Lesage

Philippe Chalmin : on ne peut plus vivre éternellement sur le mythe du prix bas" (Photo Pleinchamp)

Quand les coûts de production agricole flambent et que l'on essaie d'épargner les consommateurs, le système atteint rapidement ses limites. Il est "aux limites du supportable", estime l'économiste Philippe Chalmin, président de l'Observatoire de formation des prix et des marges.

 

Pour son troisième rapport annuel, présenté mercredi, l'organisme qui réunit tous les acteurs des filières, des syndicats agricoles aux industriels et aux distributeurs, constate que la grande distribution a bien joué son rôle d'amortisseur en faveur des consommateurs, mais que les tarifs d'achat qu'elle pratique sur l'alimentaire ont pesé lourdement sur les comptes des producteurs et des industriels.

Dans une négociation, "l'intérêt de chacun est que ses partenaires puissent vivre. Les dépôts de bilan sont pénalisants pour l'ensemble des opérateurs", fait valoir Philippe Chalmin "à titre personnel". En arrière-plan, il cite l'hécatombe, "les cadavres", dans le secteur agroalimentaire, en Bretagne notamment.

"Les marchés agricoles ont subi un véritable choc même si on observe une légère détente sur les céréales", note l'économiste. Partant d'une base 100 en 2005, les prix agricoles ont atteint 150 en début 2013, or "ce sont les filières agroalimentaires qui ont joué le rôle d'amortisseurs: le prix du marché est largement inférieur à ce qu'il aurait dû être pour intégrer la flambée des cours".

Dans ce système, les secteurs de l'élevage, porcs et volailles en tête, se retrouvent en première ligne: l'alimentation des porcs représentait 71% des coûts de production au premier semestre 2013, contre 60% en 2009. Selon le rapport, le prix au détail du kilo de longe de porc, vendu 6,62 euros en rayon, a augmenté en moyenne de 32 centimes (+5%) en 2012. Le producteur, confronté à une hausse des coûts des matières premières, a augmenté ses prix de 21 centimes. Le transformateur (abattoir) a vu son prix baisser de 6 centimes et la distribution a imposé une hausse de 17 centimes.

Des marges élevées dans les rayons volailles et charcuterie

Globalement, ce sont dans les rayons volailles et charcuterie que la grande distribution pratique "les taux moyens de marge nette" les plus élevés, à respectivement 5,3 et 5,8% du chiffre d'affaires, selon le rapport. Alors que ce sont deux secteurs en crise profonde. Ces taux de marge sont de 2,4% pour les produits laitiers et varie de "0 à 2%" au rayon viandes.

"L'extrême concurrence entre les enseignes a garanti la stabilité des prix, mais on atteint la limite de l'exercice: dans les grandes filières d'élevage il n'y a plus rien à grappiller", prévient M. Chalmin, pour qui "on ne peut plus vivre éternellement sur le mythe du prix bas". D'autant plus que l'agriculture française est en train de vivre la fin des prix administrés par les pouvoirs publics avec la réforme de la PAC, et la suppression dès 2015 des quotas laitiers.

Même si le produit agricole ne représente plus qu'une "part minime" des prix alimentaires (15% du prix du lait dans celui d'un yaourt, 9% pour le blé dans une baguette), la France, insiste-t-il, évolue dans un marché de concurrence mondiale.

La Fédération des enseignes de distribution (FCD) qui regroupe les sept grandes enseignes françaises a aussitôt réagi au rapport - qu'elle a approuvé en faisant valoir son "engagement en faveur de la transparence". Dans un communiqué, elle met en avant ses "marges nettes très faibles, en moyenne de 1,5%"  et même négatives sur la boucherie (-0,8%), la boulangerie-pâtisserie (-1,3%) et la marée (poissons et fruits de mer, -3,7%) dues aux pertes et aux frais de personnels. La FCD regrette aussi que "les grandes industries agroalimentaires continuent de refuser la publication de leurs marges nettes en France".

Les industriels de leur côté ont publiquement déploré ces dernières semaines la dureté des négociations commerciales en cours avec la grande distribution. D'une "violence inédite", selon Jean-Philippe Girard, le président de l'association des industries du secteur (Ania).

Source avec AFP

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Commentaires 1

ouioui

pourquoi ne pas continuer , puisqu'au bon serf il suffit juste de lui maintenir la tete hors de l'eau , pourqu'il produise a bon compte afin que les consommateurs puissent partir en vacances , acheter le dernier iphone....ca suffit la nourriture a un cout

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