Xynthia, deux ans après

Catherine Perrot

Yann Picot revient sur des parcelles inondées il y a deux ans. Le souvenir est encore bien présent, mais les terres semblent avoir récupéré.

En Loire-Atlantique, les dégâts de la tempête Xynthia ont été moins importants qu’en Vendée. L’exploitation des Picot, située sur le Marais breton, à Bourgneuf-en-Retz, a toutefois été lourdement touchée.

Le marais, Yann et Éric Picot, ainsi que leurs parents Yvon et Andrée, aujourd’hui retraités, le connaissent depuis toujours. Toutefois, ce 28 février 2010 au matin, le visage qu’il leur présente leur est totalement inconnu : une trentaine d’hectares de leurs « mattes » (=polders) sont sous l’eau : « Personne n’avait jamais vu cela ici », explique Andrée. « L’eau salée est passée par-dessus la digue qui conduit de chez nous au port du Collet. »
Sous l’eau : des céréales, des féveroles, des luzernes et des prairies. Priorité pour les Picot, comme partout ailleurs : évacuer l’eau. Étant les seuls exploitants de Loire-Atlantique concernés par une telle inondation, les Picot ne peuvent « compter que sur eux-mêmes » ; tous les gros moyens sont mobilisés sur les zones touristiques et sur la Vendée.
Heureusement, la solidarité s’organise : un voisin leur prête une pompe de grosse capacité. Éric l’amène sur son tracteur et commence à évacuer l’eau. Il va pomper pendant presque trois jours (le tracteur a fait 25 heures de pompe !). « Il nous fallait faire baisser le niveau, pour pouvoir ensuite rentrer dans les parcelles, amener notre pelleteuse et y creuser des tranchées pour évacuer le reste de l’eau », se souvient Éric.
Ensuite, ce sera aux Picot de donner un coup de main à leur voisin, vendéen, situé de l’autre côté du Falleron. Ils lui prêtent leur tracteur et hébergent chez eux une partie de ses bêtes. Lorsque la décrue est terminée sur leurs parcelles, des voisins leur apportent également leur aide pour les nettoyer : la mer y a déposé toutes sortes de débris.
Au total, les jeunes cultures n’ont passé que trois jours sous l’eau. Mais en ce printemps 2010, les céréales ne récupèrent pas. « Peut-être que si le printemps avait été très humide, on aurait eu quelque chose », estime Yvon. « Mais le vent d’est a beaucoup soufflé, il est très séchant. Tout a grillé. »

Les féveroles inondées ne lèvent pas non plus. En revanche, la luzerne ne pâtit que peu de l’inondation : seule la première coupe est moins bonne que prévu. Les prairies, quant à elles, ne donnent pas beaucoup : mais c’est le cas quasiment partout, en ce printemps : « C’était une très petite année » se souvient Andrée.
Les pertes de récoltes, pas plus que les frais engagés pour les travaux de pompage et les tranchées, ne sont pas indemnisées. Les Picot ont toutefois grandement apprécié le geste de la MSA de leur faire une réduction de cotisations sociales.
Pour la remise en état des terres, le Gaec ne bénéficie pas non plus du gypse de leurs voisins vendéens : « Pour nous, c’était trop cher ! » Pour ne pas tout perdre, ils font quand même une petite récolte de RGI sur les parcelles inondées l’été suivant : « Au moins, ça nous a fait un peu de fourrage ! »
En ce début 2012, la plupart des parcelles concernées sont aujourd’hui en triticale. « Pour l’instant, c’est beau », commente Yann. Les céréales ont en effet tallé correctement, mais l’éleveur n’a pas retrouvé la même qualité de terre qu’auparavant : « Elle est plus collante, plus craquelée ». Pour ne pas risquer d’abîmer davantage ses parcelles et de faire remonter le sel, il n’a d’ailleurs pas passé la charrue depuis la tempête.
Certes, pour les Picot, le souvenir de cette tempête est encore présent et ils craignent que cela puisse se reproduire, puisque la route (qui sert de digue) a été remise en état, mais pas rehaussée. Ils font toutefois la part des choses, en reconnaissant qu’ils ont connu des difficultés, mais qu’ils s’en sont remis.

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